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I. — Mœurs des catholiques du seizième siècle

Faire connaître les mœurs des huguenots du seizième siècle, après avoir exposé leurs principes; raconter nonseulemcnl les usages qui leur furent propres, mais encore leurs vertus, sans dissimuler leurs vices, telle est la seconde, la plus importante partie de notre tâche.

Il en est des nations comme des individus : leurs convie^ lions valent — à part les exceptions — ce que vaut leur moralité.

La moralité des huguenots fera donc voir — cela est évident — ce que valurent leurs convictions.

Ce qui nous reste à dire sera la preuve de ce que nous avons dit : c'est au fruit qu'on connaît l'arbre.

Laissons les témoins les plus dignes de foi caractériser les mœurs de la société catholique d'abord , des huguenots ensuite, qui vécurent sous les règnes de François P et de ses successeurs immédiats.

Il n'est que trop facile d'étabhr, bonnes preuves en main, que les mœurs des catholiques français du seizième siècle ne furent pas plus irréprochables que celles de leurs aïeux.

La cour, la première, donna l'exemple du relâchement moral. Nous craindrions de blesser le respect dû à nos lecteurs, en reproduisant les expressions dont se servent les historiens du temps pour flétrir les honteux débordements des plus grands seigneurs.

François P"" avait multipUé les dames à la cour, en y créant pour elles de nouvelles charges et de nouvelles pensions. Il allait de l'une à l'autre, quoiqu'il eût un confesseur et des cardinaux pour témoins. Le contraste de ces persécuteurs corrompus et de ces persécutés austères, de ces amours payées par des bûchers, n'est-il pas navrant?

Je ne sache rien déplus expressif qu'une lettre de Jeanne d'Albret, en date du 8 mars 1572*. La jeune reine flétrit vigoureusement l'inconstance du roi, la légèreté de la reine-mère, l'incrédulité et l'immoralité de la cour tout entière où elle ne s'était rendue qu'à son corps défendant. Elle écrit à son fils: «Je m'assure que si vous saviez la peine en quoi je suis, vous auriez pitié de moi, car l'on me tient toutes les rigueurs du monde et des propos vains et

I. Uibliothèque impériale, fonds Saint -Germain Harlay , vol. 255, pièce 81. France protestante , t. 1, p. 54.

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moqueries, au lieu de traiter avec moi avec gravité comme le fait le mérite (le fait du mariage projeté de son fils avec Marguerite de Valois). De sorte que je crève, ajoute-t-elle énergiquement, parce que je me suis si bien résolue de ne me courroucer point, que c'est un miracle de voir ma patience. Et si j'en ai eu, je sais comme j'en aurai encore affaire plus que jamais, et m'y résoudrai aussi davantage. Je crains bien d'en tomber malade, car je*ne me trouve guères bien.... Madame (la fiancée) est belle, bien avisée et de bonne grâce, mais nourrie en la plus maudite et corrompue compagnie qui fût jamais; car je n'en vois point qui ne s'en sente. Votre cousine la marquise (l'épouse du jeune prince de Condé) en est tellement cliangée qu'il n'y a apparence de religion , sinon d'autant qu'elle ne va point à la messe, car, au reste de la façon de vivre, elle fait comme les papistes Je vous l'écris privément. Ce porteur vous dira comme le roi s'émancipe; c'est pitié. Je ne voudrais pas pour chose du monde que vous y fussiez pour y demeurer. Voilà pourquoi je désire vous marier, et que vous et votre femme vous retiriez delà corruption ; cby encore que je la croyais bien grande, je la vois davantage.

«Si vous y étiez, vous n'en échapperiez jamais sans une

grande grâce de Dieu Je vous prie , priez bien Dieu ,

car- vous en avez bien besoin en tout temps et même en celui-ci, qu'il vous assiste. El je fen prie, et qu'il vous donne, mon fils, ce que vous désirez.»

Quel accablant témoignage que cette lettre écrite «privément» par la princesse la plus intègre qui fût jamais! Elle ne pensait pas, en écrivant ces lignes, l'austère huguenote, qu'elles seraient jamais lues par d'autres que son fils; elle lui ouvre tout son cœur; à lui, elle exprime toute l'horreur

que lui inspire «la plus maudite et corrompue compagnie qui fût jamais»; elle voudrait qu'il ne vécût jamais à cette école de duplicité et de libertinage, et, à son insu, sa noble protestation contre l'immoralité de son entourage est parvenue jusqu'à nous, avec les vœux sublimes qu'elle forme, peu a.vant de mourir, pour le bonheur de son fils.

Henri III, au penchant pour l'immoralité, allia les goûts les plus futiles. Lestoile a fait, à son sujet, les révélations les plus curieuses. Le roi allait en coche, par les rues et maisons de Paris, prendre les petits chiens damerets ; il parcourait tous les monastères de femmes, dans les environs de la capitale, « faire pareille quête de petits chiens», au grand regret et déplaisir des dames qui les possédaient. Dans l'intervalle qui séparait ses chasses aux chiens, il se «faisait lire la grammaire» et apprenait à décliner.

L'année suivante, en 1576, ce fut pis encore. Le roi et la reine reviennent de Normandie d'où ils rapportent «grande quantité de guenons, perroquets et petits chiens» achetés à Dieppe. C'est en ce même temps que le nom de mignons «commença à trotter» par la bouche du peuple, auquel ils étaient fort odieux, tant à cause de leurs manières à la fois badines et hautaines, «qu'à cause de leurs fards et accoutrements efféminés et impudiques, mais surtout à cause des dons immenses et des libéralités que leur faisait le roi ».

En 1583, le jour de carême-prenant, le souverain, entouré de ses mignons, courut, masqué, vers le soir, à travers les rues de Paris, rôdant de maison en maison et faisant mille insolences'.

Ailleurs, le fidèle chroniqueur appelle la cour une «cour de Sodome» et entre, sur ses mœurs, sur les festins qui

1. Mémoires , etc., édition MichautI et Poujoulat. Mémoires de Lestoile, t. I,p. 61, 74, !58.

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s'y donnaient, sur les infamies qu'on s'y permettait, des détails qu'il ne nous est pas permis de faire deviner, même de loin *.

Mais ce qu'il y a de bizarre , c'est la facilité avec laquelle le roi sait mener de front la légèreté des mœurs et une apparente piété.

En 1575, il va, touslesjours, faire ses aumônes et prières en grande dévotion. Ces mêmes rues où il vient de faire «mille insolences» le voient passer à pied , accompagné de deux ou trois personnes seulement, tenant en sa main de «grosses patenôtres» qu'il va disant et marmonnant^, afin de gagner le pardon du jubilé envoyé en France par le pape Grégoire XIII. Le 9 octobre 1575, fête de saint Denis, il organise, à Pai'is, une procession générale et solennelle, « en laquelle il fait porter les reliques de la Sainte-Chapelle » ; il y assiste tout du long, disant son chapelet en grande dévotion', à la grande édification du peuple de Paris, que Lestoile qualifie de «fort dévot»*. Piété étrange, il faut bien en convenir, que cette piété qui s'accommodait si bien de l'immoralité et qui, à l'occasion, savait pousser, pour la plus grande gloire de Dieu, des rugissements de bête fauve ! Singuliers actes de dévotion, que ces processions si nombreuses au seizième siècle où l'on demandait un peu, à Dieu, la conservation de la santé de la famille royale, mais où on le priait surtout de nettoyer le royaume des doctrines réprouvées par Rome! Le peuple en revenait fanatisé, tout disposé à voir «flamber» quelques hérétiques. Ainsi, après la procession qui se déroula solennellement à travers les rues de

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