‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 147 sur 163 · France protestante , t. IV, p · texte numérisé non relu

France protestante , t. IV, p

305 ir PARTIE, — LA VIE DES HUGUENOTS.

jusqu'aux enfants, a de sorte qu'en moins de cinq ou six jours les bords de la rivière baissant à Angers étaient couverts de corps dont les bêtes mêmes s'épouvantaient».

Une sentence du 27 octobre 1572 confisqua tous les biens, meubles et immeubles, de Briquemault et de Cavagnes, et , étendant le châtiment de leur prétendu crime de lèse-majesté jusqu'à leurs enfants, elle les déclara ignobles, vilains, roturiers, infâmes, intestables, indignes et incapables de tenir aucun état, office et dignité.

Près du pont Notre-Dame," habile par beaucoup de protestants, la petite fille du maître de la maison du Manteau d'Or fut, lors de la Saint-Barthélémy, « trempée toute nue dans le sang de son père et de sa mère massacrés, avec d'horribles menaces que, si elle était jamais huguenote, on lui en ferait autant». Dans la rue Saint-Martin, une femme enceinte fut tuée sur le toit de la maison, son corps ouvert et son enfant brisé contre le mur'.

Grespin tantôt raconte longuement l'interrogatoire qu'on fait subir à nos martyrs, tantôt n'en reproduit qu'un seul mot, ne note qu'une parole, mais significative. Celle-ci par exemple: Un crieur public, pendu à Toulouse en 1562, est sommé de dire: Ave Maria. «Où est-elle, la bonne dame, que je la salue.» Puis, ayant regardé çà et là, dit: « Elle n'est pas ici, elle est au ciel où je la vais trouver » , et sur cela meurt constamment.

Bonnet, pasteur à Mâcon, promené « avec mille moqueries, nazardes et coups de poing par les carrefours » jusqu'à la place de l'Escorcherie, demande seulement qu'on lui permette de prier avant de mourir. On Ipi coupe la moitié du nez et l'une des oreilles, lui disant : «Prie main-

1. France proteslanle. l. 1, p. 29; BuUefin, t. IX, p. 38 et suiv.

tenant tant que lu voudras, et puis nous t'enverrons à tous les diables.» Il se met à genoux et prie, dit Crespin, d'une telle constance, que même aucuns des bourreaux s'en allèrent gémissants.

Quelques catholiques, on est heureux de le dire, sauvèrent des huguenots persécutés, au risque de se compromettre eux-mêmes; d'autres, au contraire, leur tendirent des pièges. C'est ainsi que Jean Filleul, menuisier à Sancerre, se laissant séduire par les dehors de bonhomie d'un marchand, lui fit des confidences : il fut livré par son compagnon de route au lieutenant criminel, qui le condamna à faire amende honorable et à être brûlé vif. Filleul marcha au hûcher avec un courage inébranlable (1554), en chantant le cantique de Siméon'.

Anne du Bourg, dont le martyre est plus connu, professeur de droit civil à l'université d'Orléans, et plus tard conseiller au parlement de Paris, ne mourut point sans avoir exhorté ses juges à songer au jugement de Dieu et « à cesser leurs brûlements)^ Ils courbèrent la tête sous ce foudroyant adieu : « Vivez donc et méditez ceci, ô sénateurs; et moi, je m'en vais à la mort ! » Du haut de l'échafaud encore, il ne cessa de se justifier: «Mes amis, je ne suis point ici comme un larron ou un meurtrier, mais c'est pour l'Évangile M» On l'entendit répéter plusieurs fois: «Mon Dieu, ne m'abandonnez pas, de peur que je ne vous abandonne! » (1559.)

Michelle de Caignoncle, suppliciée à Valenciennes en 1551, mourut regrettée des pauvres et ne regrettant pas la

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