‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 61 sur 154 · Bulletin, t. iX, p · texte numérisé non relu

Bulletin, t. iX, p

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J'en citerai un encore, le plus beau peut-être de tous, soit que l'on regarde à la longueur du temps pendant lequel la fermeté s'y soutint, à l'éclat du rang, ou à l'entourage dans lequel il se produisit.

Catherine de Bourbon, fille de Jeanne d'Albret, sœur de Henri IV, naquit à Paris le 7 février 1558. Elle partagea fidèlement la vie si tourmentée de sa mère. Ce fut à l'école du malheur que s'écoulèrent ses premières années; mais l'adversité eut pour elle cet avantage de tremper plus fortement le caractère énergique qu'elle tenait de Jeanne, qui la laissa orpheline à quatorze ans. Tandis que son frère, qui personnifiait d'une manière éclatante la grâce et la légèreté françaises, reniait tristement sa foi pour un trône, ellemême, nature poétique, figure humble et douce, sut allier, dans une courte vie, aux talents les plus distingués, cette dignité morale sans laquelle il n'y a pas de véritable grandeur. Unie, le 31 janvier 1599, par les calculs de la politique, au duc de Bar, fils du duc de Lorraine, elle déploya, dans une cour toute catholique, le plus noble caractère. On se figure sans peine , en lisant sa correspondance, ce qu'elle dut souffrir entourée de ces princes lorrains, ce qu'elle avait souffert déjà à la cour de son propre frère.

Le 21 septembre 1598 elle écrit aux ministres de Nérac : tf Après vous avoir assurés de ma santé, laquelle. Dieu merci, est très-bonne , je vous prierai bien affectueusement de n'ajouter aucune foi aux bruits qui courent par delà et qui ont été portés jusqu'à vos oreilles, que je suis aucunement disposée à quitter la profession de la religion. C'est un artifice de nos enne^nis plus fondé sur leur invention que sur quelque véritable apparence .... Celui qui m'a fait la grâce de le louer publiquement à Paris , me la continuera pour faire de môme dans Naiicv. Aidez-moi seulement de vos

prières, les joignant aux miennes afin que, sous la faveur de telles armes, je puisse surmonter toutes les difficultés et tentations qui se pourraient présenter.

«Votre meilleure amie, ('Catherine.))

Elle avait, en effet, selon son expression, loué Dieu publiquement à Paris. Lestoile rapporte, à la date du 10 mai 1597, qu'étant venue à Paris ledit jour, elle «fit prêcher, dès le lendemain, à huis ouverts, dans le Louvre)), exprès pour effacer le bruit qui courait qu'en épousant le duc de Bar, elle changerait de religion.

En 1599, elle s'empresse encore de rassurer ses coreligionnaires au sujet de ses sentiments religieux. Il existe une pièce curieuse, intitulée: « Pi^oteslation faite par Madame, sœur unique du roi, en la ville de Nancy, en conséquence de la conférence faite audit lieu, entre M. Couet, assisté de M. de La Touche, ministre, et le sieur Comelel , assisté de Sainl- Esprit, gardien des capucins, docteurs papiste-s.)) La voici :

«Nous, Catherine, sœur unique du roi, princesse de Navarre, duchesse de Bar, comtesse d'Armagnac et de Rhodes, vicomtesse de Limoges, certifions à tous qu'il appartiendra et notamment aux fidèles, que nous avons un extrême contentement de ce que le sieur Gouel, ministre de la parole de Dieu, ayant reçu nos dernières letlres, nous est venu trouver en cette ville de Nancy, en même temps que nous étions sollicitée en plusieurs sortes de changer notre vraie leligion pour adhérer à celle qu'on appelle catholique-romaine, et qu'étions à cette occasion grandement affligée en notre esprit, encore bien que nous lussions résolue de persister constamment en notre foi et espérance fondée sur la seule et vraie parole de Dieu. Si voulons-nous partant reconnaître et témoigner à tous par cette présente, que tant par les prédications dudit sieur Couet que par ses discours

