France protestante , t. VI, article La Noue
290 ir TARTIE. — LA VIE DES HUGUENOTS.
avez affronté le plus affreux trépas en invoquant Celui qui a mis en évidence la vie et l'immortalité, nous vous saluons avec un saint frémissement, ô glorieux martyrs !
On me dit que le martyre ne prouve pas la vérité de la cause pour laquelle on meurt.
Cela est incontestable; je tiens à le redire. Car quelle religion ne compte ses victimes par milliers? Qui dira, pour cela, que toutes les religions sont également vraies ?
Mais quand les martyrs meurent sans ostentation, non pour gagner le ciel, mais pour ne pas mentir à leur conscience; quand ils meurent après avoir vécu saintement; quand ils meurent, priant pour leurs bourreaux, sans reculer devant des tortures dont le seul récit donne le frisson et à côté desquelles pâlissent les supplices inventés par les Néron et les Domitien, je dis que l'on chercherait en vain sur la terre entière un plus sublime spectacle. Et c'est ce spectacle que donnèrent les martyrs huguenots.
A tant de martyres que nous avons racontés dans le cours de notre récit, nous n'ajouterons que peu de détails. Pour achever l'esquisse du tableau que nous avons entrepris, il nous reste à résumer, en cet endroit, l'acharnement des persécuteurs à tuer, des persécutés à mourir.
Un auteur catholique du seizième siècle a défini la Saint- Barthélémy : U7\e saignée sagement ordonnée pour éteindre la chaleur d'une fièvre que des remèdes plus doux n'avaient fait qu'irriter. Un autre qui se mesura maintes fois avec les armées protestantes, Montluc, déclare, d'un ton ferme et absolu, qu'il aurait voulu exterminer le dernier des huguenots, et que la haine qu'il leur portait le mettait hors de lui-même.
Ces paroles barbares donnent la mesure exacte du fanatisme que le clergé romain parvint à exciter dans les cœurs de la plupart de ses fidèles. C'est au clergé catholique —
la vérité nous oblige à le dire — qu'il convient d'imputer les horribles persécutions que les huguenots eurent à souffrir au seizième siècle; c'est lui qui, plus tard, obtint la révocation de l'édit de Nantes.
Plusieurs de ses membres' adoptèrent, il est vrai, les doctrines de la Réforme. Des couvents entiers passèrent au protestantisme ^, à Orange et ailleurs. Des ecclésiastiques, chargés de convertir les huguenots, se laissèrent convertir par euxl Mais d'ordinaire, c'est dans les rangs du clergé catholique que se levèrent les plus ardents adversaires des calvinistes, soufflant le feu de la discorde, attisant la haine dans les cœurs et les flammes des bûchers, depuis les plus humbles cordeliers jusqu'à Pie V, en qui nous voyons le fauteur principal de la Saint-Barthélémy.
Dans la plupart des récits de la France protestante et du Martyrologe, on remarquera ces paroles : sur la dénonciation du clergé. Des écrivains dont la bonne foi n'a jamais été suspectée, constatent le fait de l'opposition à outrance que la doctrine évangélique rencontra chez les conducteurs des fidèles catholiques. La Noue croit possible, encore sous Henri ,111, une réconciliation entre catholiques et huguenots, pourvu que Leurs Majestés, leur conseil, les princes et le parlement de Paris veuillent l'entreprendre « sans feintise » et qu'ils n'aient pas peur « des fureurs d'aucuns du clergé qui crient à haute voix : Qu'on tue! Qu'on détruise sans miséricorde nos adversaires les huguenots ! » Et puis il raconte, le cœur navré, que, les épées à peine remises dans les fourreaux, les hommes des partis contraires re- ' conversaient les uns avec les autres, pour détester «le