CIIAP. II. — COMMENCEMENTS DE LA RÉFORME
Le clergé surtout, chose facile à prévoir, allait, de concert avec le parlement, user de toute son influence pour étouffer les idées nouvelles. On s'étonne de trouver l'ardeur de la persécution dans des magistrats qu'on se représente calmes, intègres, impassibles, éclairés, et dans un corps qui avait, avec les réformés, au moins un point de contact : l'opposilion à la cour de Rome. Mais qu'on y regarde de plus près, et l'on verra s'évanouir ce que la conduite de la haute magistrature française présente , au premier abord , d'extraordinaire. La moitié des membres du parlement se composait de conseillers clercs , c'est-à-dire d'hommes appartenant au clergé. En 1525, ils n'avaient puisé ni dans l'étude, ni dans la comparaison des doctrines, ces doutes qui rendent l'intolérance impossible. Fort savants en jurisprudence, ils se réglaient, en matière religieuse, sur les principes de ce concile de Constance qui voulait bien qu'on réformât la discipline, mais non pas que l'on modifiât le dogme et qui, c'est tout dire, tout en s'attaquant aux abus de Rome, avait brûlé Jean IIuss et Jérôme de Prague *.
Voilà les conditions, plus défavorables aux huguenots qu'à leurs adversaires, dans lesquelles la lutte allait s'engager.
On frémit à la simple pensée des dangers que les réformés allaient courir; on demeure stupéfait en constatant la rapide extension de leurs doctrines sur le sol de la France.
La Réforme, dit Sismondi, s'avançait par deux roules différentes; elle gagnait des partisans parmi les classes pauvres et laborieuses, par une conséquence dii besoin de croire et d'espérer, qui dispose à la religion les malheureux et qui n'était nullement satisfait par un clergé haïssable et méprisable; elle s'étendait en même temps dans la classe