‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 18 sur 163 · I. Le But : la Piété · texte numérisé non relu

I. Le But : la Piété

C'est que les huguenots du seizième siècle avaient de fortes convictions. Ils obéissaient à leur conscience. Ils estimaient que rien ne vaut une conscience tranquille. Fais ce que dois, advienne que pourra. C'est là, dans cette fière devise, qu'est le secret de leur force, l'explication de leur courage. Bel exemple qu'ils donnèrent aux générations suivantes; exemple d'autant plus digne d'admiration, (ju'ils

44 r' PARTIE. — LA FOI DES HUGUENOTS.

vécurent en un temps où, selon l'énergique expression de Montaigne, toutes les notions du juste et de l'injuste étaient perverties.

J'en vois qui, dés que leurs convictions se sont formées, les confessent joyeusement; d'autres qui hésitent: il leur faut la maladie, les tribulations, les encouragements d'un ami, pour se décider. Quelques-uns, après s'être déjà prononcés, reculent devant, le feu des persécutions. Mais tous ensemble, les faibles comme les forts, sont unanimes à dire: nous croyons, c'est pour cela que nous parlons et que nous saurons souffrir.

Qu'est-ce qui détermina l'honnête François Lambert d'Avignon à déposer l'habit monastique? Des motifs de conscience. Il décrit lui-même d'une manière charmante (1523) le chemin qu'il suivit pour arriver à la Réforme. «J'habitais Avignon, ville célèbre des Gaules, quand, ayant dans mon bas âge perdu mon père et me trouvant sollicité au bien par l'esprit de Christ, je fus frappé de l'éclat extérieur dont brillait l'ordre des Frères mineurs Observantins, et de cette grande apparence de sainteté que je regardais, dans ma simplicité enfantine, comme l'image de leur caractère intérieur. J'admirais en eux la décence du costume , les regards baissés, la tête inclinée, le langage mielleux d'une piété feinte, leurs pieds nus parés de grossières sandales. Je m'extasiais de la dignité de leur tenue, de leur démarche grave, de leurs bras croisés sur la poitrine, des gestes pleins de grâce et d'élégance qui accompagnaient leur prédication. Mais j'ignorais que sous des vêtements de brebis se cachaient des cœurs de loups et de renards. Je ne doute point que Dieu n'ait voulu que je fusse séduit par leurs beaux dehors de piété, afin de pouvoir, après avoir appris ce qui en était, quitter leur société et faire connaître au monde quelles ordures étaient cachées sous ces sépulcres

blanchis *.» Ainsi c'est par horreur de l'hypocrisi© que Lambert se détourne de la vie monacale. Des livres de Luther tombent entre ses mains. Ils répondent à ses secrètes aspirations. Il s'enfuit du couvent et renonce aux molles douceurs de la vie monastique; sa conscience dès lors est en repos.

C'est également pour obéir à la voix de sa conscience que Ramus, l'un des plus grands savants du seizième siècle, se fit prolestant. Sa conversion, qui date du colloque de Poissy (1561), fut déterminée par le cardinal de Lorraine lui-même, ainsi que Ramus prend soin de le lui expliquer dans une lettre remarquable de 1570. ^(C'est de vous, lui dit-il, que j'ai appris cette précieuse vérité : que, des quinze siècles écoulés depuis le Christ, le premier fut véritablement un siècle d'or et qu'à mesure qu'on s'en est éloigné, tous les siècles qui ont suivi ont été de plus en plus vicieux et corrompus. C'est alors qu'ayant à choisir entre ces différents âges du christianisme, je m'attachai à l'âge d'or; et? depuis ce temps, je n'ai pas cessé de lire les meilleurs écrits de théologie; je me suis mis en rapport avec les théologiens eux-mêmes , autant que j'ai pu le faire; et, enfin , pour mon instruction personnelle , j'ai rédigé des commentaires sur les principaux points de la rehgion^»

Le vicomte de Turenne fut du nombre de ceux qui résistèrent longtemps. Les réformés et surtout La Noue le pressaient journellement de vouloir entendre des nouvelles de son salut. Il leur répondit plusieurs fois, raconte d'Aubigné^ qu'il aimait mieux être chien que huguenot. Mais enfin, attiré

1 . Correspondance des réformateurs dans les pays de langue française, par Herminjard. Paris et Genève, 1866, 1. 1, p. 118.

Page 1