‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 80 sur 154 · I. France lirolcslanlc . t. III, p. i5'2 et suiv · texte numérisé non relu

I. France lirolcslanlc . t. III, p. i5'2 et suiv

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près le rempart, ils crièrent tous ensemble: Tue! Tue! L'aîné des enfants fut le premier blessé, et en chancelant se mit

à crier : Ah, mon Dieu! je suis mort Le plus jeune (sans

doute inspiré du ciel) en fit tout de même sans avoir reçu aucun coup et se laissa tomber comme son frère.» Après avoir dépouillé leurs victimes, les assassins s'éloignèrent. Quelques voisins, attirés par la curiosité, s'approchèrent, et le jeune Caumont ayant entendu un homme du peuple plaindre le sort d'un si jeune enfant (il avait moins de quatorze ans), il leva la tête et lui dit: «Je ne suis pas mort! ... Par pitié, sauvez-moi la vie!» Ce brave homme le couvrit d'un méchant manteau et l'emmena chez lui, et le lendemain matin auprès de M'"® de Brisambourg, qui, baignée de larmes et louant Dieu, le fit revêtir de l'habit d'un des pages de Biron et le cacha dans le propre cabinet du maréchal. Deux jours après, ce dernier ayant appris qu'une visite allait être faite à l'Arsenal, par ordre de Charles IX, dans le but de découvrir les huguenots qui s'y étaient retirés, on mena le jeune Caumont dans la chambre des filles, et on le cacha entre deux lits sous un monceau de vertugadins. Quelques jours après, on réussit à le faire sortir, sans accident, de Paris. 11 fut plus tard le digne fils de son loyal père.

Pour ce qui est de la plus excellente des vertus, de celle qui les renferme toutes, de la charité, elle fut, on peut le dire, particulièrement chère aux huguenots du seizième siècle. Tout les portait à la pratiquer sous toutes les formes: d'abord l'esprit évangélique, puis l'organisation de leur Eglise telle que nous l'avons fait connaître plus haut, enfin le malheur des temps où ils vécurent, si propres à réveiller dans leurs cœurs la pitié, l'amour fraternel, la sympathie active.

La sœur de François P"" visitait elle-même les pauvres,

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les malades; elle fonda l'hospice des Enfants-Huuges, à Paris; elle secourut les réfugiés français répandus en Allemagne, à Genève, à Zurich, à Strasbourg. Elle porta au dernier degré la charité, répétant souvent que les rois et les princes ne sont pas les maîtres et seigneurs des pauvres, mais seulement des ministres que Dieu a établis pour les secourir et consoler. Sa fille Jeanne ne fit qu'imiter en cela sa noble mère, quand elle visitait chaque jour les hôpitaux, soignant souvent elle-même les blessés ', recevant tous les misérables avec une affabilité touchante.

j^jnie Duplessis-Mornay était la charité même. «Surtout reluisait en elle (ainsi s'écrie de Licques) avec la piété une charilé si grande, qu'il est incroyable l'assistance que recevaient trelle en toutes sortes les pauvres et les aflligés.»

Que de fois les ennemis les plus décidés de la foi protestante n'ont-ils pas été obligés de proposer, à l'imitation de tous, la charité des protestants ! Cette charité <jui s'est traduite partout en admirables institutions, qui, la première, a pris à cœur l'abohtion de la traite des noirs, la réforme des prisons, la création des salles d'asile et des crèches, peut se faire gloire non-seulement d'une Elisabeth Frey, d'un Oberlin, d'un Wilberforce, mais encore de ces Dames de la Rochelle et de ces Sœurs de Sedan qui vinrent soixante ans avant Vincent de Paul. Ce que Bourdaloue disait des réformés du temps de Louis XIV, on peut le dire, à plus forte raison, de ceux qui vécurent un siècle plus tôt : «Vous savez, disait-il devant la cour du grand roi, vous savez comment nos hérétiques sont unis ensemble, comme ils prennent les intérêts les uns des autres, comme ils se prêtent secours dans leurs besoins, comment leurs pauvres

