Idem, t. I , p
Nous ne décrirons pas le culte des huguenots.
On en connaît les éléments constitutifs : le chant, la prière, le sermon. C'est hien ainsi que s'édifiait l'Église primitive. Dédaignant de flatter mollement les sens, elle ne cherchait qu'à convaincre et à émouvoir. « Que cela est sérieux! durent s'écrier les catholiques qui, pour la première fois , mettaient le pied dans un temple huguenot. Là, rien de pompeux, rien d'inintelligible, rien de mécanique. Les cœurs s'unissent. La pensée de tous s'élève vers les choses célestes, portée sur les ailes d'une fervente prière. Toutes les bouches s'ouvrent pour chanter, gravement et simplement, les louanges du Très-Haut. L'Esprit plane sur celte assemblée, quand tous ensemble confessent leurs péchés. Et quand le prédicateur monte en chaire pour exphquer l'Évangile et pour l'appliquer, si simple, aux mille circonstances de la vie; quand il dissipe les obscurités de l'esprit, remue les fibres les plus intimes du cœur, parle ardemment des misères de la terre et des espérances glorieuses du Ciel...., à l'aspect de ces physionomies intelligentes et émues où se voit si évidemment le désir d'être pardonné et sanctifié, nous ne saurions demeurer insensibles. Quelle gravité! Quelle infinie douceur! Qui est-ce qui ne serait tenté de dire tout bas, avec le psalmiste : «J'aime, Seigneur, ce Heu (( où habite ta gloire ! »
D'ordinaire, après le culte, on célébrait la cène. C'était dans l'ordre. Là prédication de l'amour divin d'abord, puis la représentation symbolique de ce même amour, accompagnée des paroles sacramentelles : Faites ceci en mémoire de moi.
Nous savons qu'au dix-huitième siècle, quand les églises furent sous la croix, nul ne pouvait être admis à la cène qu'après avoii' exprimé à un pasteur ou à un ancien le désir de communier, et avoir reçu de lui un gage appelé mar-
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reau, qu'on déposait sur la table sainte au moment de communier; usage qui s'est continué jusqu'à nos jours dans certaines églises de campagne V
Or, qu'est-ce qu'un marreau ou méreau? Une médaille de plomb figurant, d'un côté, la Bible ouverte, frappée des rayons du soleil, et offrant au regard ces paroles si propres à encourager une église pauvre et persécutée: iN'e ci^ains point, petit troupeau.
L'autre côté représente une plaine, image de l'isolement où se trouvait l'Eglise sous la croix.
On y voit un berger tenant d'une main un cor pour annoncer l'Évangile et de l'autre la houlette pour conduire les brebis qui paissent à ses pieds'.
Eh bien, cet usage d'aujourd'hui, du dix-huitième et du dix-septième siècle, remonte jusqu'au seizième. 11 résulte, en effet, d'un passage des Mémoires de Duplessis-Mornay, qu'en 1584' on ne pouvait se présenter à la cène, à Montauban, sans avoir reçu, au préalable, un méreau; que les méreaux se distribuaient un certain nombre de jours avant la communion dans des réunions catéchétiques auxquelles assistaient tous ceux qui se proposaient de communier; qu'ils étaient remis, par le pasteur, aux mains du chef de la famille ou de son représentant; que l'on pouvait obtenir, à la rigueur, des méreaux sans avoir assisté au catéchisme, mais qu'il fallait, pour cela, pouvoir alléguer des motifs d'abstention des plus légitimes. M"^® Duplessis- Mornay elle-même, qui avait donné tant de preuves de sa ferveur religieuse, dut faire l'expérience du rigorisme avec lequel on procédait*!