‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 51 sur 154 · I. Bulletin, t. IH , p. iôS · texte numérisé non relu

I. Bulletin, t. IH , p. iôS

vie de ce fidèle serviteur de Christ. Il raconte que, Haiiielin s'étant rendu aux environs de Saintes, à Allevert, pour y gagner un «peuple de Dieu», les magistrats et l'évêque envoyèrent à sa poursuite «avec chevaux, gens d'armes, cuisiniers et vivandiers». L'ayant trouvé à quelque distance * d'Allevert, ses persécuteurs l'amenèrent à Saintes, où il fut incarcéré comme malfaiteur, bien que ses œuvres rendissent certain témoignage qu'il était enfant de Dieu et directement élu. Il était si parfait en ses œuvres, ^ue ses ennemis étaient contraints de confesser (ju'il était d'une vie sainte , bien qu'ils n'approuvassent pas sa doctrine.

Palissy, qui alors avait déjà quelque renom, continue son récit pittoresque en ces termes: «Je suis tout émerveillé comment les hommes ont osé asseoir jugement de mort sur lui, vu qu'ils savaient bien et avaient entendu sa sainte conversion: car dès lors qu'il fut condamné — , je pris la hardiesse (combien que les jours furent périlleux en ce temps-là) d'aller remontrer à six des principaux juges et magistrats de cette ville de Saintes, qu'ils avaient emprisonné un prophète, un ange de Dieu envoyé pour annoncer sa Parole et jugement de condamnation aux hommes sur le dernier temps, leur assurant qu'il y avait onze ans que je connaissais ledit Philibert Ilamelin d'une si sainte vie, qu'il me semblait que les autres hommes étaient diables auprès de lui. »

Les juges firent bon accueil à Palissy, qui les alla trouver chacun dans sa maison; mais, s'ils ne tuèrent pas l'évangéliste, «non plus que Pilate et Judas Jésus-Christ», ils le livrèrent néanmoins entre les mains de ceux dont ils savaient bien qu'ils le feraient mourir. Ils l'envoyèrent donc à Bourdeaux , où Philibert, mangeant à la table du geôlier, se retirait, tout de suite après les repas, dans sa chambre où il passait, seul, toute la journée, parce qu'il ne supportait

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point les «jeux et blasphèmes» qui se commettaient dans la chambre de son liôle et essaya en vain de les réprimer.

Pendant qu'il se trouvait en prison, un avocat, de ses amis, présenta au geôlier trois cents livres pour qu'il mît le prisonnier en liberté ; mais lui-même trouva qu'il valait mieux qu'il niourùl par la main de l'exécuteur, que de mettre le geôlier eu peine pour lui. Nous avons dit plus haut que, finalement, cet «enfant de Dieu» fut condamné à être étranglé et son corps réduit en cendres, sentence qui fut exécutée le 18 avril 1557.

Quelle fut l'influence exercée parïlamelin? De quel esprit se montra animée cette petite église de Saintes dont il fut le créateur?

Laissons Palissy répondre à cette question.

Son récit est d'une suavité, d'un charme vraiment exquis,

«Voilà comment notre église a été érigée au commencement par gens méprisés (des artisans), et alors que ses ennemis la vinrent saccager et persécuter, elle avait si bien profité en peu d'années, que déjà les jeux, danses, ballades, banquets et superfluités de coiffures et dorures avaient presque toutes cessé : il n'y avait plus guères de paroles scandaleuses ni de meurtres. Les procès commençaient grandement à diminuer : car dès que deux hommes de la rehgiun étaient en procès, on trouvait moyen de les accorder, et même bien souvent, devant que commencer aucun procès, un homme n'y eût point mis un aulre, que premièrement il ne l'eût fait exhorter à ceux de la leligion.

«Quand le temps s'approchait de faire ses pàques, plusieurs haines, dissensions et querelles étaient accordées: il n'était (pjc^liun (|ue de psaumes, prières, cantiques et chansons spirituelles, et n'était plus question de chansons dissolues et lubiiiiuet;.

«H était défendu aux liôlrliers de ne tenir jeux, ni de

donner à boire et à manger à gens domiciliés, afin que les hommes débauchés se retirassent en leurs familles.

«Vous eussiez vu, en ces jours-là, le dimanche, les compagnons de métier se pourmener par les prairies, bocages ou autres lieux plaisants, chantant par troupes psaumes, cantiques et chansons spirituelles, lisant et s'instruisant les uns les autres.

«Vous eussiez aussi vu les filles et vierges assises par troupes dans les jardins et autres lieux, qui en cas pareil se délectaient à chanter toutes choses saintes; d'autre pari, vous eussiez vu les pédagogues qui avaient si bien instruit la jeunesse, que les enfants étaient tellement enseignés, que même il n'y avait plus de geste puéril , mais une constance virile. Ces choses avaient si bien profité, que les personnes avaient changé leurs manières de faire, même jusqu'à leurs contenances'.»

Quelle séduisante peinture des mœurs des premiers réformés! et qui vaut, à elle seule, des milliers de volumes de controverse!

Mais, dira-t-on, Palissy fut huguenot lui-même. Ce n'est pas là un juge impartial. On ne saurait être, en même temps, juge et partie.

Soit. Eh bien! il nous reste à appeler en témoignage un homme dont le jugement ne saurait paraître entaché de partialité, un historien du seizième siècle, qui a consacré à l'histoire de l'hérésie un volume de plus de mille grandes pages dont nous allons tout d'abord faire connaître l'espril. Nous citons les paroles qu'on va lire, sans aucun sentiment d'amertume; mais nous ne pouvons ne pas les citer: on verra pourquoi nous y attachons une haute importance.

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