I. — Liquide hydrocéphnliquc
La quantité de liquide épanché dans l'hydrocéphalie est extrêmement variable. Mais une question préjudicielle se pose dès le début: quelle est la quantité de liquide nécessaire pour constituer l'hydrocéphalie ?
A l'état normal il existe fort peu de liquide céphalorachidien dans les ventricules, surtout chez l'enfant. Ce liquide siège presqueentièremenl dans l'espace sous-arachnoïdien. Mais si cet espace communique habituellement avec les cavités ventriculaires, l'autonomie relative des réservoirs ventriculaires n'en est pas moins établie, et les différences d'appréciation des auteurs concernant la quantité totale du liquide (i) ue peuvent se rapporter au liquide intra-venlriculaire. On peut dire que l'hydrocéphalie existe lorsque la quantité do liquide épanché dans le ventricule a été suffisante pour produire sa dilatation. A l'autopsie l'élargissement des ventricules peut môme constituer la seule démonstration d'une hydrocéphalie légère dont la minime quantité de liquide a pu se résorber dans les heures qui ont précédé la mort. C'est par sa pression que le liquide produit la dilatation ventriculaire, et l'on peut dire que Y hydrocéphalie minima se caractérise moins
(1) Cotugno donnait le chiffre probablement exagéré de \ù"> h t.;o grammes. Magcudie et Luschka apprécient In quantité du liquide à GO-70 grammes, 65 grammes en moyenne. Bichat Gxe cette quantité a 63 grammes, Longct à 200 grammes.
par la quantité de liquide intra-ventriculaire que par la pression de ce liquide et la dilatation des ventricules qui en est la conséquence.
Dans les hydrocéphalies nettement constituées, la quantité de liquide diffère dans des proportions considérables. On trouve dans les hydrocéphalies légères de 100 à 300 centimètres cubes de liquide. Les chiffres de 500 centimètres cubes, d'un litre sont loin d'être rares. On peut rencontrer quelquefois plus de 2 litres de sérosité, 3 litres, 5 litres même. Enfin il existe des épanchemcnls énormes, invraisemblables comme chez l'hydrocéphale du musée de Cruikshank où la quantité de liquide s'élevait, dit-on, à 27 livres.
La pression du liquide varie aussi beaucoup dans les diverses hydrocéphalies.
A l'état normal, la pression du liquide céphalo-rachidien est toujours supérieure à la pression atmosphérique. Aussi ce liquide s'écoule-l-il dans les plaies pénétrantes qui atteignent les espaces sous-arachnoïdiens. Mais de l'avis de tous les observateurs, cette différence ne dépasse pas quelques millimètresde mercure. Leyden (1866) a vu la pression de ce liquide au niveau de la voûte du crâne, osciller entre 10 et M centimètres d'eau avec variations respiratoires et cardiaques. Jolly (1871) a obtenu des chiffres inférieurs encore. François-Frank et Pitres (1) (1887) qui ont souvent mesuré la pression de ce liquide l'ont trouvée en moyenne de7à8millimèlresdemcrcim\— La pratiquedcla ponction
(1) Art. Encéphale, r.ircnl. D'ici, encyclop. des Se. medte.
lombaire a pu faire apprécier chez l'homme vivant la pression céphalo-rachidienne (1). D'après Quincke cl son élève Rieken (2), « d'observations très disséminées, on peut déduire comme pression normale à la région lombaire, dans ledécubitus horizontal etlatéral,40à60 millimètres (d'eau), chiffre sans doute variable suivant les individus et les circonstances ; on peut, en tous cas, considérer le chiffre de 450 comme indiscutablement pathologique ».
Dans les hydrocéphalies, il importerait surtout de connaître la pression intra-ventriculaire, car, ainsi que je vais le dire, il n'y a pas toujours contiouilé entre les cavités venlriculaires et l'espace sous-arachnoïdien. Des recherches dans ce sens auraient leur intérêt. Mais les résultats fournis par la ponction lombaire ne sont pas sans valeur. D'après Quincke les plus hautes pressions sont observées dans la méningite tuberculeuse : 230, 320, 460, 800. Ensuite viennent les pressions de l'hydrocéphalie chronique, où l'on peut rencontrer : 290, 400, 120, 270, etc. Dans les tumeurs intra-crâniennes les pressions notées sont absolument différentes suivant les cas: 210, 140, 600, 40; lorsqu'il n'existe pas d'hydrocéphalie secondaire à la tumeur, la pression céphalo-rachidienne peut fort bien ne pas dépasser les chiffres normaux. « Il fautdu reste savoir, dit Quincke, que d'une manière générale la hauteur de la pression n'est pas nécessairement proportionnelle à l'intensité des symptômes fonctionnels : nos observations nous
(1) Voir au chapitre XVI le manuel opératoire de lu ponction lombaire et la mensuration de la pression céphalo-rachidienne qui s'apprécie en millimètres d eau ou plus exactement de liquide céphalo-rachidien.
(2) Rieken, Sur la ponction lombaire. Deutsche Archiv fUr klinuehe Medicin. t. L\ï, p. 1. octobre 181».".
LE CERVEAU HYDROCEPHALE 15
permettent de dire d'une manière générale que haute pression et graves symptômes s'associent dans les cas aigus, et que haute pression et symptômes légers peuvent coïncider dans les cas chroniques, l'encéphale ayant eu sans doute alors le temps de s'accoutumer à l'excès de pression. »
Caractères physiques et composition chimique. — Il convient d'indiquer d'abord les caractères du liquide céphalorachidien à l'état normal.
« Ce liquide alcalin, incoagulable, a une densité de 1005. Il ne contient ni fibrinogène, ni sérinc mais i à 2 millièmes seulement d'une substance semblable à la sérum-globuline, ainsi que des propeptones ou albumoses précipitablés par l'acide nitrique à froid et se redissolvant à chaud. Les matières minérales sont plutôt celles du plasma musculaire que celles du plasma sanguin. On trouve encore une trace de graisse, de choleslérine et quelquefois d'une substance dénommée pyrocatéchine (1). »
Voici maintenant quelques analyses de liquide hydrocéphalique. La suivante est due à Robin :
Eau 987
Albumine 1,10
Graisse 0,00
Cholestéiine 0,21
Extrait alcoolique et aqueux (moins les sels) . 2,7ii
Chlorures potassique et sodique 6,H
Phosphates terreux 0,10
Sulfates de potasse et de soude 0,20
(1) Abmasd Gu-Tirn, Chimie kiolof/itjue, 1892.
L'analyse suivante a été pratiquée par Y von sur le li-
quide d'un malade de Bourneville (1) atteint d'hydrocéphalie congénitale.
Quantité 1630 ce.
Densité 1008
Réaction neutre.
Couleur jaune-rosé.
Matières organiques 6,000
— minérales 9,100
Total des substances fixes 15,100
Albumine coagulable 0,900
Albumine totale 2,040
Matériaux azotés exprimés en urée. . . 2,800
Matières grasses 0,120
Acide phosphorique 1,291
Acide sulfurique 0,117
Chaux 0,089
Chlorure de sodium 7,000
Eau 994,900
J'ai fuit pratiquer l'analyse du liquide chez 4 hydrocéphales dont les observations seront relatées plus loin. En voioi les résultats.
(1) Bourskvillf, Recherches sur l'épilepsie, l'hystérie et l'idiotie. Compte rendu de Vannée 1883.
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