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Les Huguenots et la Guerre

Une fois l'épée à la main, ils furent braves entre tous.

lis combattirent, comme des lions, pro ara et focis. Leur bouillante ardeur ne s'effi^ayait d'aucun obstacle. Les jeunes gens brûlaient de verser leur sang; les femmes, les vieillards même montrèrent une valeur extraordinaire.

En 1567, au début de la seconde guerre de religion, d'Aubigné, qui portait impatiemment ses seize années, voulut, par quelque coup de tête, anticiper sur le temps de sa majorité. Il déclara à son curateur qu'il était décidé à laisser les livres pour manier l'épée. Celui-ci essaya de détenir son pupille; d'Aubigné qui, plus tard, raconta lui-même son équipée, réussit à s'évader. «Quelques-uns de mes camarades, qui avaient comploté aussi bien que moi de s'en aller à la guerre , ayant tiré un coup de fusil devant ma prison, j'attachai aussitôt les linceuls de mon lit à la fenêtre, et je me dévalai dans la rue en chemise et pieds nus, parce que mon curateur faisait emporter tous les soirs mes habits dans sa chambre. Dans cet équipage et après avoir sauté

par-dessus deux murs au bas de l'un desquels je trouvai un puits où je pensai tomber, je m'en fus joindre mes camarades qui marchaient et qui ne furent pas peu étonnés de voir un homme en chemise qui les appelait et qui pleurait parce que les pieds lui faisaient un mal horrible. Je les atteignis à la fin, et le capitaine Saint-Lo, chef de la troupe, après m'avoir en vain bien menacé et grondé pour me faire retourner au logis, me mit en croupe derrière lui....» Mal nourri, mal vêtu, le jeune guerrier endura joyeusement toutes les privations pour pouvoir se mesurer avec l'ennemi.

Un vieillard ayant reconnu que, par une charge, il pouvait sauver la vie à mille hommes, son ministre lui demanda un mot de harangue. «A gens de bien, courte harangue, dit le vieux guerrier: frères et compagnons, voici comment il faut faire !» Là-dessus, «couvert à la vieille Française d'armes argentées, le visage découvert et la barbe blanche comme neige, âgé de quatre-vingt-cinq ans, il donne vingt pas devant sa troupe, mène battant tous les maréchaux de camp, et sauve plusieurs vies par sa mort'.»

A une autre bataille, un autre vieillard, nomméLavergne, qui servait dans l'armée huguenote avec vingt-cinq jeunes gens, ses fils, petils-fils et neveux, tomba sur quinze des siens «tous en un monceau» et les dix survivants furent faits prisonniers l C'était à la bataille même où l'impétueux Condé, tout blessé qu'il était, se fit remettre à cheval pour courir à une mort certaine. Deux cent cinquante huguenots combattirent contre cinq mille ennemis : presque tous se firent hacher.

A Dreux, il y avait, près de Coligny, un jeune homme de

1. D'Aiibi^'iié, Hislnire. t. I, p. i37. ".'. France protestante . I. Il, |i. i'iO.

bonne raine , fort agité , et dont les dents claquaient un peu. C'était M. de Prunelai, neveu de l'ancien gouverneur de l'amiral.

Coligny, qui s'intéressait à tous ceux de cette maison, lui dit avec douceur: «Monsieur, ne tremblez-vous pas? n'oubliez point qui vous êtes et en quelle affection j'ai tous les vôtres. — Ce n'est rien, Monsieur l'amiral. Mon corps tremble, car il sent où mon cœur le mène. Soyez assuré que je ferai mon devoir. — C'est bien», reprit Coligny, en avançant toujours. Prunelai expira aux premiers rangs, criant jusqu'à la fin pour cri de guerre: Châtillon! Chàtillon!

Coligny dut être content, lui qui fut la valeur en personne.

Brantôme, ayant à raconter la Saint-Barthélémy, s'arrête devant le cadavre de l'amiral: «De décrire les insolences et opprobres que d'autres firent à son corps, cela est indigne de la plume et écriture d'un honnête cavalier; mais, tant y a, que tels lui firent des injures, des vilenies, insolences et opprobres, lesquels auparavant ne l'osaient regarder et tremblaient devant lui. Ainsi vit-on jadis, devant Troie, des Grecs les moins vaillants braver autour du corps d'Hector mort. Ainsi voit-on souvent aux déserts de Barbarie les animaux les plus timides braver autour d'un grand lion mort, gisant dessus le sable, qui soûlait être auparavant la terreur de tout un terroir et de toute une grande et spacieuse forêt*.»

