‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 90 sur 154 · I. Vauvilliers, t. II, p. i;ifi · texte numérisé non relu

I. Vauvilliers, t. II, p. i;ifi

mœurs irrépréhensibles, la Gaucherie surtout, mais sans jamais perdre son enfant de vue: c'est elle qui fut la véritable institutrice de son fils, et plus tard encore, quand elle dut l'envoyer à Paris, elle le fil surveiller par le maréchal de Montmorency, qui l'instruisait régulièrement des progrès qu'il faisait; elle suivait ainsi, du fond du Béarn, les développements de ce fils dont l'heur, disait-elle, lui élait si cher.

Au collège de Navarre, où elle le fit entrer, il eut pour compagnons d'études Henri , duc d'Anjou, qui fut dans la suite son roi, et Henri de.Guise, qui fit tout pour le devenir. Jeu bizarre du sort , qui réunit alors ces trois Henris que devait un jour diviser une haine irréconciliable!

Il y fit de rapides progrès dans la langue latine, traduisit les premiers livres des Commentaires de César et étudia la Vie des hommes illustres, de Plutarque. La première fois qu'il lut la vie de Camille volant au secours de cette Rome qui l'avait injustement banni, il répandit des larmes d'admiration et d'attendrissement. A Camille, la Gaucherie opposa Coriolan qui, également banni de Home, y revint le fer et la flamme à la main. Quand le précepteur continua: «La France, elle aussi, a eu un Coriolan, le connétable de Bourbon », la douleur, l'indignation, la honte se peignirent

dans les traits, les gestes, les mouvements du jeune Béarnais, qui fut comme hors de lui, marchant à grands pas et se tordant les mains.

Cependant la Gaucherie n'avait pas fini. Il nomma encore Bayard, le chevalier sans peur ni reproche, peignit sa mort et redit les paroles qu'il adressa au connétable qui le plaignait : «Ce n'est pas moi qui suis à plaindre , mais c'est vous qui portez les armes contre votre prince , votre patrie et votre serment!»

La Gaucherie n'avait pas achevé de parler que Henri de Bourbon, saisissant vivement une carte généalogique de sa

maison, en effaça lo nom iln connétable et y substitua ceUii de Bayard.

Les biographes de Henri rapportent une autre anecdote où s'exprime bien l'ambition naissante du jeune prince.

Son précepteur lui avait lait connaître la devise des Spartiates : Vaiuci^e ou mourir. Catherine de Médicis avait introduit à sa cour un jeu qui obligeait chaque participant à l'crire, sur son billet, une maxime de son choix. Le Béarnais ayant écrit sur le sien, en caractères grecs, sa devise favorite, Catherine voulut savoir ce que signifiaient ces hiéi'oglyplies. (jiiaiHl elle les connut, elle sentit s'accroître en elle la haine qu'elle portait à la maison de Bourbon, rivale de celle de Valois; cette soirée ne sortit pas de sa mémuire, bien qu'il fût un temps où elle voulait toujours avoir Henri auprès d'elle c<à cause de sa gentillesse».

Revenons à Jeanne. Ne nous lassons pas d'établir avec quel extrême dévouement cette grande femme travailla à déposer dans le cœur de son enfant le germe de toutes les hautes qualités.

C'est elle-même qui, nouvelle Spartiate, revêtit son fils, à peine adolescent , de sa première armure et le voua solennellement à la défense de la cause évangélique.

Elle s'elforça surtout de lui faire aimer la piété. Elle voulut qu'il fut sincère, ennemi de toute feintise et caulète, véritable en sa parole. Elle répétait incessamment à ceux qu'elle avait chargés de son éducation: Surtout, tenez la main qu'il pei'siste en la piété\ Pour préserver son élève de l'habitude de proférer des jurements, la Gaucherie eut recours à un stratagème qui fera sourire : Ventre saint-gris ! répétait-il souvent devant lui, pour lui apprendre ainsi à

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