‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 52 sur 154 · Fraïu-f proleslfDile, I. V, article Hamelin · texte numérisé non relu

Fraïu-f proleslfDile, I. V, article Hamelin

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Le livre de Haeiuond est dédie au pape Paul V. L'auteur prend, dès l'abord, ce style parfois pittoresque, le plus souvent boursouflé qui se continue à travers le volume entier.

€ Votre Sainteté verra, non pas à yeux secs, diviser l'Église en autant de schismes que fut jadis en lambeaux la robe du piophèle Nathan, altérer et corrompre la conscience des peuples de mille diverses et folles erreurs.... Un malheureux moine défroqué , né en Allemagne , terre depuis fer- [ile en toutes sortes d'impiétés, sera le parrain de cet enfantement monstrueux (la Réforme), suivi de plusieurs autres ses semblables qui ont quitté la sacrée solitude pour le monde, la religieuse austérité pour les délices, l'humilité pour l'orgueil, les exercices de piété pour les souillures de la chair. Engeance perverse , indigne que la postérité en sache seulement le nom , si ce n'est pour l'abominer, puisque comme soudoyers de Satan et avant-coureurs de l'Antéchrist, ils ont déclaré la guerre ouverte à Dieu, abattu maisons saintes, poudroyé ses autels sacrés, sacrifié ses sacrificateurs, honni les choses les plus religieuses, brisé les croix, enseignes des chrétiens, pour ne laisser aucune brisée du christianisme , et qui n'ont omis impiété quelconque à commettre, que la rage et la fureur des plus exécrables hérétiques aient pu s'imaginer' »

Après s'être mis aux pieds de Sa Sainteté, Raemond objurgue ceux d'entre ses lecteurs qui ont quitté la foi de leurs ancêtres:

«Le diable, obscurcissant l'air de la vraie foi d'un monde d'opinions contraires, te jette je ne sais quelle obscurité pour te perdre. Voici qui t'éclaircil et dissipe ces gros

I. Florimond de Raemond, l'Histoire de fa naissance, progrès et décadence de l'hérésie de ce siècle. Paris, IGIU, iii-4"; I0(J5 \>. Dédicace.

126 II* PARTIE. — TA VIE FiES HUP.UENOTS.

brouillards et qui te relève de la chute. Le ciel verse bien à gros torrents sur les sourcilleuses montagnes de ton orgueil et de ton opiniâtreté des mers tout entières de grâce; mais elles ne s'y peuvent arrêter, passent promptement, et ne laissent après elles que de la boue et de l'infection. Descends de ces orgueilleuses croupes et, rentrant en ta bassesse, soumets-toi au jugement de celle hors laquelle lu n'as point de salut!»

Maintenant, c'est le Saint-Esprit qu'il demande au Seigneur, avant d'entrer en lice. «Voici à troupes infinies, Seigneur, des ennemis armés que le serpent, jaloux de la grandeur, a fait naître, semant les dents de son envie dans le champ de ton Eglise, et me voici soudain en champ clos pour la défendre de ces lions rugissants , loups ravissants, dragons monstrueuœ et des mordantes vipères. »

Ainsi armé de pied en cap, Raemond entre en matière ou plutôt en champ clos, selon sa propre expression.

Après avoir énuméré divers prodiges qu'on vit au ciel , signe infaiUible du schisme qui déchira l'Eglise après l'an 1500, il fait, à grands coups de crayon, le portiait des réformateurs. Celui de Luther n'est guère propre à faire aimer le puissant moine de Wiltemberg, qui fut bien cependant la nature la plus sincère, la plus honnête, la plus chrétienne et la plus humaine tout ensemble (jue nous connaissions.

Il eut pour père, selon Raemond, un mauvais idiot. Luimême, la nature l'avait «assez avantagé», soit au corps, soit en l'esprit. Il avait l'esprit prompt et vif, une heureuse mémoire, beaucoup de facilité à s'expliquer, toujours sur les livres la plume à la main , s'il n'était entre les bras de sa MOiNESSE qui lui fut un pesant fardeau et fâcheux empêchement au progrès de ses études. Quand il était en chaire tout transporté d'ardeur et de passion, il savait animer tout ce qu'il disait et, comme un torrent, emporter les esprits

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de ses auditeurs. Malheureusement il fut un ennemi mortel de toute sujétion, de toute austérité, de toute pénitence. Le jeûne était sa mort, la chasteté son enfer \

Voilà qui suffit ])our faire connaître Raemond. Nous n'avons ni la tâche ni le dessein de reprendre ses assertions une à une j»our en montrer la fausseté; nos lecteurs sont bien convaincus des sentiments haineux qui l'animent à l'endroit de la Réforme : c'est assez. Qu'ils veuillent à présent lire attentivement la description suivante des mœurs des huguenots.

«Les premiers luthériens qui passèrent en France, voire même les calvinistes qui vinrent depuis sous cette modestie et simplicité chrétienne, pipèrent le monde : car ceux qui ne pouvaient croire qu'en une vie si chrétienne comme était la leur en apparence peut loger une fausse doctrine... étaient ébranlés en leur ancienne créance , couraient après ces hommes qui ne respiraient que toute sainteté. Le nom du Seigneur et du Christ était à tout propos en leur bouche; le En vérité, leur serment ordinaire: ils se déclaraient ennemis du luxe, des débauches publiques et folâtreries du monde trop en vogue parmi les catholiques. En leurs assemblées et festins, au lieu de danses et hautbois, c'était lecture des Bibles qu'on mettait sur tables et chants spirituels, surtout des psaumes quand ils furent rimes. Les femmes à leur port et habit modeste paraissaient en public comme des Èves dolentes ou Madeleines repenties, ainsi (|ue disait Tertullien de celles de son temps. Les hommes tous mortifiés semblaient frappés du Saint-Esprit: c'étaient autant de Saint-Jeans prêchants au désert. Celui qui était élu surveillant, quoique de diverses troupes, en les rencon-

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