L'impartial Lestoile a consigné dans son journal mainte brève parole propre à rendre témoignage à la valeur des calvinistes.

A Golombières , défenseur résolu et déterminé de Saint-

l. Mémoires de Brantôme, édition de 1735, t. III, p. 152.

è58 II' PARTIE. — LA VIE DES HUGUENOTS.

Lô, à qui Montgoméry essaya en vain de persuader la reddition de la place, il prête celte fière réponse : « Non, non, mon capitaine, je n'ai point le cœur si poltron que de me rendre, pour être mené à Paris servir à ce sot peuple de passe-temps et de spectacle en une place de Grève, comme je m'assure qu'on vous y verra bientôt. Voilà le lieu (montrant la brèche) où je me résous de momùr, et où je mourrai possible dès demain, et mon fils auprès de moi. » Nous avons dit ailleurs qu'il en advint ainsi.

Il raconte que Louis de Bourbon, aimant mieux laisser sa vie que de reculer, usa de ces propres mots quand on lui parla d'être lâche : « A Dieu ne plaise qu'on dise jamais que Bourbon ait fui devant ses ennemis ! »

Il rapporte ailleurs une curieuse parole de Catherine de Médicis. Le 22 mars 1575 les députés de Henri de Condé s'étant présentés devant le roi avec une requête, la reinemère répondit au seigneur d'Éresnes qui portait la parole : « Je sais bien que ce sont des chats que vos huguenots, qui se retrouvent toujours sur leurs pieds ; mais quand ils auraient cinquante mille hommes en campagne, avec l'amiral vivant et tous leurs chefs debout, ils ne sauraient parler plus haut qu'ils font'.»

Ces farouches guerriers, si âpres à lutter, si décidés à vendre chèrement leur vie, eurent cependant, paraît-il, même à l'armée, des mœurs plus douces que leurs adversaires. Ils commirent, eux aussi, d'horribles dévastations dans les églises et les couvents, sous prétexte d'en faire disparaître tout signe d'idolâtrie ; mais, presque partout, au dire d'un écrivain qui connaît à fond l'histoire du seizième siècle, presque toujours ils respectèrent les personnes

I. Mémoires, etc., collectiou Ponjoulal , t. 1, p. b'À, 21, :i7.

mêmes des prêtres, et ce qui était plus rare, ils laissèrent aux catholiques une entière liberté de pratiquer leur culte*.

Leur piété, plus réelle et plus profonde que la piété catholique, les suivit au camp. On y entendait non-seulement les chquetis des armes, mais encore la voix grave des ministres présentant à l'Éternel des armées, au nom de tous les soldats, les prières du matin et du soir*.

Quel émouvant spectacle ne présenta pas l'ouverture du fameux colloque de Poissy, d'où pouvait sortir — on l'espéra un instant — la paix de l'Église ! D'un côté cinquantedeux prélats, brillant de tout l'éclat de leurs dignités, de leurs richesses, de leur faveur à la cour. De l'autre, des ministres protestants qui, sur la foi toujours suspecte des saufs-conduits, venaient faire connaître leurs doctrines, sans avoir oublié le sort de Jérôme de Prague et de Jean Huss au concile de Constance. Ils parurent entre une haie de soldats, plus semblables à des malfaiteurs qu'on surveille qu'à des pasteurs des âmes chargés d'exposer le contenu des Écritures. Ils s'avancent jusqu'à la barre qu'on avait préparée pour eux, se découvrent, s'agenouillent, et Bèze, au nom de tous, récite une courte prière...

Un ou deux ans s'écoulent. La bataille de Dreux va se livrer. De funestes pressentiments oppressent toutes les poitrines au seuil de ces guerres civiles entre hommes d'une foi contraire, d'une valeur égale et d'une égale ardeur à remporter la victoire. Comment ces huguenots, aux âmes mieux trempées encore que l'acier de leurs cui-

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