I. Frroire piotesifinte , I. VI, p
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le nez, on lui leniiilla les bras, on lui déchira les mamelles, on lui ceignit la tète de deux ou trois cercles de fer rouge, et pendant que le bourreau s'acharnait ainsi sur son corps, l'inlrépide confesseur de la foi protestante chantait à haute voix ce verset du Psaume CXV :
Leurs idoles sont or et argent, Ouvrage de main d'homme.
Son chant ne cessa (ju'au milieu des llammes du bùchei' dans lequel on finit par le jeter, sanglant et mutilé '.
A la lueur du bûcher de 1525, les huguenots pouvaient voir clairement le sort qui leur était réservé, mais rien n'était capable d'arrêter la marche des idées réformatrices. Pendant les années qui suivent, les menaces altéraient avec les exécutions sanglantes; les persécuteurs frappent, les persécutés redoublent de fea'meté; le zèle rehgieux, loin de s'éteindre, s'exalte, court au-devant du siijjplice.
En 1528, à Meaux, Denys des Rieux est trahie sui- la claie au lieu de l'exécution; on le retire tVois fois du feu pour faire durer le supplice plus longtemps. A Vienne, un docteur en théologie, Etienne Renier, est brûlé vif, pour avoir prêché contre l'adoration des reliques.
En 1529, c'est le noble Louis de Berquin qui paye enfin de sa vie la fermeté de ses convictions.
En 1530, Philippe Muant a la main et la tête coupées, à Bordeaux, pour avoir porté des coups de dague contre un crucifix en papier.
En 1532, Toulouse se repaît du supplice du professeur Jean de Caturce : il est revêtu d'un habit de boulfon et brûlé vif, pour avoir tenu une assemblée de religion à Limoux,
1. Nous avons reproduit eu j^n-ande partie l'article cité à la uole prccédeute.
f.IlAP. m. — LA RÉFORME FRANÇAISE JUSQu'FxN l.>f)2. 27
sa ville natale. Et conirno, malgré les exécutions, l'hérésie grandit, François I^"", après une entrevue avec le pape, enjoint, en 1533, à l'évêque de Paris, de «commettre deux conseillers de la cour du parlement de Paris pour faire et parfaire le procès des hérétiques, vu que h crime d'hérésie pullule et croît en la bonne ville de Paris ».
En 1534, une simple domestique, Marie Bécaudelle, est exécutée dans son lieu natal, à des Essars, en Poitou, pour avoir cherché à prouver à un moine qu'il ne prêchait pas l'Evangile. La même année, comme pour se rire des supplices, les protestants afTichiMU , sur les murs de Paris, les fameux placards contre la messe et la transsubstantiation, — à moins que, comme on l'a supposé non sans raison, leurs adversaires eux-mêmes, avec une ruse infernale, n'aient inventé cet abominable moyen de surexciter le fanatisme catholique.
En 1535 et 1536 paraissent V Institution et la première traduction française de la Bible entière par l'ami de Calvin, Robert Olivetan; en 1543, la première édition des Psaumes, traduits par Clément Marot; en 1555 s'ébauche, à Paris même, l'organisation de l'Eglise protestante qu'achèvera, (pialreans plus tard, le premier synode général; onze églises, déjà fortement constituées, y envoient des députés. Il en sort la Confession gallicane et la Discipline des églises réformées de France, un admirable résumé de la foi prolestante et un code sévère attestant l'énergie des aspirations morales des novateurs. Telle est l'importance des huguenots, qu'en 1561, au colloque de Poissy, on leur permet de ^ / traiter presque d'égaux à l'gaux avec les chefs du clergé romain!
Et cependant , le croirait-on? pendant le même laps de temps, de 1535 à 1561 , pendant ([ue les huguenots, armés du trlaivf tic rcs[iril , ninlli[ili('iil leurs roii(|iiêt('S , le nombie
2S r^ PARTIE. — I.A FOI DKS HUGUENOTS.
(le leuis inartyi'* augmente dans des proportions efl'rayantes! les arrêts sanglants se succèdent [)lus terribles les uns que les autres !
Ainsi, en 1535, François r"" fait paraître un cdit portant que les receleurs des luthériens seront punis des mêmes peines qu'eux et que les dénonciateurs auront le qnarl des confiscations. Ces mesures, ajoute l'édit, sont prises « pour la conservation et augmentation de la foi catholique, extirpation et extermination de ceux de la secte luthérienne qui ont pulktlé et pullulent en France » .
