‹ Les Huguenots du seizième siècleChapitre 95 sur 163 · PHILIPPE DE MORNAY. ARTE ET MARTE · texte numérisé non relu

PHILIPPE DE MORNAY. ARTE ET MARTE

Au-dessous, les armes de la maison.

Également sur le plat, verso, le nom de Charlotte Arbaleste, avec les paroles connues : L'esprit et la force vient de Dieu, puis les armes parlantes des Arbalestes (arbalètes), encadrées dans une torsade.

Au dos sont gravées ces lignes:

J'ai donné cette Bible

à ma fille

de la Tabarière.

Ph. de Mornay. Arte et Marte.

Sur une deuxième garde, en parchemin également, on lit ces paroles , écrites de la main de Duplessis:

L'Éternel est ma lumière et ma délivrance; de qui aurais-je peur?

L'Éternel est la force de ma vie; de qui aurais-je frayeur?

Pour Anne de Mornay, dame de la Tabarière

ma fille.

Ph, de Morçav.

A Bodet, le 29 septembre 15:20.

I Bulletin, t. I, p. 202.

Au-dessous, les paroles suivantes tracées de la main d'Anne de Mornay :

Cette Bible m'a été donnée par Monsieur Du Plessis , mon très-honoré père.

Je désire qu'après moielle soitpour PhilippesdeNouhes mon fils aîné et qu'il la lise soigneusement pour y apprendre à connaître et servir Dieu en la Sainte Trinité et qu'il se représente pour s'y accourager l'exemple de son grand'père duquel il reçoit nourriture et se ressouvienne continuellement des vœux que moi sa mère ai faits pour lui. Fait à Bodet ce 30 oct. jour propre que Dieu nous a conjoints par le saint mariage son père et moi il y a dix-sept ans.

Anne de Mornay, 1620.

Et à la suite de ces lignes, cette autre inscription que la pauvre mère a tracée dix ans plus tard et qu'on ne saurait lire «sans se sentir remué et attendri jusqu'au fond de l'âme » :

A François de Nouhes, maintenant, puisqu'ainsi a plu à Dieu, notre fils unique.

Mon enfant, j'avais reçu ce présent de votre grand'père, et, pour la dignité du don et du donneur, je l'avais dédié à votre frère, notre fils aîné et bien-aimé. Depuis que Dieu l'a voulu combler de tous biens là -haut, nous navrant de douleur, ce qui nous peut consoler, c'est que vous succédiez à sa vertu et piété, et en voici la droite règle que je vous mets en main avec les mêmes vœux et constitution que j'avais fait à votre pauvre frère.

A. M. Ce 29« Juillet 1630.

Plus loin, elle marque la date de la mort de ce même fils aùié et bien-aimé.

« // nous a devancés glorieuse meiit dans ces joies éternelles et a laissé une mémoire de sa vertu qui servira d'aiguillon et d'exemple aux autres »

Après avoir décrit avec un soin religieux celle vénérable Bible de famille, M. Read s'écrie avec une émotion qui se conçoit : «Quels accents pénétrants de résignation, quel parfum de profonde et simple piété dans ces épanchements intimes! Comme l'on sent que le vrai christianisme vivant est là!... Est-il rien de plus simple, de plus touchant que cet intérieur, dont le hasard a voulu que les secrètes vertus et la vie assurée en Dieu nous fussent ainsi révélées!.. . »

La famille de Duplessis-Mornay ne fut point, sous ce rapport, une exception. Des milhers d'exemplaires des Saintes Écritures furent à la fois les conseillères et les confidentes des familles huguenotes. D'autres livres, ces Bibles elles-mêmes leur servaient à enregistrer les événements de la famille, joies ou afflictions. Ainsi, il s'est conservé, dans un cabinet du château de Ghàtillon-sur-Loing, un volume où sont écrites, de la main de M. l'amiral, la naissance de ses enfants et la mort de sa première femme, Charlotte de Laval'.

Comment se célébrait le culte au sein de la famille d'un grand seigneur huguenot, quelles étaient ses habitudes de piété au foyer domestique et même sous la tente, c'est ce que nous font connaître les Mémoires de Coligny, rédigés sans doute par l'un des fidèles serviteurs de l'amiral, Gornaton, qui n'a omis aucun détail.

Aussitôt après le lever de l'amiral, «ayant pris sa robe de chambre et s'étant mis à genoux, comme aussi tous les autres assistants, il faisait lui-même la prière en la forme

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