Bulletin, t. lll , p
20 l'e PARTIE. — LA FOI DES HUGUENOTS.
qu'avait faits le mouvement religieux menaçaient bien des intérêts, effrayaient bien des sectateurs de l'ancien culte, qui voulaient qu'on vît la société en péril, parce que leurs prérogatives étaient menacées. Chose étrange, les protestants se multipliaient par la souffrance, par la mort. Quand on en tuait un, il en renaissait dix. Les flammes — selon la belle expression de Dargaud — étaient fécondes, miraculeuses. «Elles rendaient plus d'hommes qu'elles n'en dévoraient. Les martyrs brûlaient en silence ou en prière. Leurs cendres se mêlaient aux cendres du bûcher. Puis un souffle de Dieu enlevait ces cendres sur l'aile des quatre vents. Elles tombaient çà et là, fertilisaient le sol et suscitaient partout des défenseurs aux idées. Les martyrs enfantaient des soldats et des apôtres.»
Le nombre des protestants s'était tellement accru, ils comptaient parmi eux des génies si éminents, des âmes si stoïques, qu'il était facile, dès le règne de Henri II, de pressentir les événements futurs.
Mais le moment n'est pas venu de raconter des martyres. 11 ne s'agit, ici, que d'établir les rapides progrès du protestantisme en France, de 1525 à 1580, de constater le nombre considérable des huguenots au seizième siècle, malgré les obstacles formidables qu'ils rencontrèrent sur leur chemin, l'accueil bienveillant que leur firent tous les rangs de la société, les grands et les gens les plus simples, les pauvres et les classes les plus éclairées et les plus riches ^ Comment expliquer ce prodigieux avènement des idées protestantes? Est-ce à la faveur de la politique qu'elles se frayèrent une voie si sûre vers le cœur de la France? N'estil pas infiniment plus juste de prétendre que si, à un mo-