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familiers, que par les bonnes et nettes réponses tirées premièrement (le la parole de Dieu et puis après accompagnées (le pliisii^urs sentences des anciens Pères de rÉglise primitive, lesquelles il fit au sieur Gomelet, jésuite, en présence de Son Altesse de Lorraine, notre très-honoré beau-père, de Munsei|:'nour, notre Irès-lionoré époux, de Monseigneur le cardinal de Lorraine, notre Irès-cber et très-aimé beaufrère, et de bon nombre d'autres personnes de toute qualité, de l'une t-t l'autre religion, nous nous sommes sentie ijrandement consolée cl fortifiée en la droite créance de notre .salut , laquelle nous avons eue dès notre jeunesse, et espérons que Dieu nous fera la grâce d'y persévérer constamment jusques au dernier soupir de notre vie —

«• Nous désirons que les églises réformées de France et dailleurs soient averties de tout ce que dessus, et que Dieu nous ayant fait la grâce de résister constamment jusques à maintenant à tous les assauts qui se sont présentés, elles le prient continuellement à ce que nous puissions continuer de même jusques à la fin de notre vie.

«Nancy, l^*" décembre 1599.

«Signé: Catherine.»

Le 24 septembre 1600, elle écrit encore à Bèze: «Par la sainte grâce de Dieu, j'ai surmonté jusqu'ici beaucoup de difficultés... . Je me recommande toujours à vos prières, car j'ai bien besoin de l'assistance de Dieu en mes ennuis. . . Dieu me fasse la grâce de le bien servir, jusques au dernier soupii' de ma vie. "

Cette grâce, elle l'obtint. Elle résista vaillamment jusqu'à sa mort, arrivée en 1604-, à toutes les tentatives de prosélytisme auxquelles elle ne cessa de se trouver exposée ',

I. Bulletin, t. il, p. 140 et suiv. ; t. III, [,. 'ITJ; l V, p. 2',)0. h'rtiuce jjrotestanle , l. II, p. iJ7.

Mais nous ne quitterons pas encore cette princesse hors ligne dont la vie si instructive à tant d'égards vient d'être racontée avec infiniment de bonheur par M. Ath. Coquerel fils'; c'est à lui que nous emprunterons, en partie textuellement, les détails suivants qui, sans faire double emploi avec ceux qui précèdent, nous semblent propres à donner à l'illustre Catherine tout le relief qu'elle mérite.

On sait qu'elle avait abjuré avec son frère, huit jours après la Saint-Barthélémy, à l'âge de quatorze ans, et qu'elle dut passer à la cour trois années et demie, catholique de forme et prisonnière de fait. Dès qu'elle put rejoindre Henri, elle assista au prêche à Châteaudun avec lui et d'autres personnes qui avaient abjuré au moment du massacre. Dés lors elle demeura jusqu'à sa mort la plus ferme et la plus fervente des huguenotes.

Agréable de figure, quoique de taille médiocre et un peu boiteuse, elle avait reçu, comme la plupart des princesses du temps, une éducation étendue; les principales langues vivantes et le latin lui étaient familiers; elle avait appris le grec et l'hébreu; elle chantait et jouait du luth. Inférieure cependant en puissance intellectuelle à sa mère, Jeanne d'Albret, et à la reine Marguerite, son aïeule, mais leur égale par le cœur, elle clôt celle dynastie intellectuelle si brillante, .où Jeanne tient le premier rang.

Quand Henri se fut déclaré catholique, Catherine n'eut d'autre souci que de protéger l'Église contre les conséquences de cette désastreuse défection. D'après les termes de l'édit de 1577, elle avait le droit, comme tous les seigneurs ayant haute justice et plein fief de haubert, d'exercer la religion dans son principal domicile, et d'y avoir des

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