France protestante , t. V, p
2. Histoire des princes de Condé pendant les seizième et dix-septième siècles , par M. le duo d'Anmale. M. I.évy , I8(}3, t. I , p. fiO.
3. Mémoires de Brantôme, Liixciiiboiirg, 1735, t. III, p. 140.
r.llAP. II. — COMMENCEMENTS DE LA REroil.ME. 1!»
(le Valois, épouse de llciui IV, l07de la cour éla il infectée d'Iiérésie*.
On ne saurait trop le redire : la l{éfornie trouva , dès ses premiers jours , des amis dans tous les rangs de la société. Florimond tiellémoiid, renuemi jurédes réfoiiiiés, que nous aurons à citer pins ilum' lbis,Rémond en laitraveu: «Surtout les peintres, horlogers, imagiers, orfèvres, libraires, imprimeurs et autres qui, en leur métier, ont quelque noblesse d'espril, furent des premiers aisés à surprendre.» L'évêque Joachim du Bellay signait ses lettres à Mélanchlon : de vôtre, de cœur». En 1533, Marguerite de Valois fit ouvrir les chaires de Paris à des hommes tels que Gérard Roussel, qui inclinait vers les doctrines de la Réforme. François P"" lui-même, à différentes reprises, témoigna de la sympathie à la cause protestante; elle trouva tant d'amis en France que , d'après le cardinal de Sainte-Croix, le royaume, de 1561 à 1505, était à demi huguenot"..
Il y a plus. On lit dans les Registres du parlement de Paris, en date du -20 mars 1525 \ que l'hérésie est grande et pullule en ce royaume. Il résulte de ces documents précieux et dont Tauthenticité ne saurait être mise en doute , que le luthénuiisme qui, dès 1525, pullulait à Paris et dans les provinces, y avait surtout pénétré par les classes élevées et intelligentes; que la nouvelle doctrine s'était plus particulièrement répandue à Meaux , avec une grande ra[>idité; que déjà même elle avait trouvé quelques partisans parmi les membres du parlement; que les campagnes, elles aussi, commençaient à l'adopter; enfin, que les progrès
l. Mémoires de Marguerite de Valois. Collection universelle des nicinoires parliculicrs relatifs à lliistoire tie l'raiice. 1789, t. LU, p. 140, L BaUvdn, l. .\VII,p. 77 et .-^iiiv.
J. tiullrliu , I. m. p. 23.
20 r« PARTIE. — I.A FOI DES HUGUENOTS.
qu'avait laits le mouvement religieux menaçaient bien des intérêts, effrayaient bien des sectateurs de l'ancien culte, qui voulaient qu'on vît la société en péril, parce que leurs prérogatives étaient menacées. Chose étrange, les protestants se multipliaient par la souffrance, par la mort. Quand on en tuait un, il en renaissait dix. Les flammes — selon la belle expression de Dargaud — étaient fécondes, miraculeuses. «Elles rendaient plus d'hommes qu'elles n'en dévoraient. Les martyrs brûlaient en silence ou en prière. Leurs cendres se mêlaient aux cendres du bûcher. Puis un souffle de Dieu enlevait ces cendres sur l'aile des quatre vents. Elles tombaient çà et là, fertilisaient le sol et suscitaient partout des défenseurs aux idées. Les martyrs enfantaient des soldats et des apôtres.»
Le nombre des protestants s'était tellement accru, ils comptaient parmi eux des génies si éminents, des âmes si stoïques, qu'il était facile, dès le règne de Henri II, de pressentir les événements futurs.
Mais le moment n'est pas venu de raconter des martyres. Il ne s'agit, ici, que d'établir les rapides progrès du protestantisme en France, de 1525 à 1580, de constater le nombre considérable des huguenots au seizième siècle, malgré les obstacles formidables qu'ils rencontrèrent sur leur chemin, l'accueil bienveillant que leur firent tous les rangs de la société, les grands et les gens les plus simples, les pauvres et les classes les plus éclairées et les plus riches'. Gomment expliquer ce prodigieux avènement des idées protestantes? Est-ce à la faveur de la pohtique qu'elles se frayèrent une voie si sûre vers le cœur de la France? N'estil pas infiniment plus juste de prétendre que si, à un mo-