‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 13 sur 163 · Ibidem, t. YIII, p · texte numérisé non relu

Ibidem, t. YIII, p

avaient goûté l'un et l'autre les doctrines des réformateurs, avaient demandé un ministre à Genève et, dès le commencement de 1559, il se tint en leur château de Castellane des assemblées religieuses auxquelles assistaient un grand nombre de personnes de tous états, accourant au pieux rendez-vous de plusieurs lieues à la ronde, malgré la rigueur de l'hiver et le mauvais état des chemins. Elles savaient à quoi elles s'exposaient ; elles n'en venaient pas moins. Par mesure de prudence, elles ne se réunissaient pas avant la nuit : toutes leurs précautions furent inutiles. Fanatisés par un cordelier qui prêchait le carême à Gastellane, les habitants catholiques assaillirent les seigneurs de Mouvans dans leur logis. Paul porta plainte au parlement d'Aix. On envoya sur les lieux deux commissaires qui commencèrent contre les deux frères une enquête pour fait d'hérésie et les décrétèrent de prise de corps. L'un des deux frères, Antoine, s'étant rendu à Draguignan pour se concerter avec ses coreligionnaires sur les mesures à prendre dans l'intérêj; de leur défense commune, fut reconnu aussitôt après son arrivée dans cette ville et attaqué, dans l'hôtellerie où il était descendu, par une populace furieuse. Dans l'impossibilité de résister à plus de trois mille forcenés, il se rendit au viguier, des mains duquel il fut arraché par le peuple qui l'éventra. Ses entrailles furent traînées par les rues et son cœur, coupé en morceaux, fut fixé au bout de bâtons et promené de côté et d'antre; puis, après avoir assouvi leur rage sur son cadavre, les meurtriers le jetèrent dans les fossés de la ville, à l'endroit le plus infect*. La nouvelle de son horrible fin n'empêcha ni d'autres seigneurs d'ouvrir leurs châteaux à la prédication évangélique, ni les gens du peuple d'y accourir.

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