‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 14 sur 163 · France protestante, l. VIII, p · texte numérisé non relu

France protestante, l. VIII, p

CHAP. m. — LA RÉFOitME FRANÇAISE JUSQU'EN 15G2. 35

C'est surtout l'histoire de Charlotte Arbaleste, qu'il faut lire pour se faire une juste idée de ce (ju'il en coûtait, en ces temps agités, pour suivre la bannière du protestantisme.

Son père, Gui Arbaleste, vicomte de Melujj, seigneur de la Borde, remplissait avec honneur les fonctions de président en la Chambre des comptes de Paris. Sa fille nous vante sa rare intégrité; elle nous dit, dans ses mémoires, qu'il était « fort aimé des comptables qui avaient affaire à lui » parce qu'il haïssait les présents et refusait des parties jusqaes à du fruit et confitures V C'est encore elle qui nous apprend qu'en son jeune âge il avait étudié et voyagé en Italie et en Allemagne; qu'à Strasbourg il avait ouï quelques prêches et avait appris les abus de l'Eglise romaine, mais sans être instruit en la vraie religion.

Cependant, quoique catholique de nom, M. de la Borde était soupçonné d'incliner au protestantisme, car il était très-lié avec le prince de Gondé, qui même vint loger chez lui, rue des Bourdonnais, et « y fit faire des prêches, ce qui fut fort remarqué^». Et, en effet, étant allé peu après prendre l'airà Arcueil, il y fut environné de trois ou quatre mille hommes qui étaient sortis de Paris pour le prendre. C'est en vain que, pour se défaire de ses persécuteurs, M. de la Borde fait défoncer quelques pièces de vin, leur donne sa vaisselle d'ai'gent: on le traîne au faubourg Saint-Marceau, lui présentant tantôt un pistolet à la gorge, tantôt une dague, et c'en était fait de lui si le maréchal de Brissac, alors gouvernem^ de Paris, ne se fût souvenu à temps de

1. Mémoires et Correspondance de Duplessis-Mornay. Paris, 1824, t. 1, p. 4G. Ce premier volume se compose des Mémoires de M"« de Mornay ( Charlotte Arbaleste) sur la vie de son mari.

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