Mémoires de M"-^ Duplessis-Moniay
L'Évangile, placé au centre de la famille, non-seulement apprit à l'époux à aimer son épouse, à la mère à aimer ses enfants ; il enseigna encore à ceux-ci le respect filial et l'amour fraternel.
Henri IV, qui si souvent foula aux pieds les instructions de sa mère, était à Chaunay, en Poitou, quand un courrier en grand deuil lui fit connaître la mort de Jeanne, de «cette femme forte selon les Ecritures». La sinistre nouvelle lui causa une commotion terrible. Il ne chercha point à dissimuler son affliction. Il jeta beaucoup de cris et de pleurs; puis il tomba dans un profond accablement, d'où il ne se réveilla que par une fièvre brûlante dont il eut vingt accès.
La Noue, qui «posséda la vraie noblesse, celle de lame», montra, tout jemie encore, le prix qu'il attachait au respect fihal. Sa mère avait la réputation d'être joueuse. Pendant l'absence de son fils on craignit qu'elle ne dissipât son patrimoine. Henri II, d'autorité, lui en ôta l'administration. Quand La Noue parut à la cour, le monarque lui fit part des précautions qu'il avait prises. Le jeune homme pria, en rougissant, le roi de rendre à sa mère une gestion qui lui appartenait. 11 voulut que, si elle péchait par défaut d'ordre et d'économie, elle eût au moins la faculté de disposer des propriétés qui venaient de son chef.
Casaubon fils écrit à un ami : « Ma bonne mère se porte bien selon l'âge et ses ennuis.... Les moyens assez bons que mon feu père lui avait laissés sont pour la plupart évanouis par la fraude de certains qui nous ont trompés. Mais loué soit Dieu qui m'a fait la grâce de réparer toutes ces brèches, et me donne le grand contentement de pouvoir faire acte de fils à ma mère^. »