‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 51 sur 163 · Ibid. , p · texte numérisé non relu

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Paris, en 1549, afin d'implorer l'assislance divine contre l'hérésie, «pour démonslralion exemplaire furent exécutés, après ladite procession laite, certain nombre d'hérétiques sacramentaires par les carrefours de la ville* ».

Faut-il en vouloir à ces fanatiques? Ne convient-il pas, pour être juste, de s'en prendre à leur ignorance plus encore qu'à leurs instincts sanguinaires? Les préjugés religieux sont plus tenaces que d'autres. Aux yeux d'un ïavannes, d'un Montluc, qui cependant furent souvent en contact avec les huguenots, ces derniers avaient des idées monstrueuses, subversives de tout ordre et de toute religion. Ils voyaient en eux les ennemis du genre humain. Ainsi les leur avaiton dépeints et jamais ils ne voulurent en démordre, Montluc a des paroles d'une sauvagerie inouie. a-On dit que j'ai pillé trois cent mille écus : je voudrais qu'il fût vrai, pourvu que ce fût sur les huguenots nos ennemis. — Si tous les chefs de la France eussent aussi bien fait leur devoir que moi, il n'y a homme en ce royaume qui s'osât dire huguenot. » Il aurait voulu exterminer, dit-il, le dernier des huguenots et avoue que la haine qu'il leur portait le mettait hors de lui. Son esprit militaire, qui ne connaissait que la force brutale et n'admirait que l'obéissance du soldat, ne pouvait concevoir qu'il y eût plus d'une religion. Il le dit avec une rare élroilesse, mais avec une entière bonne foi : « Tant qu'il y aura deux religions, la France sera en division et en trouble; et le pis est, que c'est chose qui ne se peut pas finir de

longtemps H faut laisser faire Dieu, .'\pres qu'il nous aura

prou fouettés, il mettra les verges au feu*.»

1. Moulmoreucy ù MM. les cardinaux du Bellay et sieur Durfé. Bu/letin,i. IX, p. 124.

2. Mémoires, etc., édition de 1786, t. XXVI, p. 8, 10, 75 et la préface des éditeurs.

CHAP. I. — JUGEMENTS d'eNSEMBLE. 103

Tavanries renchérit encore sur Montluc. A ses yeux, l'hérésie n'a d'autre source que l'avarice, l'ambition, l'impatience de porter un joug quelconque; d'autres fruits que «pervertissement d'Etats, mépris des puissances supérieures, peuples débridés, démocratie préméditée contre les monarchies, guerre, sang, violement, rançons, profanement des choses sacrées, corruption des saintes». 11 va jusqu'à appeler les réformés de méchants médecins qui, pour ôter

les taches du visage, y ont planté le ch homicide des

âmes....*

Tavannes et Montluc seraient bien étonnés si, obligés de céder à l'évidence des faits, ils pouvaient constater aujourd'hui: que la société moderne trouve très-naturel que plusieurs cultes subsistent paisiblement les uns à côté des autres, également protégés par les mêmes lois; Tavannes surtout serait sans doute on ne peut plus surpris de voir que ce sont précisément les nations protestantes qui se débrident le moins et ont le moins de goût pour les révoltes contre les puissances supérieures. Et ainsi du reste. Ah! les préjugés! les préjugés! Que de maux incalculables on éviterait si tout le monde se mettait sérieusement à examiner avant de juger!

Voici encore deux chroniqueurs du seizième siècle, sincères catholiques, mais hommes impartiaux, dont le témoignage, fort précieux, tend à prouver que c'est à l'ignorance du peuple qu'il faut surtout imputer les guerres civiles qui désolèrent la France , il y a trois siècles , à savoir: Achille Gamon, avocat à Annonay, et Michel de Castelnau.

Selon le premier (qui reconnaît, soit dit en passant, que le massacre de Vassy fut, seul, la cause des premiers

1. Mémoires de Tavannes, dans la collection Poujouiat, t. VIII, p. 80.

troubles religieux), «le peuple, par suite de son ignorance de la religion, ne savait à laquelle des deux religions s'attacher '».

Le second rapporte le bruit absurde qui courut, à Paris, en 1559, au sujet de choses horribles qui, disait-on, se passaient dans les assemblées religieuses des huguenots. On affirmait qu'on y mangeait un cochon au lieu d'agneau pascal; on affirmait des choses bien plus scandaleuses encore «Mais, continue-t-il, quand on en vint à confronter les témoins, ils se trouvèrent fort variables, de sorte que la Cour de parlement ne peut asseoir ni fonder jugement et arrêt sur leurs dépositions. Néanmoins le fait demeura aux oreilles du menu peuple qui le pensait véritable. . . Quoi qu'il en soit, lorsque l'on menait exécuter des protestants, quelques-uns disaient qu'ils mangeaient les petits enfants; néanmoins lesdits protestants étaient si opiniâtres et résolus en leur religion , que lors même que l'on était plus déterminé à les faire mourir, ils ne laissaient pour cela de s'assembler, et plus on en faisait de punition, plus ils multipliaient ^ » Cette opiniâtreté des huguenots à s'assembler, cette crédulité du menu peuple, sa propension au credo quia absurdum, ne sont-ce pas deux traits de mœurs que l'histoire ne saurait mettre trop de soin à faire connaître?

Ignorance et préjugés chez le peuple, licence dans les hautes régions du pouvoir, c'est ce que l'on rencontre dans la France catholique du seizième siècle. Ce n'est pas tout encore. Pour bien établir la nécessité de la Réforme, il importe de constater, par les témoignages les plus authentiques, la dégradation générale des mœurs du clergé même,

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