‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 9 sur 154 · France protestante, t. Vlll, p · texte numérisé non relu

France protestante, t. Vlll, p

CHAI', lu. — LA KÉFOUME FRANÇAISE JUSQU'E.N 1562. ii>

C'est suituul riiisloire de Charlotte Arbalesle, qu'il faut lire pour se faire une juste idée de ce qu'il en coûtait, en ces temps agités, pour saivro la bannière du protestantisme.

Son père, Gui Arbaleste, vicomte de Melun, seigneur de la Borde, rfMuplissait avec honneur les fonctions de président en la Chambre des comptes de Paris. Sa fdle nous vante sa rare intégrité; elle nous dit, dans ses mémoires, qu'il élail « fort aimé des comptables qui avaient affaire à lui » parce qu'il haïssait les présents et refusait des parties jusques à du fruit et confitures'. C'est encore elle qui nous apprend qu'en son jeune âge il avait étudié et voyagé en Italie et en Allemagne; qu'à Strasbourg il avait ouï quelques prêches et avait appris les abus de TEglise romaine, mais saiîs être instruit en la vraie religion.

Cependant, quoique catholique de nom, M. de la Borde était soupçonné d'incliner au protestantisme, car il était très-lié avec le prince de Condé, qui même vint loger chez lui, rue des Bourdonnais, et « y fit faire des prêches, ce qui fut fort remarquée). Et, en effet, étant allé peu après prendre l'air à Arcueil, il y fut environné de trois ou quatre mille hommes qui étaient sortis de Paris pour le prendre. C'est en vain que, pour se défaire de ses persécuteurs, M. de la Borde fait défoncer quelques pièces de vin, leur donne sa vaisselle d'ai'gent: on le traîne au faubourg Saint-Marceau, lui présentant tantôt un pistolet à la gorge, tantôt une dague, et c'en était fait de lui si le maréchal de Brissac, alors gouverneur de Paris, ne se fût souvenu à temps de

1. Mémoires et Correspondance de Duplessis-iMornay. l'aris, 182i, t. I, p. 40. Ce premier volume se compose des Mémoires de M"' de .Mornay (Lharlotle Arbaleste) sur la vie de son mari.

i. Mémoires, t. 1, p. 47.

36 r" PARTIE. — LA FOI DES HUGUENOTS.

l'amitié qu'il lui portait et ne l'eût fait mettre en liberté. C'est ainsi que l'on traitait les gens suspects d'hérésie.

Ayant été; à différentes reprises, persécuté pour une religion qu'il ne connaissait même pas, M. de la Borde voulut qu'on la lui fît connaître. Il eut de fréquentes conférences av«c les ministres Gaudet et de Miremont à Blandy, chez M"^^ la marquise de Rothelin*, et finit par professer ouvertement la foi réformée- Il eut «tous ses biens saisis, ses meubles inventoriés et garnison^» ; mais il tint bon et mourut à Melun, en 1570, en prononçant ces paroles pieusement recueillies par sa fille: « Seigneur, il y a cinquante-huit ans que tu m'as donné une ame; tu me l'as donnée nette et blanche; je te la rends humble et souillée ; lave-la au sang de Jésus-Christ, ton Fils. »

M. de Feuquères, auquel Charlotte ne fut unie que pendant deux ans, était arrivé à la foi évangélique par une voie toute différente; mais, comme son beau-père, il demeura attaché avec une fermeté inébranlable à des convictions acquises au prix de luttes pénibles, seul genre de convictions qui résiste aux tempêtes de la vie. Charlotte nous raconte qu'en Picardie il entendit souvent un cordelier qui, sous son habit, prêchait la vérité. Il y prit goût. S'élant rendu en Italie avec M. de Guise, il remarqua que, pour quelque argent, on était libre de manger de la viande en carême, tandis qu'ailleurs, «par l'autorité du pape, on brûlait un homme pour avoir mangé un œuf». Cela lui donna «de grands débats en sa conscience», d'autant plus qu'il se voyait sur le point « de recevoir des bieiis et honneurs, lesquels il ne pouvait avoir ni espérer s'il faisait

1. NoY.VHisloire du château de Blmidy , par M. Taillandier. Paris, 1854, p. 83.

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