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Les Huguenots et les Épreuves

Le terrain sur lequel nous allons nous placer à présent n'est pas entièrement nouveau pour nos lecteurs.

Nous y avons déjà fait, malgré nous, plus d'un pas. Mais il manquerait, ce nous semble, quelque chose à notre étude, si nous n'essayions pas de résumer, comme en un tableau unique, les sentiments spécialement chrétiens que nos ancêtres manifestèrent dans les épreuves, et particulièrement la résignation.

Qu'on ne dise pas que la résignation est la vertu des lâches. Lâches! on a vu si les huguenots le furent!

Mais il y a, dans toute vie, des épreuves inévitables sous lesquelles bon nombre d'âmes ou bien se révoltent ou bien plient et s'affaissent, mornes et désespérées, tandis que la foi, qui enseigne à croire en un Dieu vivant tenant dans ses mains les fils de toutes choses, dirige les regards du croyant affligé vers les régions sereines de la vie future et vers un Dieu « qui n'est pas loin de chacun d'entre nous».

Je n'ai point ici à discuter les raisons ni les conséquences de ces deux manières de se soumettre au malheur. Je raconte. J'ai à faire connaître le sentiment qui soutenait nos ancêtres quand l'affliction les accablait; je ne sortirai point de mon rôle d'historien.

On nous permettra d'interroger, ici encore, des hommes que nous avons mis plus d'une fois en scène, Gondé, Coligny, sa femme, d'Aubigné, Gasaubon, La Noue, Galvin. Nous sommes d'autant plus disposé à les écouter en cette circonstance, qu'on ne saurait les accuser d'avoir été des esprits faibles, bornés, inintelligents. Nous voyons d'ailleurs, à bon droit, en eux la personnification du protestantisme du seizième siècle : étudier leur vie, c'est étudier

celle de leurs nombreux coreligionnaires au sujet desquels l'histoire, avare de documents, ne nous a conservé aucun renseignement.

De même que les flots courroucés finissent invariablement par pousser vers la plage les navires que bat la tempête, de même nos huguenots, quand l'infortune les poursuivait, ne cessaient de revenir à l'Écriture sainte.

Voyez La Noue captif dans le château de Limbourg. Le toit effondré l'expose à toutes les injures du temps. Le jour ne pénètre que par une étroite ouverture dans son étroite prison dont le sol est détrempé par la pluie. Il est si mal traité, que dans sa première lettre il se compare, non pas à un gentilhomme pris les armes à la main, mais à un Turc saisi par les chrétiens, à un criminel destiné au dernier supplice. On lui notifie qu'il ne sortira jamais de prison à moins de consentir à se laisser crever les yeux, — et il n'est pas éloigné de se soumettre à cet affreux supplice, tant il désire finir ses jours au sein de sa famille! Mais sa douceur finit par toucher le gouverneur du château, qui n'exécute pas à la lettre les instructions du prince de Parme. M'"® de La Noue obtient à grand'peine d'avoir trois entrevues avec son mari ; c'est une consolation pour lui ! Et puis l'Écriture sainte, dont il fait assidûment la lecture, lui apprend à supporter toutes les infortunes. « A voir ses lettres, écrit alors M"^*^ de La Noue, je le trouve comme tout transformé, et semble qu'il n'ait plus rien de commun avec le monde, mais qu'étant de cœur et d'affection transporté au ciel, il ne goûte plus que ce qui est divin et céleste'. »

Odet de La Noue, digne fils d'un tel père, puisa à la

t. Mémoires, etc., édition Poujoulat, t. IX, p. 586. France protestante, L VI, p. 281.

même source le courage, la résignation, les consolations. Pendant sa captivité en Flandre, il composa un volume de poésies chrétiennes, sur la vengeance, les adversités, la maladie, la guérison, le remède, poésies qui font le plus grand honneur à la supériorité de son esprit et à la bonté de son cœur. En voici une qui donnera une idée du volume entier.

Que l'homme est fou d'employer tant de peine

A conserver ce pauvre corps mortel!

Et se montrer à l'âme si cruel

Qu'il n'a souci s'elle est malade ou saine.

C'est toutefois elle qui, souveraine, Commande en nous comme dans son hôtel.

Si elle est folle, il faut que l'on soit tel. L'aveugle suit le guide qui le mène.

Mais qui lairrait le soin de sa maison A quelque sot dépourvu de raison , Serait-il pas tenu pour une bêle?

Et cependant on estime fort beau De se laisser gouverner à sa tête Où bien souvent n'y a point de cerveau •.

Duplessis-Mornay, après la mort de sa vertueuse épouse, ne trouva de consolations que dans les visites et lettres de ses nombreux amis, mais « principalement en la parole de Dieu et en saintes méditations pour se détacher de jour en jour du monde ^».

Que trouvèrent-ils donc dans l'Écriture, les Duplessis- Mornay, les La Noue, les Coligny, dans cette Écriture qu'ils

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