Mémoires, etc., édition l'oujoulat, t. IX, p
Jean de Mergey, gentilhomme champenois , qui raconte , ce qu'il a vu avec une simplicité et un naturel dignes de toute confiance, a eu entre les mains une lettre de la rememére au prince de Condé, à qui elle écrit «qu'il eût pitié de la mère et des enfants, pour les tirer de la captivité où ils étaient», c'est-à-dire des mains du duc de Guise: ainsi point de doute, font observer les éditeurs de ses Mémoires, sur la véritable cause de la guerre civile *.
Le jésuite Colonia, dans son Histoire littéraire de Lyon, raconte que le parti des huguenots grossissant visiblement chaque jour dans cette ville, les magistrats, appuyés par le clergé métropolitain, prièrent la cour d'en arrêter les progrès. Le gouverneur de la ville, sommé de s'expliquer, répondit que les réformés «voulaient demeurer très-humhles sujets et obéissants , mais quant à leur âme, l'avaient dédiée à Dieu^)). Sublime parole qui rend d'une manière admirable la pensée des huguenots : ils ne demandaient qu'à être de bons sujets et à disposer librement de leur âme,
Calvin exprime à différentes reprises le même sentiment.
Le 16 septembre 1557, il engage l'église de Paris à tout souffrir sans se révolter contre ses bourreaux : « De fait , il vaudrait mieux que nous fussions tous abîmés , que l'Évangile de Dieu fût exposé à ce blâme , qu'il fît armer les gens à sédition et à tumulte \ »
Il écrit à la duchesse de Ferrare : «Je puis prolester qu'il
1. Mêmoiresde Jean de Mergey, dans la collection l'oujoulat, t. IX, p. 557.
2. France protestante , t. I, p. 19. Cette lettre du comte de Sault est du 19 octobre 1501.
3. Voir la lettre entière dans les Lettres françaises , à la date indiqiioe. Cp. Alh. Coquerel (ils, Précis de l'Histoire de l'Église rejorinée de Paris, l'e Partie, p. 23.
n'a tenu qu'à moi que, devant la guerre, gens de fait et d'exécution ne se soient efforcés de l'exterminer du monde (il s'agit de l'égorgeur de Vassy), lesquels ont été retenus par ma seule exhortation.»
Dans son épître dédicatoire à François P"", placée en tête ; de V Institution , après avoir protesté avec énergie contre ceux qui ont rempli les oreilles du roi par «d'horribles rapports» pour lui rendre odieuse la cause protestante, il continue en ces termes: «Nous sommes injustement accusés de telles entreprises, desquelles nous ne donnâmes jamais le moindre soupçon du monde. Et il est bien vraisemblable \ que nous, desquels n'a jamais été ouïe une parole séditieuse, . et desquels la vie a toujours été connue simple et paisible, | quand nous vivions sous vous, Sire, machinions de renver- | ser les royaumes! Qui plus est, maintenant étant chassés | de nos maisons, nous ne nous lassons point de prier Dieu ? pour votre prospérité et celle de votre règne\...» Passage qui prouve évidemment que, déjà vers 1535 îles adversaires des réformés trouvèrent commode d'exciter contre eux la colère des autorités du pays , en les accusant de machiner de renverser les royaumes!
Bien plus : au chapitre xx du livre IV de son admirable ouvrage^, le grand réformateur s'évertue à démontrer que les chrétiens doivent obéissance même à de mauvais sou- \ verains, à la condition toutefois que cette obéissance ne les i détourne pas de l'obéissance envers Celui «sous la volonté duquel il est raisonnable que tous les édits des rois se contiennent». Tout souffrir plutôt que de renier Dieu, voilà la pensée de Calvin. Pas un mot pour pousser à la révolte,
1. Édition des Œuvres de Calvin, par MM. Baum , Gunitz et Reuss, t. IV.
?. Édition citée, t. IV, p. 1135 et suiv.
aux altentals odieux plus tard préconisés par la Ligue. S'il plaît parfois a Dieu «de rompre les sceptres des méchants rois», ce n'est pas au chrétien qu'il appartient d'outrager l'autorité des supérieurs, quand même ces supérieurs seraient des «personnes très-indignes». II n'est donné au chrétien d'autre mandement que d'obéir et souffrir. , Ainsi, de 1534 à 1557, la doctrine de Calvin est demeurée i la même: il ne cesse de blâmer l'esprit de sédition. Obéir et \ souffrir: tel est, selon lui, le devoir du chrétien protestant. C'est bien ainsi que le comprirent tous les martyrs évangéliques.
Claude Monier, brûlé vif à Roanne en 1551, rend compte à ses frères en Jésus-Christ, d'un premier interrogatoire qu'il a subi. On lit entre autres dans sa lettre conservée par Crespin : « Le fer, le bras, la chevalerie, ni autre force humaine n'a point de place en la guerre chrétienne. Laissons tout cela aux tyrans '. »
Et les grands capitaines huguenots, Condé, Dandelot, Coligny, avec quel noble accent de vérité ne se défendentils pas d'avoir pris l'épée par ambition! Ils sont unanimes à déclarer que c'est l'ambition seule des adversaires de leur foi, leur insatiable cruauté qui les transforma en hommes de parti.
Le dernier historien des princes de Condé, le duc d'Aumale, dont on ne contestera pas la haute impartialité', a écrit à ce sujet quelques nobles paroles que l'on ne saurait trop méditer : « Dans tous les siècles, même les plus rudes, que le fanatisme domine ou que le doute agile les esprits, ce n'est jamais sans hésitation qu'un homme d'un grand cœur fait le dernier pas dans cette funeste voie de