I. Bulletin, t. 1, p
accoutumée aux églises de France; après laquelle, attenflanl l'heure du prêche, qui se faisait de deux jours l'un, avec le chant des psaumes, il donnait audience aux députés des églises qui lui étaient envoyés, ou donnait le temps aux affaires publiques dont il continuait encore un peu à traiter après le prêche jusqu'à l'heure du dîner.
« Etant debout près de la table dressée et sa femme à son côté, l'on chantait un psaume, et puis l'on disait la bénédiction ordinaire : ce qu'une infinité, non-seulement de Français, mais de capitaines et colonels allemands peuvent témoigner qu'il a fait observer, sans intermission d'un seul jour, non-seulement en sa maison et son repos, mais aussi dans l'armée. La nappe étant ôtée, se levant et tenant debout avec les assistants, il rendait grâces lui-même ou les faisait rendre par son ministre.
« Le même se pratiquait au souper; et voyant que tous ceux de sa maison se trouvaient malaisément à la prière du soir, au temps qu'il fallait reposer, il ordonna que chacun vînt à l'issue du souper, et qu'après le chant des psaumes la prière se fît. El ne se peut dire le nombre de ceux d'entre la noblesse française qui ont commencé d'établir, dans leur famille, cette religieuse règle de l'amiral, qui les exhortait souvent à la véritable pratique de la piété , disant que ce n'était pas assez que le père de famille vécût saintement et religieusement, si par son exemple il ne réduisait les siens à la même règle. »
Un dernier trait de ce récit, le plus touchant peut-être, achève de nous initier aux devoirs religieux que s'imposaient les chefs des grandes familles protestantes. « Lorsque le temps de la cène s'approchait, il appelait tous ceux de sa maison, leur représentant qu'il ne lui fallait pas seulement rendre compte à Dieu de sa vie, mais aussi de leurs déportements, et il les réconciliait ensemble, s'il y avait
quelque dissension entre eux. » Admirable réalisation de la prêtrise universelle proclamée par les Ecritures!
Quelles bénédictions spirituelles de pareilles habitudes de piété ne durent-elles pas appeler sur les époux chrétiens! Se retrempant sans cesse aux sources mêmes de la foi, comme ils durent y puiser cet amour qui apprend à supporter, à consoler, à redresser, à encourager, à tout subordonner au devoir!
M""® Duplessis-Mornay, sur le point de rendre l'âme, fait à son mari une dernière recommandation : elle lui fait promettre de ne point se rendre moins utile à l'Eglise par la tristesse qu'il recevrait de sa mort '. Toute sa vie n'avait été qu'une série d'actes de dévouement à son mari. On la voit, frêle, délicate, oubliant les exigences de sa santé, du moment qu'il s'agit de lui rendre service; ne redoutant aucune fatigue, montant à cheval , courant le pays pour le tirer d'embarras dans des circonstances difficiles*; se chargeant à elle seule d'élever, pour ses frères, un temple à Saumur, pendant que Mornay prépare des édits en leur faveur ou combat à côté du roi pour défendre leur cause'; veillant avec une tendre sollicitude sur la santé de son époux lorsqu'elle se trouve auprès de lui*, et se faisant, en quelque sorte, son ange tutélaire, lorsque le sort des armes l'a fait tomber entre les mains des ennemis °; le secondant enfin de son mieux dans les moments les plus critiques de sa vie si agitée, et surtout lors de la fameuse conférence de Fontainebleau, où Duplessis fut livré au cardinal Du Perron par le roi lui-même.