‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 74 sur 154 · Mémoires j etc., édition Poujoulat, t. IX, p · texte numérisé non relu

Mémoires j etc., édition Poujoulat, t. IX, p

r.HAP, H. — DÉTAILS. 17."3

plus grand honneur au frère de Coligny. ce M. de Nevers fut tué à la bataille de Dreux par un gentilhomme nommé Des Bordes, son grand mignon et confident, duquel le pistolet, sans y penser, se débanda en ladite bataille de Dreux, et en blessa ce pauvre seigneur, lequel, à la sollicitation et persuasion de ce Des Bordes, avait abjuré la religion et retourné à la messe. Comme on portait ce seigneur blessé à Dreux, M. Dandelot, passant avec ses troupes, demanda qui c'était, et, ayant entendu que c'était M, de Nevers, ne le voulut arrêter ni faire arrêter, mais lui manda seulement par un des siens qu'il pensât à ses fautes et qu'il était temps '. »

Plusieurs d'entre les huguenots dont nous connaissons la vie ilonnèrent des preuves d'un rare désintéressement.

D'Aubigné se trouvait en possession d'une pièce compromettante pour le chancelier de l'Hôpital. On l'engage à la rendre au chancelier qui sans doute en donnera dix mille écus. Il va chercher un petit sac de velours qui la contenait, le met sous les yeux de son indigne conseiller, puis le jette au feu, en disant : « J'aurais pu succomber à la tentation l »

Quand, en 1508, les mercenaires allemands refusèrent de marcher avant d'avoir touché les cent mille écus qui leur avaient été promis, les guerriers huguenots, depuis Condé qui livra sa vaisselle d'argent et ses bijoux, jusqu'aux derniers valets de l'armée, se cotisèrent, par un mouvement admirable, pour les satisfaire \ C'est le renoncement des premiers adhérents de la Réforme en France qui fit toute leur force. (Juand Jeanne d'Albret épousa, à douze ans, le duc de Clèves, elle était accablée sous le poids des pierre-

I. Mémoires, etc., édilion Poiijoulat, t. I, p. 16. '2. France protestante , t. !, articio n'AnnidNÈ. i. Ibid., t. 11, p. 457.

ries, de l'or et de l'argent qui couvraient ses habits, et ne pouvait marcher, tellement que le roi dut commander au connétable de Montmorency de la porter à l'église de Chàtellerault'; et, cependant, elle en vint plus tard, par amour pour sa cause, à se mettre plus d'une fois dans un état de gêne voisin de la détresse.

Deux cent vingt-cinq écus ! c'est toute la fortune que laissa un homme qui, pendant des années, avait été l'arbitre de la république de Genève et d'une partie de l'Europe occidentale, Calvin. Il poussait le scrupule si loin que, pendant sa dernière maladie, il refusa les émoluments de sa place, « disant que, ne rendant pas de services, il se faisait conscience de recevoir ses gages » , ce qui arracha à Bayle ce cri d'admiration ; « C'est une des plus rares victoires que la vertu et la grandeur d'âme puissent remporter sur la nature, dans ceux mêmes qui exercent le ministère évangéliqueM»

La Noue, qu'il faut encore citer, fut grand non-seulement par sa modération, mais aussi par son désintéressement sans bornes. Un jour qu'il avait vendu une portion de son patrimoine pour équiper les troupes du roi, il disait simplement et sincèrement : « Tant qu'il me restera un pouce de terre et une goutte de sang, je les emploierai au service du pays où Dieu m'a fait naître. » Ainsi se comportait La Noue, modeste autant qu'il était vaillant. Il avait toujours sa Bible à l'arçon de sa selle ou sous son chevet, ce qui inspira à l'un de ses historiens cette fine remarque, qu'on pourrait appliquer à maint huguenot, qu'après s'être embrasé au feu des prophètes, il s'adoucissait à l'huile des apôtres'.

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