‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 24 sur 163 · Ibidem, (.1, p · texte numérisé non relu

Ibidem, (.1, p

La lecture de la Bible produisit le protestantisme. Les huguenots y trouvèrent si peu de dogmes catholiques, ils y découvrirent de tels trésors de piété, des histoires si touchantes, des préceptes si sublimes, des exemples si saisissants dont leurs prêlres ne leur avaient point parlé, qu'au contact du grand livre ils comprirent soudain qu'ils n'étaient plus catholiques. Là, point de distinctions subtiles, mais de fortes vérités allant tout droit au cœur; point de morale scolaslique, mais le sermon de la montagne; au lieu de la Vierge et des saints, d'un culte matériel, de la messe, de la confession auriculaire, d'un prêtre se substituant à Dieu, la prêtrise universelle, la confession publique, un culte tout spirituel, la religion de l'amour, de la sainteté et de la grâce, la prédication de la repentance et de la foi en Jésus- Christ mort pour nos offenses et ressuscité pour notre justification, un repas d'amour institué par le Maître lui-même pour toujours rappeler aux chrétiens le devoir de s'aimer les uns les autres comme il les a aimés lui-même. Non, vraiment, une fois mis en présence de la simphcité, de la profondeui-, de la majesté des Écritures, des hommes sincères ne pouvaient pas demeurer catholiques.

Qu'on lise à présent, dans les historiens du seizième siècle, le récit de la conversion des huguenots; on ne s'é-

,' tonnera plus de rencontrer partout ces mêmes paroles : Il fut conduit par la lecture de la Bible à embrasser les opi-

' nions nouvelles. Je croirais volontiers que le féroce Biaise de Montluc écrivant ceci : «Nous gagnions par les armes,

' mais ils gagnaient par ces diables d' écritures^ d, entend désigner par cette dernière expression non pas certains édits de pacification, mais les Saintes Écritures mêmes. C'est la

1. Mémoires de Biaise de Montluc, t. XX.VII des Mémoires relatif sS à r Histoire de France, i'aris , 178(i, p. |0.

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lecture de la Bible qui réforma Fard, Calvin, d'Aubigné, Bèze ; puis Henri de Bourbon, Dandelot, Coligny, Jeanne d'Albret; puis encore, plus bas, ces gens du tiers parti, ces hommes et ces femmes du peuple qui eurent le courage de secouer leurs préjugés et de comparer sincèrement les enseignements bibliques avec les doctrines de Rome.

Farel fut longtemps un fervent adorateur de la Vierge et des saints. Il dit quelque part: «S'il y avait quelque personnage qui fût approuvé selon le pape, il m'était comme Dieu*. » La lecture de la Bible lit de lui un réformateur.

Duplessis-Mornay, le pape des huguenots, eut pour père un catholique zélé. Sa mère penchait vers la religion protestante qu'elle embrassa ouvertement en 1559, après la mort de son mari. Lui-même avait été mis, dès l'âge de huit ans, dans un collège de Paris. Rappelé, après la mort de son père, par sa mère au château de Buhy, il entend sa mère qu'il chérissait, ses trois frères et ses deux sœurs, encore en bas âge, prier Dieu «à la mode de Genève ». Il réfléchit, se procure un Nouveau Testament, en ayant soin d'en choisir un exemplaire sorti d'une presse catholique, et ne tarde pas à reconnaître que les doctrines de l'Église romaine ne s'accordent pas avec les enseignements de Jésus- Christ et des apôtres.

Le naïf chroniqueur Lestoile, qui fut plus catholique que protestant, mais qui redit avec une rare bonne foi tout ce qu'il voit et entend, rapporte que lorsque, en 157-4, le comte de Montgomméri eut la tête tranchée, un cordelier, qui l'accompagnait au lieu du supplice , lui dit qu'il avait été abusé. Mais le comte, «le regardant fermement», lui répondit : «Comment abusé! si je l'ai été, c'a été par ceux de

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