‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 22 sur 154 · Bulletin fin proleskintisiiiej t. VII, |). Jl · texte numérisé non relu

Bulletin fin proleskintisiiiej t. VII, |). Jl

rilAr. IV. — LA RÉFORME. AFFAIRE DE CONSCIENCE. 59

de la Bible! voici les points sur lesquels nous sommes d'accord, voilà ceux sur lesquels nous dilTérons! Louahle eflbrt Ihéologique, à condition toutefois que ceux (|ui s'y livrent ne se persuadent point de poser les colonnes d'Hercule de l'inlerprétalion biblique.

La confession de foi de l'Église gallicane parut; des catéchismes essayèrent de la populariser.

On aurait tort de ne point voii", dans la Confession gallicane^ un beau et vénérable monument de la foi de nos pères; on aurait tort aussi de se la figurer parfaite ou de croire que c'est elle qui encouragea aucun martyr protestant à s'avancer vers le bûcher en chantant. C'est l'esprit de la Bible, la Bible librement interprétée qui seule opéra ce miracle.

J'ai remarqué, dans une lettre de Calvin, un mot curieux. «On ne cessera (écrit le grand réformateur au prince de Condé) de vous tendre des filets pour vous envelopper en la confession d'Augsbourg, qui n'est ni chair ni poisson^î).

Mélanchton et Luther, de leur côté, trouvèrent à redire à plus d'un ai'ticle de foi de la Confession des huguenots.

Aujourd'hui même, où sont les réformés de France qui ne se croient pas en droit d'en corriger un ou plusieurs articles? Dans celte Confession, que de largeur à côté de quellf! sombre étroitesse !

Pour qui sait raisonner juste, voici un article dont les conséquences sont énormes. On demande comment se reconnaissent les livres canoniques de la Bible? Réponse : «Nous connaissons ces livres être canoniques et la règle très-certaine de notre foi, non tant par le commun accord

1. Ueiiiiprimée dans les Pièces justificatives ïdiànatsnUe ù la Frayice protestante , p. :j|.

2. J. Bounet, Lettres de Calvin. Calvin a Coniji;, 10 mai I5(:i3. T. il, p. 512.

60 r" PARTIE. — LA FOI DKS HUGUENOTS,

et consentement de l'Église, que par le témoignage et persuasion intérieure du Saint-Esprit, qui les nous fait discerner d'avec les autres livres ecclésiastiques, sur lestjuels, encore qu'ils soient utiles, on ne peut fonder aucun article de foi... »

Et puis, un peu plus loin, voici trois ou quatre articles qu'il suffît de transcrire littéralement , pour bien établir que les théologiens du seizième siècle outre-passèrentles limites au delà desquelles l'affirmation devient téméraire.

«Cette Écriture sainte nous enseigne qu'en cette seule et simple essence divine que nous avons confessée, il y a trois personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit.... les trois personnes non confuses, mais distinctes et toutefois non divisées, mais d'une même essence , éternité , puissance et égalité.

«Nous croyons que sa nature (de l'homme) est du tout corrompue...

«Nous croyons que toute la lignée d'Adam est infecte de telle contagion, qui est le péché originel, et lin vice héréditaire, et non pas seulement une imitation, comme les Pélagiens ont voulu dire ; lesquels nous détestons en leurs erreurs.

«Nous croyons aussi que ce vice est vraiment péché, qui suffît à condamner tout le genre humain , jusqu'aux petits enfants, dès le ventre de la mère.

«Nous croyons que de cette corruption et condamnation générale, en laquelle tous hommes sont plongés , Dieu retire ceux lesquels en son conseil éternel et immuable il a élus par sa seule bonté et miséricorde en N. S. J. C, sans considération de leurs œuvres, laissant les autres en icelle même corruption et condamnation, pour démontrer en eux sa justice , comme es premiers il fait luire les richesses de sa miséricorde...»

CIIAP. IV. — I,A nÉFORME, AFFAIRE DE CONSCIENCE. fil

Or, écoutez ceci. Pliilippo de Liins, jeune femme de vingl- Irois à vingt-quatre ans, née dans le diocèse de Périgueux, veuve du sieur de Gravcron, que son zèle pour la Uéforme avait fait nommer ancien de l'église de Paris, est célèbre dans riiisloire du protestanlisme par le courage héroïque avec lequel elle souffrit la mort pour sa foi , en 1557.

Le 4 septembre (nous résumons le récit de \^ France protestanteY, les protestants de Paris, que la persécution obligeait à se cacher pour offrir à Dieu leur5 prières, se réunirent au nombre de trois ou (juatre cents, dans une maison de la rue Saint-Jacques, en face du collège DuPlessis, afin d'y célébrer la cène. Une afiluence de monde aussi extraordinaire éveilla les soupçons de quelques prêtres, qui ne tardèrent pas à se convaincre qu'il se tenait une assemblée de liiihériens. Ils appelèrent le guet, ameutèrent le peuple et cernèrent la maison suspecte de manière que personne ne pût échapper. A minuit, le service divin terminé, les fidèles, ne se doutant de rien, voulurent sortir; mais ils furent accueillis par des cris de mort et assaillis à coups de pierres. On s'informe, et dès que l'on apprend qu'il s'agit de luthériens, la fureur ne connaît pas de bornes. Des corps de garde sont placés à toutes les issues et des feux allumés pour rendre la fuite impossible. Pendant ces préparatifs hostiles, les fidèles, enfermés dans la maison, invoquent la miséricorde de Dieu, s'attendant à tout moment à être massacrés. Leur première stupeur passée, ils commencent pourtant à se reconnaître. Encouragés par quelques gentilshommes qui se trouvent parmi eux, ils essayent de se frayer un chemin. Presque tous les hommes parviennent à s'échapper, malgié les piques el les hallebardes dont on les

Page 1