‹ Les Huguenots, grand opéra en cinq actesChapitre 46 sur 49 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LES PRÉCÉDENTS, RAOUL, se précipitant au milieu de la salle du bal,

RAOUL

Aux armes, mes amis ! on immole nos frères , L'autre bord de la Seine est inondé de sang! Des assassins gagés les hordes meurtrières

Seront ici dans un instant !

CHOEUR, entourant Raoul ou formant en désordre différents groupes et se parlant entre eux.

Non, non, c'est impossible ; Non, non, je ne puis croire à ce crime odieux,

A cette trahison horrible !..,

RAOUL

Vainement ma raison veut démentir mes yeux. AIR.

A la lueur de leurs torches funèbres J'ai vu courir des soldats forcenés !

Ih s^écriaient au milieu des ténèbres :

« Frappez, frappez ! Dieu les a condamnés ! J^ai vu tomber des guerriers sans défense. De notre chef Tasile est assailli, ¥a leurs poignards altérés de vengeance. De mille coups ont percé Coligny !

CHOEUR

0 forfait inouï !

Ce noble front que la victoire honore, Ils n'osaient sans pâlir io contempler vivant, FA mon, ils rinsuitaieni !

Montrant son habit ensanglanté Amis, voilà son sang î Maintenant doutez-vous encore?

Avec douleur et indignation.

Ft ce sont des Français! et ce sont des chrétiens Qui du trône et du ciel se disent les soutiens î Frrant et furieux, maudissant leur supplice, Des hommes et du ciel invoquant la justice. Au Louvre je courrais, à ira vers le danger. Implorer le roi Charle l... 0 forfait î... anathème ! Du haut de son balcon j'ai vu le roi lui-même Immoler ses sujets, qu'il devait protéger. Partout le meurtre et l'incendie !

Partout des prêtres en furie Du ciel proclament le courroux !

Et la jeune filie en prière, L'enlant sur le sein de sa mère, P«ien, héias ! n'échappe à leurs cou{)s.' V( rrons-nous couler sans défense Ce sang qui demand»^ vengeance?...

Il l'attend ! il l'aura de nous !

Avec le chœur.

Aux armes ! à la vengeance !

Courons tous à la défense Des martyrs et des héros :

Oui, rendons guerres pour guerres ; Vengeons la mort de nos frères Dans le sang de leurs bourreaux !

RAOUL

Courons au Louvre, où Charles nous délie De nos sermenls, de notre foi :

J.ui-méme en nous frappant brisa son scopire impie; (^bef de nos nuiurlriers, il n'est plus notre roi !

CHOEUR

Aux armes ] à la vengeance! etc.

Les femmes pâles d'efifroi s'enf aient suivies de leurs pages et écuyers, les hommes tirent leurs épées et sortent tous en désordre par toutes les portes du salon. — Le théâtre change.— Un cloître. — Au fond un temple protestant dont on voit les vitraux. A gauche une petite porte qui conduit dans l'intérieur de l'église. A droite une grille qui donne sur un carrefour. Des femmes huguenotes conduisant et portant leurs enfants traversent la scène en fuyant. Marcel blessé au milieu des femmes et des enfants qui se pressent autour de lui, leur indique de la main la porte du temple.

l^à!... là... dans notre temple ! au j»ied du saint autel,

Nous mourrons tous en priant TEternel ! Les femmes et les enfants se réfugient dans le temple qui est à gauche. Marcel tombe à genoux et prie.

RAOUL, rentrant par la grille à droite. C'est toi, mon vieux Marcel, que j'ai cru reconnaître?

MARCEL

Ahî je priais pour vous !, .

Se relevant.

Je vous revois, mon maître !

RAOUL

Éloigne-loi... Pourquoi l'exposer à leurs coups?

MARCEL

Maître... c'est mon devoir de mourir près de vo;i8.

RAOUL, le regardant.

Blessé î blessé !

MARCEL, avec résignation.

Qu'importe, en ce montant terrible l

RAOUL

Je vengerai ton sang !

MARCEL

Hélas I c'est impossible.

Mon maître, il faut mourir, les soldais, les bourreaux Cernent de toutes parts un reste de héros. Dans ce temple encor libre, hélas 1 dernier asile.

l>cs femmes, des enl'anls la foule en pleurs s'oxilo Voiiv mourir sainiemenl ! Venez... pour Ion! effori , ii ne nous reste plus qu'à parlag^er leur sort !

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