En 1540, nouvel édit, rendu à Fontainebleau, qui enjoint expressément à tous baillis, sénéchaux, procureurs, avocats du roi, sous peine de suspension et privation de leurs offices, de rechercher et poursuivre les luthériens et de les livrer au jugement des cours souveraines.
Le 18 novembre de la même année le parlement d'Aix condamne dix-huit Vaudois de Mérindol à être brûlés vifs, bannit leurs femmes, enfants, parents et serviteurs à perpétuité, ordonne que Mérindol sera rasé et le lieu rendu inhabitable.
En 1542 paraît un arrêt de règlement du parlement de Paris contre « les livres contenant doctrines nouvelles et hérétiques», et particulièrement contre VInstUntion. La même année le roi fait publier des lettres patentes enjoignant aux parlements du royaume de rechercher et punir les luthériens « sans perdre heure ni temps jusqu'à ce que le fond et la racine de cette peste soient exterminés et abolis».
Le 23 juillet 1543, nouvel édit ordonnant aux inquisiteurs de la foi de poursuivre les luthériens et hérétiques comme séditieux, perturbateurs de la paix publique et conspirateurs contre la sûreté de l'État! Il y est dit que les prélats du royaume se sont plaints de ce que les Lettres patentes de 1542 ont chargé les juges séculiers de la poursuite des
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( riiiR's (J'Iiérésie. Désormais, pour éviler tout conflit d'alliibution, l'ordre Je juridiction sera le suivant: les tribunaux ecclésiastiques connaîlronl de tout cas d'hérésie conlie toutes personnes, tant ecclésiastiques que laïques, décerneront les décrets d'ajournement personnel ou prises de corps, lesquels seront exécutés par les juges royaux.
Sous Henri H, un premier édit (15i7) défend « d'imprimer et vendre aucun livre concernant TEcriture sainte, s'il n'a été vu et examiné par la Faculté de théologie». Un autre, de 1551, arrête que les juges séculiers et ceux d'Église pourront connaître de l'hérésie, de telle sorte que les accusés, ahsous par mi tribunal ^pourront être repris pour le même fait et condamnés par un autre. Le tiers des biens des condamnés appartient aux délateurs. Un arrêt du parlement de Paris (1552) défend les écoles buissonnières, c'est-à-dire les écoles que les protestants de la capitale tenaient dans la campagne, de peur d'être découverts par le chantre de réghse de Paris qui présidait aux écoles primaires.
Les rigueurs continuent sous le règne de François H. Grâce à l'influence du cardinal de Lorraine visant à frapper les têtes les plus illustres, on institue, au parlement de Paris, la fameuse chambre ardente. Un inquisiteur nommé Mouchy, secondé par une armée de délateurs, s'occupe nuit et jour à trouver des criminels. Les visites domiciliaires sont à l'ordre du jour; les gentilshommes huguenots sojit saisis, traduits devant la chambre ardente et exécutés. Mais leur mort, dit un historien des plus consciencieux, celle d'Anne du Bourg en particulier, les confiscations, les pillages et les meurtres commis à Toulouse, Dijon, Bordeaux, Lyon, Grenoble, Poitiers et autres villes ne font qu'indigner l'esprit chevaleresque de la noblesse. Le roi a peu de temps à vivre; il faut se hâter de sévir. De là, toujours en 1559, une déclaration portant que les maisons où se feront des conventicules
seront rasées et démolies, et un édit (9 novembre) portimt peine de mort contre les auteurs d'assemblées illicites pour motifs de religion ou pour autre cause.. La conspiration d'Amboiso, on le sait, fut dirigée, non contre l'Église de Rome, mais contre l'ambition des Guises; il y entra, de l'aveu d'un historien catholique du seizième siècle, « plus de mécontentement que de huguenoterie ». Ce fut le massacre de Vassy (1562) qui amena la guerre civile: jusque-là les protestants de France n'avaient fait que se plaindre et souffrir.
Les victimes, de 1535 à 1562, ne se comptent plus.
En 1536 périt, à Grenoble, le ministre Gonin que l'on n'ose exécuter publiquement, de crainte que son éloquence ne lui concilie des adhésions jusque sur l'échafaud : il est extrait de sa prison à neuf heures du soir, conduit sur les bords de l'Tsère et jeté à l'eau, les jambes liées par une corde.
