Ibidem , 1. 1, p
La lecture de la Bible produisit le protestantisme. Les hiigiicnols y tiouvèrent si peu de dogmes catholiques, ils y découvrirent de tels trésors de piété, des histoires si touchantes, des préceptes si sublimes, des exemples si saisissants ilonl leurs prêlres ne leur avaient point parlé, qu'au contact du grand livre ilscomj)rirent soudain (ju'ils n'étaient plus catholiques. Là, point de distinctions subtiles, mais de fortes vérités allant tout droit au cœur ; point de morale scolaslique, mais le sermon de la montagne; au lieu de la Vierge et des saints, d'un culte matériel, de la messe, de la confession auriculaire, d'un prêtre !«e substituant à Dieu, la prêtrise universelle, la confession publique, un culte tout spirituel, la religion de l'amour, de la sainteté et de la grâce, la prédication de la repentance et de la foi en Jésus- Christ mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justilication, un repas d'amour institué par le Maître lui-même pour toujours rappeler aux chrétiens le. devoir de s^aimer les uns les autres comme il les a aimés lui-même. Non, vraiment, une fois mis en présence de la simplicité, de la profondeur, de la majesté des Ecritures, des hommes sincères ne pouvaient pas demeurer catholiques.
Qu'on lise à présent, dans les historiens du seizième siècle, le récit de la conversion des huguenots; on ne s'étonnera plus de rencontrer partout ces mêmes paroles : Il fut conduit par la lecture de la Bible à embrasser les opinions nouvelles. Je croirais volontiers que le féroce Biaise de Montluc écrivant ceci : «Nous gagnions par les armes, mais ils gagnaient par ces diables d'écritures^ ^^ entend désigner par cette dernière expression non pas certains édils de pacification, mais les Saintes Kcritures mêmes. C'est la
I. Mémoires de Biaise de .\Ioutluc, t. XWII des Mémoires relatifs à I Histoire de France, l'aris , 1780, p. 10.
56 r« PARTIE. — LA FOI DES HUGUENOTS.
leclure de la Biblo ciiii réforma Farel, Calvin, d'Aubigné, Bèze ; puis Ilonii de Bourbon, Dandelol, Coligny, Jeanne d'Albret; puis encore, plus bas, ces gens du tiers parti, ces hommes et ces femmes du peuple qui eurent le courage de secouer leurs préjugés et de comparer sincèremeiTt les enseignements bibliques avec les doctrines de Rome.
Farel fut longtemps un fervent adorateur de la Vierge et des saints. Il dit quelque part: «S'il y avait quelque personnage qui fût approuvé selon le pape, il m'était comme Dieu^ » La leclure de la Bible fit de lui un réformateur.
Duplessis-Mornay, le 'pa'pe des huguenots, eut pour père un catholique zélé. Sa mère penchait vers la religion protestante qu'elle embrassa ouvertement en 1559, après la mort de son mari. Lui-même avait été mis, dès l'âge de huit ans, dans un collège de Paris, llappelé, après la mort de son père, par sa mère au château de Buhy, il entend sa mère qu'il chérissait, ses trois frères et ses deux sœurs, encore en bas âge, prier Dieu «à la mode de Genève ». 11 réfléchit, se procure un Nouveau Testament, en ayant soin d'en choisir un exemplaire sorti d'une presse catholique, et ne tarde pas à reconnaître que les doctrines de l'Eglise romaine ne s'accordent pas avec les enseignements de Jésus- Christ et des apôtres.
Le naïf chroniqueur Lestoile, qui fut plus cathoHqueque protestant, mais qui redit avec une rare bonne foi tout ce qu'il voit et entend, lapporte que lorsque, en 1574, le comte de Montgomméri eut la tête tranchée, un cordelier, qui l'accompagnait au lieu du supplice, lui dit qu'il avait été abusé. Mais le comte, «le regardant fermement», lui répondit : «Comment abusé! si je l'ai été, c'a été par ceux de