Les Uagueyiots en face de la mort
Le plus grand art, a dit un ancien, c'est celui qui enseigne à bien mourir après avoir bien vécu.
Cet art, les huguenots le connurent. Nous avons raconté leur vie; il nous reste à les montrer se préparant à traverser la vallée de V ombre de la mort.
Ils ne craignirent point la mort. Leur vie fut une continuelle préparation au grand passage de la vie à l'éternité. Les pensées exprimées par Goligny en tête de son testament furent familières à tous ses frères dans la foi.
«Puisque Dieu a fait l'homme la plus excellente de ses créatures, il doit pendant sa vie faire toutes choses pour Sa gloire, rendre témoignage de sa foi, édifier le prochain par son exemple et laisser, autant que possible, la paix à ses héritiers, et principalement à ses enfants, quand il a plu à Dieu de lui en donner. El quoique nos jours soient comptés, cependant rien n'est plus incertain pour nous que l'heure à laquelle il lui plaira de nous appeler. Nous devons donc nous tenir prêts constanniient , de sorte que nous ne soyons point surpris. Néanmoins, j'ai voulu faire ce présent écrit, qui servira à ceux qui demeureront après moi, pour entendre mes intentions et connaître ma volonté.»
Cela dit, Coligny confesse sa foi, mulliphe les conseils relatifs à l'avenir de ses enfants, s'occupe de ses serviteurs, pourvoit aux intérêts du collégie de Châtillon, tâche, en un
mot, d'embrasser, d'une dernière étreinte , tout ce -qui lui a été cher pendant sa vie, pour ensuite mourir tranquille.
Jeanned'Albret, M'"®Duplessis-Mornaytémoignèrent,longtemps avant leur fin, de sentiments analogues à Ceux de Coligny. Les yeux tournés vers le ciel, ces grandes chrétiennes, avant d'y monter, élevèrent les mains pour bénir les leurs.
M*"^ Duplessis-Mornay, en couchant par écrit ses dernières volontés (1583), alors que de sinistres pressentiments lui faisaient croire à une fin prochaine, disait: «J'espère que Dieu en son temps fera des grâces spéciales à notre fils Philippe. Si Dieu prêle vie à M. Duplessis, jene fais aucun doute qu'il ne fasse diligence à le faire bien instruire. Sa présence y est bien nécessaire. Dieu lui veuille garder son père en ce temps et longtemps après! . ... Je prie mes enfants... de préférer la crainte de Dieu à tous honneurs et biens, et ne rien prétendre que de la bénédiction de Dieu; qu'ils se souviennent que cette vie est brève et pleine de misères; que ceux-là seuls se peuvent dire heureux qui ont repos en leurs consciences et sont assurés de la bonne volonté que Dieu leur porte en Jésus-Christ.
«Je les prie et leur commande d'être obéissants à M. Duplessis leur père; de lui rendre tout honneur, contentement et service; si Dieu leur fait tant de grâce que de le voir en vieillesse , d'autant que cet âge-là est plus sujet aux infirmités et maladies, je leur commande de redoubler leurs soins et affection envers lui et qu'il ait cette consolation d'avoir recouvré en eux le service et affection qu'il aura perdu en moi' . ...»
On peut mesurer, d'après ces exhortations suprêmes, la gravité des pensées avec lesquelles les huguenots du seizième siècle allaient au-devant de la mort.