bulli'lin , t. I, p. 35; t. II, p
0 VOUS Dames et Damoiselles Que Dieu fit pour être son temple, Et faites, sous mauvais exemple, Retentir et chambres ou salles De chansons mondaines et sales , Je veux ici vous présenter De quoi, sans offense, chanter.
Aussi, dans les ateliers, dans les promenades publiques, dans les maisons particulières, dans les assemblées publiques et jusque sur les champs de bataille, on entendait redire les poésies auxquelles David a donné son nom. En 1568 la reine-mère, au mépris de la paix de Longjumeau, cherche à s'emparer par surprise des chefs huguenots. Condé est obligé de fuir, accompagné de Goligny, sous l'escorte d'un petit nombre de cavaliers. Il faut au plus vite traverser la Loire, dans les environs de Sancerre. Condé passe le premier, tenant son plus jeune fils entre ses bras; les autres suivent, en chantant le psaume : Au sortir d'Israël d'Égypte\ Ces poésies, on les chanta dans les prisons et dans les flammes, et, plus tard, dans l'exil lointain, dans les solitudes du désert, sur les bancs des galères. Que de martyrs dont la torture avait affaibli la voix et qui, jusqu'à leur dernier souffle, chantaient ce verset bien connu:
La voici, l'heureuse journée Qui répond à notre désir; Louons Dieu qui nous l'a donnée, Faisons-en tout notre plaisir.
Grand Dieu, c'est à toi que je crie : Garde ton Oint et le soutiens; Grand Dieu, c'est loi seul que je prie, Bénis ton peuple et le maintiens.
France protestunlt , t. II, p. 459.
Clément Marol et Théodore de Bèze avaient, depuis longtemps, achevé leur œuvre de poète, quand d'habiles musiciens, (jui tous étaient huguenots ou le devinrent plus tard, ajoutèrent au charme de la poésie le charme de la musique: Bourgeois, Guillaume Franc et surtout Goudimel', l'une des victimes de la Sainl-Barthélemy lyonnaise. Le peuple avait chanté , jnsipie-là, sans compositeurs, comme il avait appris sa foi, sans pasteurs, rien qu'en lisant la Bible. On accommodait les premiers psaumes à des airs populaires que chacun choisissait à sa guise, selon les exigences de la mesure et de la coupe des vers. On vit, en Allemagne, un phénomène semblable: la substitution de cantiques reUgieux à des poésies efféminées ou mondaines qui étaient presque les seules populaires, au commencement du seizième siècle. La mélodie aimée du peuple demeura la même ou à peu près; mais on l'adapta à d'autres paroles.
Il est naturel que les psaumes de Marot et de Goudimel aient été jugés diversement; selon le point de vue religieux et artistique auquel on se place, ils sont ou sublimes ou pitoyables. Cela nous étonne d'autant moins que l'appréciation musicale est en grande partie affaire de goût et puis, un peu aussi, de mode. Laissons donc l'archevêque d'Aix
l. Goudimel naquit vers 1520. Il semble difficile de préciser la part qui lui revient dans la composition des mélodies des psaumes. Selon Crcspiu, sa mémoire sera perpétuelle «pour avoir lieureusement besongné sur les Psaumes de David en français, la plupart desquels il a mis en musique». Voir Frunce prolestante , t. V, p. 309. il est certain d'ailleurs que Goudimel n'entendait pas seulement faire une œuvre d'art pur, mais encore une œuvre vraiment utile en secondant le culte public et surtout le culte domestique. Il dit lui-m(^me que, s'il a ajouté au cliant des psaumes trois parties, «ce n'est pas pour induire à les chanter en l'église, mais pour s'éjouir en Dieu particulièrement es maisons^. France protestante , t. V, p. Itiy.
84 r« PARTIE. — LA FOI DES HUGUENOTS.
appeler les psaumes de Marol « de vilaines et sales chansons» (Lestoile)'. Que Dargaud les qualifie de «tristes poëmes» en patois rimé*. Que d'autres aussi soient libres d'en trouver les mélodies plus profondément religieuses que celles d'un Haendel même et d'un GIùck^ Ce que personne ne saurait contester, c'est l'immense vogue qu'ils obtinrent, la puissante influence qu'ils exercèrent sur les destinées des huguenots, du seizième siècle au dix-huitième. J'aime bien un mot de M. Dardier: «Le chant des psaumes, dit-il, était tellement la nourriture habituelle des huguenots, ils en avaient tellement dans le cœur les mélodies et les paroles, que bien souvent, quand ils se réunissaient au milieu de la nuit sur les ruines de leurs temples et qu'ils se tenaient silencieux et priant sur cette place sainte, ils entendaient dans les airs comme une mélodie céleste: c'étaient /d5 anges de Dieu qui chantaient les psaumes du Désert, qui les chantaient dans le cœur des proscrits.»
D'autres chansons encore parurent. L'air était imprégné de poésie religieuse. Maint huguenot fervent s'essaya à composer des strophes qui furent chantées par le peuple et dont quelques-unes ont été conservées.
Crespin raconte la triste destinée du martyr Jean Herwin avec lequel on enferma deux criminels « pour le tourmenter»; les deux bandits réussirent à s'enfuir: il ne voulut pas les suivre, «de crainte que sa fuite ne fût imputée aux fidèles de la ville». Les magistrats de Honscot employèrent et les promesses et les menaces pour le porter à l'abjuration; tout fut en vain. Il fallut le lier et le traîner de force dans