I. Le Sentiment religieux
Des sommets sublimes, d'où l'on n'aperçoit que l'ensemble du paysage, descendons à présent vers la plaine.
Après avoir promené ses regards sur le vaste panorama qui s'étend à ses pieds, le voyageur, quittant les lieux élevés, rencontre, à chaque pas, de nouveaux sujets d'éton-
nemeiit. Il contemple, sans se lasser, ces roches aiguës, ces couloirs de neige, ces raides escarpements, ces masses' de granit à travers lesquelles glisse un sentier difficile. Puis, après ces murs de rochers et ces âpres défilés, dont la sauvage grandeur rappelle les temps primitifs du globe, voici les premières traces de la végétation, les vastes forêts silencieuses , les fontaines jaillissant discrètement dans les feuilles mortes; plus bas encore, les coteaux verdoyants couronnés de bouquets d'arbres, les rivières qui serpentent à travers la plaine, les blanches maisons. A mesure qu'il descend, tout s'anime, se colore, parle, sourit. Ce qu'il pressentait là-haut, il le voit à présent; il touche de ses mains ces innombrables beautés de la nature qu'il ne faisait que deviner, et son âme, de plus en plus ravie, monte, sur les ailes de l'imagination, de la beauté périssable, vers les sources de l'éternelle beauté.
C'est quelque chose d'analogue que l'on éprouve quand, après avoir contemplé, de haut et de loin, le spectacle de la vie des huguenots, on descend aux détails, on en recherche les traits caractéristiques, les nombreuses manifestations individuelles, on l'étudié au sein de la famille, dans l'Etat, sur les champs de bataille, en face de la mort. On y découvre, il est vrai, des taches que nous ne dissimulerons point; mais que de lumière ! que de fraîcheur ! quelle sève morale ! Avec quelle force irrésistible on se sent poussé à rechercher, à la suite de ces nobles lutteurs, ces choses du ciel vers lesquelles ils surent monter eux-mêmes d'un si fier élan !
En eux, la foi renouvela les sources de la vie; elle purifia leurs mœurs, fortifia leur volonté, aiguisa leur intelligence. Quelques-uns d'entre eux, je le sais, furent étroits. Ils furent trop prompts à se croire en possession de la vérité entière. Mais, après tout, c'est l'esprit du Christ qui
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faisait battre leurs cœurs, et ils laissèrent au monde le magnifique exemple d'une rare fidélité aux prescriptions du devoir.
Catherine de Médicis engage Jeanne d'Albret, dans son propre intérêt, à aller à la messe. C'est bien d'intérêt qu'il fallait parler à la reine protestante ! Elle répond : « Madame, si j'avais mon fils et tous les royaumes du monde dans la main, je les jetterais tous au fond de la mer, plutôt que de perdre mon salut!* »
Une autre fois (1568), elle fuit la cour avec ses enfants, parce que indubitablement on l'eût fait changer de religion, au moins extérieurement. Elle abandonne son pays en proie, pour conserver les consciences pures. C'est La Noue qui rapporte le fait et qui a soin d'ajouter ces paroles significatives : « Exemple très-rare en ce siècle-ci, auquel la richesse et la grandeur sont en si grande recommandation , qu'elles sont à plusieurs un Dieu domestique auquel ils s'asservissent*. »
Madeleine de Foix-Caraman, religieuse bénédictine dans l'abbaye de Chases, embrassa les opinions nouvelles dès 1562 et les prêcha ouvertement dans ce monastère, qui passait, dit M. Imberdis, pour la plus complète expression du monachisme féminin en Auvergne. Comme tant d'autres victimes des barbares institutions du moyen âge, la jeune Madeleine avait été vouée, contre son gré, à la vie du cloître. Elle n'eut de repos qu'elle n'eût quitté le couvent, et abjura publiquemenl\
Un jeune gentilhomme breton, La Tremblaye, étant
1. M"» de Vauvilliers, Histoire de Jeanne d'Albret., reine'de Navarre. Taris , 1818, 1. 1, p. 2i3.
2. Mémoires relatifs à l'histoire de France. Édition de 1786, t. XLVIl, p. 228.