I. ViiiivillitTS, t. 1, p. 44. France prolcstuntv , t. I, p. 50.

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sont assistés, comment ils visitent leurs malades. Ce petit troupeau où ils sont tous ramassés , voilà ce qui les lie ! Voilà pourquoi ils s'appellent frères, et se comportent en frères! Quelle honte que l'unité de la foi où nous vivons fasse moins sur nous que sur eux l'unité d'une fausse réforme! Ils s'unissent et nous nous divisons ; ils se rendent des offices de frères, et nous nous traitons souvent en ennemis: ils le voient, ils s'en étonnent, ils en sont scandalisés'...» On ne saurait dire plus vrai. Les huguenots, au seizième siècle aussi, se comportèrent en frères. Ils hrùlèrent du désir de s'entr'aider, de se soulager mutuellement dans toutes leurs misères. Quelqu'un souffrait-il , ils ne voyaient en lui qu'une créature humaine à soutenir. Voyez Paré, le fameux chirurgien que Brantôme appelle un grand personnage qui était fort huguenot. Il suivait l'armée. Un soldat de la compagnie de M. de Rohan, surpris à la maraude, avait été très-dangereusement hlessé; outre sept coups d'épée à la tête, il en avait quatre autres sur les bras et un sur l'épaule droite, qui coupait plus de la moitié de l'omoplate. Son état étant désespéré et la compagnie au moment de partir, on creusa une fosse et on allait l'y jeter, lorsque Paré, «mu de pitié», demanda comme une faveur qu'on lui permît de le panser. Sa demande lui ayant été accordée, il le fit mettre sur une charrette, dans un «lit bien couvert et bien accommodé », et lui-même il lui fit office de médecin, d'apothicaire, de chirurgien et de cuisinier. «Je le pansai, continue-t-il , jusques à la fin de la cure, et Dieu le guérit.» Les hommes d'armes de la compagnie de M. de Rohan, pour lui témoigner leur reconnaissance, l'obligèrent d'ac-

I. Sermon sur le mystère de la Trinité. Cp. Bulletin, t. I, p. 214 article de M. CIi. Read.

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cepter de chacun un écu «et les archers demi-écu' ». Ce serait gàtej' ce récit que d'ajouter aucun commentaire.

Ils se comportèrent en frères en France même, et quand il leur fallut quitter le sol de la patrie, au seizième siècle, plus tard, sous le grand roi, ils furent accueillis en frères par les protestants de la Suisse, de la Hollande, de l'Angleterre, de l'Allemagne, d'au delà des mers. Uuand les membres survivants de la famille de l'amiral arrivèrent , après la Saint-Barlhélemy, à Bâle, à Berne, à Coppet, ils furent reçus avec une si vive cordialité qu'ils en eurent les larmes aux yeux. L'un d'entre eux rend compte, en ces termes, de ses impressions: «C'est une chose admirable et vraiment miraculeuse, comme nous pauvres étrangers fûmes reçus

parmi cette nation Ces gens nous plaignaient plus que

nous-mêmes, et eussiez dit que proprement nous étions là pour exciter tout le monde à lamenter notre condition misérable, à laquelle Dieu nous avait réduits au lieu d'une très-belle et très-grande où nous étions. C'est pourquoi il faut apprendre, quand on est en prospérité, de considérer qu'on peut tomber en ces grandes calamités dont bien souvent l'on ne se peut relever, et quand on est en affliction, qu'on peut aussi en sortir. Et cela fera que nous serons en tout temps contenus en la crainte de Dieu, de qui dépendent toutes les aventures humaines, et en une modestie, qui est la première vertu*.»

Le grand prédicateur des doctrines de la Réforme française fut aussi le haut inspirateur de la charité des huguenots.

11 redit cent fois ces belles paroles que nous lisons dans

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