‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 19 sur 163 · Bulletin du pro(es(an(is)ne , t. I, p · texte numérisé non relu

Bulletin du pro(es(an(is)ne , t. I, p

3. D'Aubigné, Histoire universelle. Amsterdam, 1026^ vol. I, p. 747.

par les hautes qualités morales de La Noue, il consentit à assister à une dispute entre un ministre de Montauban et un docte cordelier de Toulouse; elle porta principalement sur la transsubstantiation. De plus en plus ébranlé, il promit de fréquenter le culte protestant et, quelque temps après, se déclara huguenot après avoir mûrement examiné toutes choses.

L'histoire d'un colporteur du nom de Nicolas Ballon est particulièrement touchante; elle prouve entre mille autres l'intensité des convictions qui faisaient battre le cœur des huguenots. Dans son zèle pour la propagation des doctrines évangéliques, il faisait de fréquents voyages en France; on l'arrêta à Poitiers en 1556. Il fut condamné à mort, mais parvint à s'échapper et à regagner Genève. Le danger qu'il avait couru ne refroidit pas bon zèle. Il avait vu de bien près une mort terrible : il revint néanmoins en France et fut arrêté une seconde fois à Châlons-sur-Marne. «On eût pu, observe l'auteur du Martyrologe , Crcspin, on eût pu l'accuser de témérité d'être rentré aux périls desquels Dieu l'avait retiré miraculeusement; mais il se défendait, disant que Dieu l'avait appelé à celte vocation. y> On le mena à Reims et de là à Paris, où il ne tarda pas à être reconnu pour le colporteur qui, deux ans auparavant, avait été enlevé à ses gardiens. Son procès fut bientôt instruit. La grand'chambrc le condamna à être mené aux Halles , un bâillon dans la bouche, pour y être étranglé, jeté dans un bûcher et réduit en cendres*.

Après ce colporteur, qui se sent la vocation de propager ses convictions, en affrontant un supplice dont la seule pensée fait frissonner, voici un baron, le baron de Rioux,

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dont les convictions, pendant quelque temps chancelantes, finirent par sortir triomphantes de l'épreuve. Il habitait la Saintonge et était arrivé insensiblement à partager la foi des réformés qui étaient venus chercher un refuge chez lui. Cependant, en 1559, à l'époque où Henri II faisait exécuter avec le plus de rigueur les édits contre les protestants, les ennemis du baron parvinrent à obtenir prise de corps contre sa personne et la confiscation de ses biens. Ses parents, sa femme même le suppfiaient de céder à l'orage. Que faire? Il se trouvait en proie à la plus grande perplexité, lorsque Ch. Léopard vint frapper à sa porte. « Aussitôt que le gentilhomme l'eut reconnu, il leva les mains au ciel et rendit grâces à Dieu de ce qu'il lui envoyait son serviteur dans la situation critique où il se trouvait. Il conduisit Léopard dans un petit bois qui joignait sa maison, lui découvrit toute l'angoisse de son âme, et lui demanda ses conseils et ses directions.» (CrotteL) Léopard ne négligea rien pour raffermir sa foi chancelante , et il réussit si bien que l'épouse même du seigneur deRioux fut gagnée à l'Évangile' ! A cette terrible époque de notre histoire, que de dialogues semblables, à l'ombre des bois, dont personne n'a gardé le souvenir ! Que d'âmes angoissées, comme celle du baron de Rioux, ont dû s'épancher dans le sein d'un ami avant de choisir résolument la voie du sacrifice !

Heureusement, mainte parole authentique est parvenue jusqu'à nous, propre à nous faire mesurer toute l'énergie des convictions de ces nobles champions de la foi au seizième siècle et surtout à nous faire connaître le secret ressort de leur vertu héroïque.

Jeanne d'Albret, dont le grand nom se retrouvera plus

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