En 1538, on exécute, à Toulouse, Louis deRochète, in'quisiteur de la foi au siège de cette ville. En 1539, un ancien Jacobin, Jérôme Vindocin, est supplicié à Agen. En 1540, un cultivateur, Etienne Brun, est exécuté à Embrun. Arrêté une première fois, il consent, par surprise, à signer une rétractation; mais il ne tarde pas à confesser hautement ses convictions. On l'attache sur le bûcher; mais le vent ne permet pas aux flammes de l'atteindre^ Le bourreau lui porte sur la tête un coup violent. « Puisque je suis condamné à être brûlé, lui dit le martyr, pourquoi me veux-tu assommer? » Pour toute icponse, le bourreau l'abat comme il ferait d'une bête de somme et le brûle en le couvrant de bois.
L'année 1545 est marquée par l'extermination des Vau- (lois. Le baron d'Oppède fond sur ces malheureux qui ne songeni pas à se défendre, déiruil o\ brûle vingt-deux
r.n.\p. m. — r.A nÉFORMF, française jusqu'en i.îf>2. 31 bourgs el villages et fait périi' plus de (jiinliv mille vidimes. I.a contrée qu'ils liahitaienl est transl'ormre en désert; les atrocités commises dans celte aflVeuse expédition dépassent celles qui signalèrent la guerre contre les Albigeois.
l/annéc suivante, Klienne Dolet, libraire à Lyon, un des lioinmes les plus savants de son temps, est condamné par le parlement de Paris à être pendu elson corps brûlé en place Mauberl.
Sous Henri 11, Ihisloire mentionne l'exécution, à Bourges, de Jean Micbel, docteur en tbéologic; à Dijon, de Hubert Barré, âgé de dix-neuf ans seulement; à Rouen, de Guillaume Neel, prêtre augustin; à Chartres, d'Etienne Le Roy, notaire à Saint-George, en Beauce. Bref, nous remplirions bien des pages, si nous voulions raconter la mort de tant de victimes, de tout rang, de tout âge, dont l'histoire a conservé le souvenir. Les uns furent brûlés à petit feu, suspendus par des chaînes au-dessus des flammes, la bouche bâillonnée; d'autres, après qu'on leur eut coupé la langue, furent traînés sur la claie au lieu d'exécution et puis brûlés vifs; d'autres encore jetés à l'eau, pieds et mains liés. A ceux-ci, on remplissait la bouche de poudre à canon à laquelle on mettait le feu; ceux-là, on les assommait à coups decrochet, on les faisait lapider par une populace fanatisée, on les exposait aux flammes, après avoir enduit leur corps de graisse et l'avoir couvert de soufre en poudre. Quelques-uns moururent en prison après y avoir souffert les plus durs traitements.
Pour combler la mesure, on alla jusqu'à faire le procès aux cadavres : en février 1559, par exemple, un arrêt de la grand'chambre du parlement ordonna que l'on déterrât le corps de Jean Morel; on l'apporta à la Conciergerie, on le mena dans un tombereau jusqu'au parvis de l'église Notre- Dame, où il fut brûlé et réduit en cendres Ce fut à
peine si quelques édits, celui de juillet par exemple (1561), vinrent niitiger la sauvage pénalité édictée peu à peu el faire un appel aux sentiments d'union et de tolérance.
Du tableau chronologique que nous venons de présenter et dont il nous eût été facile d'accentuer plus fortement les contours, se dégage tout seul un enseignement de la plus haute importance: à savoir que, jusqu'en 1562, la Réforme française, pure de toute tache, souffrit les persécutions les plus barbares au milieu des({uelles elle ne cessa de grandir, tellement qu'en 1560 l'amiral de Goligny put présenter à la reine-mère une liste de plus de deux mille cent cinquante églises qui demandaient la liberté de religion.
C'est qu'elle répondait aux besoins les plus sérieux des âmes affamées de religion, de justice devant Dieu, de piété. C'est ce que nous établirons par des preuves qui, nous l'espérons, ne laisseront rien à désirer.
On conviendra qu'avant la Saint-Barthélémy, non moins qu'après ce jour néfaste, il fallait un rare courage pour se déclarer huguenot. Ce courage, où en était la source ? Quelle hardiesse par exemple que celle d'oser afficher, en 1534-, sur les murs de Paris, des paroles telles que celles-ci : «En somme véi'ité fait défaut aux sectateurs de Rome, vérité les menace, vérité les pourchasse, vérité les épouvante : par laquelle en bref leur règne sera détruit à jamais ' ! » Crier sur les toits de si fièrcs paroles alors que déjà les bûchers ont consumé quelques-uns d'entre ceux dont elles expriment la pensée, affronter si vaillamment les plus affreux supplices, c'est ou bien de la folie ou bien du courage, un merveilleux courage.
