‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 43 sur 163 · I. France protestante , t. H, p · texte numérisé non relu

I. France protestante , t. H, p

Clément Marot et Théodore de Bèze avaient, depuis longtemps, achevé leur œuvre de poète, quand d'habiles musiciens, qui tous étaient huguenots ou le devinrent plus tard, ajoutèrent au charme de la poésie le charme de la musique : Bom-geois, Guillaume Franc et surtout Goudimel', l'une des victimes de la Saint-Barthélémy lyonnaise. Le peuple avait chanté , jusque-là, sans compositeurs, comme il avait appris sa foi, sans pasteurs, rien qu'en lisant la Bible. On accommodait les premiers psaumes à des airs populaires que chacun choisissait à sa guise, selon les exigences de la mesure et de la coupe des vers. On vit, en Allemagne, un phénomène semblable: la substitution de cantiques rehgieux à des poésies efféminées ou mondaines qui étaient presque les seules populaires, au commencement du seizième siècle. La mélodie aimée du peuple demeura la même ou à peu près; mais on l'adapta à d'autres paroles.

Il est naturel que les psaumes de Marot et de Goudimel aient été jugés diversement; selon le point de vue religieux et artistique auquel on se place, ils sont ou sublimes ou pitoyables. Cela nous étonne d'autant moins que l'appréciation musicale est en grande partie affaire de goût et puis, un peu aussi, de mode. Laissons donc l'archevêque d'Aix

1. Goudimel naquit vers 1520. Il semble difficile de préciser la part qui lui revient dans la composition des mélodies des psaumes. Selon Grespin, sa mémoire sera perpétuelle «pour avoir lieureusement besongné sur les Psaumes de David en français, la plupart desquels il a mis en musique». Voir France protestante , t. V, p. 309. Il est certain d'ailleurs que Goudimel n'entendait pas seulement faire une œuvre d'art pur, mais encore une œuvre vraiment utile en secondant le culte public et surtout le culte donsestique. Il dit lui-même que, s'il a ajouté au chant des psaumes trois parties, «ce n'est pas pour induire à les chanter en l'église, mais pour s'éjouir en Dieu particulièrement es maiso?is». France protestante , t. V, p. 169.

appeler les psaumes de Marol « de vilaines et sales chansons» (Lestoile)'. Que Dargaud les qualifie de «tristes poëmes» en patois rimé*. Que d'autres aussi soient libres d'en trouver les mélodies plus profondément religieuses que celles d'un Haendel même et d'un Glùck^ Ce que personne ne saurait contester, c'est l'immense vogue qu'ils obtinrent, la puissante influence qu'ils exercèrent sur les destinées des huguenots, du seizième siècle au dix-huitième. J'aime bien un mot de M. Dardier: «Le chant des psaumes, dit-il, était tellement la nourriture habituelle des huguenots, ils en avaient tellement dans le cœur les mélodies et les paroles, que bien souvent, quand ils se réunissaient au milieu de la nuit sur les ruines de leurs temples et qu'ils se tenaient silencieux et priant sur cette place sainte, ils entendaient dans les airs comme une mélodie céleste: c'étaient les anges de Dieu qui chantaient les psaumes du Désert, qui les chantaient dans le cœur des proscrits.»

D'autres chansons encore parurent. L'air était imprégné de poésie religieuse. Maint huguenot fervent s'essaya à composer des strophes qui furent chantées par le peuple et dont quelques-unes ont été conservées.

Crespin raconte la triste destinée du martyr Jean Herwin avec lequel on enferma deux criminels «pour le tourmenter» ; les deux bandits réussirent à s'enfuir : il ne voulut pas les suivre, «de crainte que sa fuite ne fût imputée aux fidèles de la ville». Les magistrats de Ilonscot employèrent et les promesses et les menaces pour le porter à l'abjuration; tout fut en vain. Il fallut le lier et le traîner de force dans

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