I. Vaiivilliers, t. 1, p. J
gaves dont les eaux torrentueuses réfléchissaient un ciel du Midi, le vol des grands oiseaux de proie, les rochers abrupts, les longues herbes avec les fleurs sauvages de ces Alpes du Béarn. Le château, quoique fl.mqué de tours et d'un aspect féodal au dehors, était rustique au dedans. Le luxe en était soigneusement banni. Les murailles n'avaient point de tentures, ni les dalles de tapis. Les sièges étaient de bois. La grande table de chêne de la salle à manger n'était pas chargée de mets exquis ; elle ne connaissait que le pain bis, le bœuf, le fromage, l'ail. La baronne de Miossens ajoutait parfois à ces simples repas, dans la saison propice, du melon dont le prince était très-fi'iand. Il ne se plaignait jamais de cette sobriété. Il n'en souffrait pas. Suzanne de Bourbon avait cette insinuation d'esprit et cette tendresse de cœur qui rendent la règle légère. »
Elle laissait d'ailleurs au jeune Henri une liberté qui l'aurait dédommagé de plus dures privations. Il s'en allait tète nue, pieds nus, avec les petits pâtres de ces solitudes; il pénétrait dans les gorges les plus mystérieuses, il gravissait les pics les plus escarpés, indifférent à la chaleur et au froid : l'été , bravant le soleil ; l'hiver, insensible aux pluies, à la neige,, aux frimas. Il excellait, dans ses courses, à allumer des feux aux endroits qui lui semblaient propres à une halte. Ses compagnons faisaient leurs feux et lui les siens, «Cela ressemble, disait-il, à un campement de gens de guerre.»
Dargaud rapporte encore un trait qui mérite d'être remarqué. Il arrivait parfois au jeune prince de se confondre dans la foule et de faire nommer un autre chef. Ceux qui étaient chargés de le surveiller de loin, ayant rapporté ce fait à la baronne de Miossens, elle loua Henri de cette modestie. «Ce n'est point par modestie, répliqua-t-il, que je suis à l'occasion soldat au lieu d'être général. — Et
pouiijuoi (lune iilors? — Le voici, avoua le piiiuu' en rougissanl un peu : j'ai entendu dire à Madame ma mère que, pour apprendre à bien commander, il fallait d'abord bien obéir. »
C'est ainsi que se passa la première enfance de Henri. Le continuel aspect de ces lieux sauvages, les besoins et les idées qu'ils faisaient naître, les habitudes courageuses que la nécessité même y faisait contracter, la pureté de l'air, la beauté du ciel , tout semblait s'y réunir à souhait pour «divertir son esprit au bien et à la vertu, lui ôter tous les blandissements et alléchements des voluptés qui amollissent les plus fiers courages». Henri eut l'éducation du pauvre. Jeanne voulut qu'on éloignât de lui ces bas courtisans (jui, dans l'unique vue d'arriver à la fortune, flattent les caprices des princes. Il partageait les amusements de ces enfants farouches et grossiers; il fréquentait, avec eux, les mêmes écoles. Il se formait ainsi ce tempérament robuste capable, plus tard , d'endurer les plus rudes privations. «De si bonne heure habitué aux fatigues et aux peines, il ne se faut émerveiller si fut invincible en guerre.» (Favin.)
Pour fortifier son fils, Jeanne poussa la sollicitude maternelle jusqu'à vouloir qu'il s'habituât de bonne heure à vaincre le sommeil '.
Quand Henri entra dans sa septième année, sa mère s'attacha à entourer son àme de tout ce qui pouvait la cultiver. Mens sana in corpore sano. Elle le relira des mains de sa gouvernante, pour le livrer à des mains plus habiles. A de nouveaux exercices, le cheval , les armes, elle ajouta la culture des belles-lettres et des arts.
Elle s'associa des collaborateurs à l'esprit délicat, aux