Florimoiid de Raemond , p. 86 i
130 ir PARTIE. — LA VIE DES HUGUENOTS.
dateurs, ses ministres «prêchant en robes de chambre ou
robes noires» Après avoir assisté au martyre d'Anne
du Bourg, il fut du nombre de ces jeunes gens qui fondirent en larmes dans leur collège au retour de ce supplice et plaidèrent sa cause après son décès, maudissant ces juges injustes qui l'avaient justement condamné. « Son prêche, en la potence, dit-il, et sur le bûcher fit plus de mal que cent ministres n'eussent su faire'.»
Tels sont les incroyables aveux que le détracteur le plus passionné du protestantisme se laisse arracher par l'évidence des faits.
«Mais, dira-t-on, Raemond ne se serait-il pas aperçu du démenti qu'il se donnait à lui-même en prodiguant les éloges à la vie et au martyre de ces mêmes hommes que sa lâche était de traîner dans la boue?»
Certainement.
Mais ce sont gens si habiles que les Raemonds, ceux du dix-neuvième siècle et cet autre qui, pressé par la vérité, dut avouer, il y a trois siècles, «qu'il semblait que la sainte réformation dût ramener le siècle d'or » !
Voici comment, pour sa part, il crut se tirer d'affaire.
Le martyre des huguenots avait fait pleurer son cœur avec ses yeux, selon sa charmante expression; mais, continue-t-il, combien de gens avons-nous vu évidemment convaincus de critnes énormes, prêcher néanmoins au gibet leur innocence, chanter par les rues lorsqu'on les mène au supplice! Combien de pauvres misérables qui se sont exposés à la mort pour une religion fausse!.... Le diable, qui sera toujours singe de Dieu, a voulu de tout temps avoir ses martyrs^.