I. France protestante , t. I
?. If>id., t I, p. 136.
170 ir PARTIR. — LA VIE DES HUGUENOTS.
François Hotman, un des plus grands publicistes du seizième siècle , qui suivit , dès l'âge de quinze ans, les cours de droit de la célèbre université d'Orléans, et qui, à vingtdeux ans (1546), ouvrit, à Paris, un cours public de droit tellement remarqué qu'Etienne Pasquier dit qu'il fut pour lui «l'un des plus grands heurs qu'il ait recueillis dans sa jeunesse», Hotman, disons-nous, avait devant lui le plus brillant avenir. Cependant il n'hésita pas à sacrifier à ses convictions religieuses sa patrie, sa famille, sa fortune et l'espérance d'un riche mariage que son père lui ménageait. C'était le temps où les réformés, poursuivis à la fois par un vieux roi qui se mourait usé de débauches , par des magistrats bassement serviles, par un clergé implacable, par un peuple fanatique , étaient livrés aux flammes comme criminels de lèse-majesté divine et humaine, non-seulement à Paris, mais dans toutes les provinces. Meaux venait d'assister à l'horrible spectacle de quatorze hérétiques consumés sur le même bûcher.
Hotman, n'entendant parler que de l'intrépide courage des soldats de l'Évangile, voulut connaître la religion qui inspirait cet héroïsme, et la Réforme compta bientôt une conquête de plus. Il embrassa les doctrines nouvelles avec une ardente conviction, et il y resta constamment attaché au milieu des dangers, des angoisses, des douleurs dont sa vie fut semée. Cependant, comme il ne se souciait pas de grossir, à la fleur de l'âge, le nombre des martyrs, il jugea prudent de quitter la maison paternelle. Son père , irrité de sa conversion, rompit avec lui, en sorte que le jeune François, malgré son talent, serait tombé dans l'indigence, si le sénat de Berne ne lui avait accordé, à la recommandation de Calvin, la chaire de belles- lettres et d'histoire à la nouvelle académie de Lausanne (1547). Puis il fut, tour à tour, professeur de droit civil à Strasbourg
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(155(>), niiiilie des requêtes au conseil du roi de Navano, après la mort de François II; professeui' à runiversilc de Valence, qu'il laissa de marbre après l'avoir trouvée de briques; il occupait à Bourges la chaire du célèbre Cujas, lorsque la guerre civile éclata. Les hostilités rohligèrcnl de fuir de ville en ville avec sa femme cl ses sept enfants. Ce fut au bruit des armes, et en proie à la douleur don! l'abreuva la mort de l'un de ses enfants, que le grand savani composa, pour son propre usage, son excellent traité de la Consolation.
Sa vie devait s'écouler constamment agitée. Après la Sainl-Darthélemy, il parvint à gagner Genève; en 1578, il s'établit à Bàle; en 1582, à Montbéliard, pour retourner à Bàle après avoir perdu sa femme qu'il aimait tendrement. Deux fois sa précieuse bibliothèque fut lacérée, pillée, dispersée. Il ne cessa, jusqu'à la fin de sa carrière, d'être accablé « d'autant de misère que de renommée et supporta l'acharnement de sa mauvaise fortune sans que sa foi et sa confiance en la Providence en fussent un instant affaiblies' ». Il eût suffi que cet illustre confesseur de la foi protestante reniât, d'un seul mot, ses convictions, pour que sa vie, si tourmentée, s'écoulât dans les honneurs et dans les dignités. Quelle admirable constance que la sienne !
Hotman personnifie l'abnégation; La Noue, le pardon des injures. Quand il reçut la nouvelle de sa mort, Henri IV s'écria : «Ah! c'était un grand homme de guerre, et encore plus un grand homme de bien : on ne peut assez regretter qu'un petit château ait fait périr un capitaine qui valait mieux que toute une province ^ »
I. France protestante , t. V, p. .i25, article sur liolman; les lignes qu'on vient de lire n'en sout qu'un pâle résumé.
•2. Mr/noires île La Noue, édition l'oujonlul, t. l.\, p. :>S\. Notice des éditeurs.
Ces paroles sont le plus bel éloge que l'on puisse faire de ce guerrier, grand homme de guerre, mais encore plus grai}d homme de bien. Le trait que nous allons citer servira comme de preuve au jugement de Henri IV.
La Noue avait été char^^é par les huguenots, en 1573, de la défense de la Rochelle. Tout en préparant tout ce qu'il fallait pour bien s'acquitter de sa tâche, il visa surtout à prendre une attitude assez imposante pour obtenir un traité avantageux. C'est ce qui fit naître des soupçons dans l'esprit des huguenots et rendit la position de La Noue terrible. Il ne vit bientôt qu'un moyen d'en sortir: mourir l'épée à la main. Il multiplie les sorties, s'expose avec la plus grande témérité ; mais le sort des armes lui demeure favorable. Ceux-là mêmes pour lesquels il se sacrifie l'accablent d'outrages. Au sortir d'une orageuse séance du conseil de la ville, le ministre La Place le poursuit jusque dans les rues, l'invective à la bouche, lui reproche publiquement d'être vendu à la cour, et, sa fureur croissant en proportion de la longanimité de La Noue, il lui donne un soufflet. La Noue s'interpose entre cet insensé et les officiers qui l'accompagnaient ; pour le garantir de tout danger, il le reconduit lui-même à sa demeure et dit tranquillement à sa femme : « Madame, ayez soin de votre mari; ne le laissez pas sortir de quelque temps, car il a l'esprit égaré'.» Tant de grandeur d'âme dissipa les soupçons que l'aveugle désir de vaincre à tout prix avait fait concevoir contre La Noue, l'un des plus honnêtes hommes de son temps, selon le P. Daniel.
Dandelot, lui, fut l'un des plus généreux. Lestoile, avec sa concision habituelle, enregistre le fait suivant qui fait le