Mémoires , t. 1, p
36 r' PARTIE. — LA FOI DES HUGUENOTS.
l'amitié qu'il lui portait et ne l'eût fait mettre en liberté. C'est ainsi que l'on traitait les gens suspects d'hérésie.
Ayant été, à différentes reprises, persécuté pour une religion qu'il ne connaissait même pas, M. de la Borde voulut qu'on la lui fît connaître. Il eut de fréquentes conférences avec les ministres Gaudet et de Miremont à Blandy, chez M"^^ la marquise de Rothelin', et finit par professer ouvertement la foi réformée. Il eut «tous ses biens saisis, ses meubles inventoriés et garnison*» ; mais il tint bon et mourut à Melun, en 1570, en prononçant ces paroles pieusement recueillies par sa fille : « Seigneur, il y a cinquante-huit ans que tu m'as donné une àme; tu me Tas donnée nette et blanche; je te la rends humble et souillée; lave-la au sang de Jésus-Christ, ton Fils.»
M. de Feuquères, auquel Charlotte ne fut unie que pendant deux ans, était arrivé à la foi évangélique par une voie toute différente; mais, comme son beau-père, il demeura attaché avec une fermeté inébranlable à des convictions acquises au prix de luttes pénibles, seul genre de convictions qui résiste aux tempêtes de la vie. Charlotte nous raconte qu'en Picardie il entendit souvent un cordelier qui, sous son habit, prêchait la vérité. Il y prit goût. S'élant rendu en Italie avec M. de Guise, il remarqua que, pour quelque argent, on était libre de mangei* de la viande en carême, tandis qu'ailleurs, «par l'autorité du pape, on brûlait un homme pour avoir mangé un œuf». Cela lui donna «de grands débats en sa conscience», d'autant plus qu'il se voyait sur le point « de recevoir des biens et honneurs, lesquels il ne pouvait avoir ni espérer s'il faisait
1. Voy. Y Histoire du château de Blundy . par M. Taillandier. Paris, 1854, p. 83.