‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 127 sur 163 · D'Aubigné, Histoire v7iiverselle , t. I, p. iô · texte numérisé non relu

D'Aubigné, Histoire v7iiverselle , t. I, p. iô

3. Mémoires, etc., édition Poiijoulat, t. IX, p. 582. France prolestante, t. VI, p. 281.

CHAP. ir. — DÉTAILS. 265

encore, de sa haute autorité, les détails que nous venons de donner sur les mœurs militaires des huguenots.

« Sans aucune contrainte, dit-il, chacun se bridait volontairement, pour ne commettre point ce que souvent l'horreur des supplices ne peut empêcher. La noblesse se montra, surtout au commencement des guerres religieuses, trèsdigne du nom qu'elle portait. En traversant la campagne — où la licence de vivre est sans comparaison plus grande que dans les villes — elle ne pillait point, ni ne battait ses hôtes et se contentait de fort peu. Les chefs qui avaient apporté quelque argent en arrivant à l'armée, payaient honnêtement. Aussi ne voyait-on pas les habitants des villages fuir à l'approche des armées huguenotes; on n'entendait ni cris ni plaintes. Quand il se commettait un crime en quelque troupe, on bannissait celui qui l'avait commis, on le livrait à la justice, sans que ses propres compagnons ouvrissent la bouche pour excuser le criminel : tant on avait en détestation les méchancetés et était-on amateur de vertu».

Je remarquai alors, continue Bras de fer, quatre ou cinq choses notables.

«La première est qu'entre cette grande troupe (à l'armée de Condé) on n'eût pas ouï un blasphème du nom de Dieu. Car lorsque quelqu'un, plus encore par coutume que par malice, s'y abandonnait, on se courrouçait âprement contre lui: ce qui en réprimait beaucoup.

«La seconde : on n'eût pas trouvé une paire de dés ni un jeu de cartes dans tous les quartiers : qui sont les sources de tant de querelles et de larcins.

«Tiercement, les femmes en étaient bannies, lesquelles ordinairement ne hantent tels lieux sinon pour servir à la dissolution.

«En quatrième lieu, nul ne s'écartait des enseignes pour

aller fourrager; mais tous étaient satisfaits des vivres qui leur étaient distribués, du peu de solde qu'ils avaient reçu.

«Finalement, au soir et au matin, à l'assiette et lavement des gardes, les prières publiques se faisaient, et le chant des psaumes retentissait en l'air. Èsquelles actions on remarquait de la piété en ceux qui n'ont pas accoutumé d'en avoir beaucoup es guerres. Et combien que la justice fût alors sévèrement exécutée, si est-ce que peu en sentirent la rigueur, pour ce que peu de débordements parurent. Certainement plusieurs s'ébahissaientde voir une si belle disposition, et mêmement une fois feu mon frère le sieur de Téligny et moi, en discourant avec M. l'amiral, la prisions beaucoup. Sur cela il nous dit : «C'est voirement une belle «chose, moyennant qu'elle dure; mais je crains que ces «gens-ci ne jettent toute leur bonté à la fois, et que d'ici à «deux mois il ne leur sera demeuré que la malice. J'ai com- « mandé à Tinfanlerie longtemps et la connais; elle accompht «souvent le proverbe qui dit: déjeune ermite, vieux diable. «Si celle-ci y faut, nous ferons la croix à la cheminée.» Nous nous mîmes à rire, sans y prendre garde davantage, jusqu'à ce que l'expérience nous fît connaître qu'il avait été prophète en ceci'.»

En réunissant tous les traits du tableau que nous retracent, des mœurs militaires des huguenots, les écrivains qui les virent de près, nous dirons qu'à une valeur hors ligne, ils joignirent des mœurs dont la pureté a droit à toute notre admiration, bien qu'elle allât déclinant après la première guerre civile. La piété protestante fît ses preuves à l'armée comme au sein de la famille.

I. Mémoires, etc., édition de 178G, t. XLVIl, p. 1 1 'i et suiv.

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