PraJice protestante , t. VII, p
2. Histoire de lu rie de Messire Pli. de Momuy, clc. (par David de Licqiies). Leyde, 1C47, p. 108.
68 f PARTIE, — LA FOI DES HUGUENOTS.
bliques et extraordinaires, avec jeûnes, sans toutefois scrupule ni superstition)'). Ainsi donc l'Eglise, en 1559, ne se fait, nulle illusion: d'âpres persécutions fondront sur elle; elle y opposera un concert de prières! elle jeûnera, mais sans superstition.
La Discipline ne fit, du reste, que compléter et généraliser les mesures déjà prises par la plupart des églises.
L'église de Nîmes, par exemple, était régie, dès 1566, par un règlement qu'a résumé M. Borrcl*. Les membres du consistoire se pai'tageaient diverses charges: Les uns visitaient des familles divisées pour les réconcilier, d'autres des individus tièdes pour réveiller leur zèle. Deux anciens étaient préposés à la surveillance des prisons, du collège et de l'hôpital. Le consistoire, pour régulariser l'administration de l'église, divisa la ville en wenï surveÀllances , à chacune desquelles il attacha spécialement un ancien. Il adopta un règlement en vingt-cinq articles, transcrit, dans le Registre des délibérations, par Théodore de Bèze luimême. Les secours aux pauvres consistaient : en dons en argent, en pain, en vêtements et en remèdes; en assignation de dots pour marier des filles sans fortune; en apprentissage de pauvres enfants; en logement de familles indigentes; en placement, dans les hôpitaux, des malades et des infirmes; en libéralités envers les prisonniers, les captifs, les étrangers. Les ressources qui alimentaient la caisse des secours provenaient des dons déposés dans les bassins que les diacres tenaient aux portes du temple, des collectes à domicile, de la location des bancs, des boîtes placées chez les marchands, dans lesquelles les chalands déposaient, comme
1. Borrel, Histoire de l'Église, réformée de Mmes ^ i'^ édition. Toulouse, 185G, p. 57.
droits des pauvres, une somme proportionnée à la grandeur de leurs achats; enfin de legs obligatoires.
Le consistoire était un véritable tribunal de mœurs. 11 faisait appeler par l'avertisseur ceux qui étaient signalés par les surveillants comme coupables de péchés grossiers : de jurements, de profanation du dimanche, de disputes, de brouilleries et de duel (nous conservons les termes mêmes du règlement), ou comme ayant assisté à des danses, à des comédies et à des mascarades, ou comme étant dans l'habitude de fréquenter les cabarets, les jeux et les brelans.
On ne jugeait aucun accusé sans l'entendre ; on assignait les témoins à charge et à décharge.
Les diverses peines infligées aux délinquants étaient: la censure, la suspension de la sainte cène, sans nomination publique ou du haut de la chaire, et l'excommunication ou le retranchement de l'Église. Une porte était toujours^ouverte à la repentance; lorsque le pécheur, condamné à quelque peine ecclésiastique que ce fût, se présentait au consistoire pour faire réparation de sa faute, il était aussitôt reçu à la paix de l'Éghse.
L'Eglise semblait revenue aux temps primitifs de son histoire; c'était la résurrection du deuxième et du troisième siècle.
Les synodes s'appliquèrent dans une plus large mesure encore que les églises particulières, et d'une manière plus générale, à purifier les mœurs. Les uns préparèrent la Discipline; d'autres, une fois qu'elle eut paru, l'appliquèrent, la complétèrent, l'interprétèrent. On ne saurait mieux apprendre à connaître les aspirations morales des huguenots du seizième siècle qu'en lisant les prescriptions synodales édictées par les nombreux synodes dont Aymon a conservé les procès- verbaux; elles constituent un chapitre éminemment curieux de l'histoire générale des mœurs.
Toutes ces prescriplioiis peuvent se ramener à deux chefs principaux: les unes défendent, les autres recommandent.
Le synode tenu à Orléans, en 1562, recommande les prières publiques. «Comme on était menacé d'une guerre, rapporte de Thou ', ce synode ordonna un jour déjeune et de prières publiques et solennelles. On écrivit aux autres églises , et on les exhorta toutes à se réunir dans les mêmes
pratiques, pour apaiser la juste colère de Dieu On les
conjurait de se repentir et de se corriger Les armes,
disait-on, les plus propres pour combattre et pour vaincre les ennemis de Dieu sont l'amendement de notre vie et les prières faites avec piété; si nous ne sommes pas revêtus de ces armes, en vain préparons-nous nos dards et nos épées; nous les tirerons contre l'ennemi, et Dieu saura les détourner et les faire revenir sur nous pour nous percer et nous perdre.» De même le synode tenu à Paris, en 1559: «En temps de grande persécution, de guerre, peste, famine et autre générale affliction, on pourra dénoncer des prières publiques et extraordinaires avec jeûnes, toutefois (nous l'avons déjà fait remarquer) sans scrupule ou superstition*».
Le synode de Paris, 1565, recommande la prière aux familles: les pasteurs «exhorteront soigneusement les chefs de famille de faire ordinairement, soir et matin, les prières dans leur maison'».
La lecture assidue de l'Ecriture sainte, dans les exercices du culte, est recommandée par le synode de Vertueil, en Angoumois, 1567: «Dans les assemblées publiques, aucuns autres écrits ne seront lus au peuple que l'Écriture sainte *.»
1. De Thou, Histoire universelle. Bâle, 1742, t. III, p. 158.
2. Aymon , Tous les Synodes nationaux des églises réformées de France. La Haye, 1710, t. I, p. 6.
;{. Idem. t. I, p. 65.