En 1546, trois protestants, à Saintes, furent condamnés «à être dégradés, raconte Palissy, et vêtus d'accoutre-
I. Pièces juslificalives faisant riiiite à la Francr protestante, p. l.
CIIAl'. III. — LA RÉFORME FRANÇAISE JUSQU'EN I5G2. 33
ments verts, afin que le peuple les estimât fous ou insensés; el qui plus est, parce qu'ils soutenaient virilement la querelle (le Dieu, ils lurent bridés connue clieviiux par le procureur fiscal CoUardeau, auparavant que d'être menés sur l'écliafaud, es quelles brides y avait en chacune une pomme de fer qui leur e?nplissait fout le dedans de leur bouche, chose fort hideuse à voir'.... » Cette chose hideuse à voir, Palissy la vit; et néanmoins, peu d'années plus tai'd, au temps même où la persécutiDn faisait d'innombrables victimes, il ne craignit point de concourii' ouvertement à la fondation d'une église protestante à Saintes !
Le magistrat Nicolas Pithou raconte naïvement que longtemps il « postposait la crainte de Dieu à celle des hommes et à la perte de ses biens » , suivant l'exemple de tant d'autres qui se couvraient d'un masque hypocrite. Il raconte encore que, bien qu'il eût connaissance de la pure Parole de Dieu, il ne se désistait point toutefois «de se polluer et vautrer parfois contre sa propre conscience parmi les abominations et ordures de la papauté». C'est ce qu'il faisait, il est vrai, le moins qu'il lui était possible et avec un regret merveille2isemenl angoisseux. Visité par une grave maladie en 1559, il y vit un châtiment de Dieu irrité de sa dissimulation, pria un pasteur de le visiter, promit de s'abstenir dorénavant de « ces maudites et malheureuses aberrations de la papauté » et, une fois rendu à la santé, se mit en route pour Genève, accompagné de sa femme et de son frère et « laissant la plupart de son bien en la garde de Dieu')). Lutte héroïque d'une conscience qui finit par triompher de la pem' !
Deux frères, Antoine et Paul, seigneurs de Mouvans qui
I. France protestante , t. VIll, p. 75. •2. Ihiilem, t. VIU, p. 251.
M r" PARTIE. — I.A FOI DES HUGUENOTS.
avaient goûté l'un et l'autre les doctrines des réformateurs, avaient demandé un ministre à Genève et, dès le commencement de 1550, il se tint en leur château de Gastellane des assemblées religieuses auxquelles assistaient un grand nombre de personnes de tous états, accourant au pieux rendez-vous de plusieurs lieues à la ronde, malgré la rigueur de l'hiver et le mauvais état des chemins. Elles savaient à quoi elles s'exposaient ; elles n'en venaient pas moins. Par mesure de prudence, elles ne se réunissaient pas avant la nuit : toutes leurs précautions furent inutiles. Fanatisés par un cordelier qui prêchait le carême à Gastellane, les habitants catholiques assaillirent les seigneurs de Mouvans dans leur logis. Paul porta plainte au parlement d'Aix. On envoya sur les lieux deux commissaires qui commencèrent contre les deux frères une enquête pour fait d'hérésie et les décrétèrent de prise de corps. L'un des deux frères, Antoine, s'étant rendu à Draguignan pour se concerter avec ses coreligionnaires sur les mesures à prendre dans l'intérêt de leur défense commune, fut reconnu aussitôt après son arrivée dans cette ville et attaqué, dans rhôtellcrie où il était descendu, par une populace furieuse. Dans l'impossibilité de résister à plus de trois mille forcenés, il se rendît au viguier, des mains duquel il fut arraché par le peuple qui l'éventra. Ses entrailles furent traînées par les rues et son cœur, coupé en morceaux, fut fixé au bout de bâtons et promené de côté et d'autre; puis, après avoir assouvi leur rage sur son cadavre, les meurtriers le jetèrent dans les fossés de la ville, à l'endroit le plus infect'. La nouvelle de son horrible fin n'empêcha ni d'autres seigneurs d'ouvrir leurs châteaux à la prédication évangélique, ni les gens du peuple d'y accourir.