‹ Les Hydrophthalmies chez le Chien: Essai de traitement par la vitamine PPChapitre 14 sur 36 · SUJETS SENS MÉRIDIEN" SENS ÉQUATORIAL · texte numérisé non relu

SUJETS SENS MÉRIDIEN" SENS ÉQUATORIAL

Homme adulte... 02950 %er 4.800 gr.

Enfant 120 gr. 250 gr.

Jeune chien (4 à 5 mois) Movenne: 1.300 gr. Moyenne : 909 cr.

Chien. adulte (7 Moyenne : 4.100 gr Moyenne : 3.700 er.

Que s’en dégage-t-il ?

1° Que les fibres scléroticales sont nettement plus résistantes dans le sens méridien; cela tient sans - doute à une disposition spéciale de ces fibres et aussi à la faiblesse de la zone équatoriale.

2° Que le jeune Chien a une sclérotique nettement

46 HISTO-PHYSI0-PATHOLOGIE DE L'ŒIL

moins solide que celle du Chien adulte, comme du reste

celle de l'enfant par rapport à l'Homme : le résultant

clinique est, en humaine, la buphtalmie chez l'enfant

et le glaucome chez l'Homme. Serait-il osé de penser

que la cause en est l'abondance dè cellules chez le jeune — fait très général en histologie — qui n’ont pas eu le temps de se transformer en un solide feutrage fibreux ? = : ee | 3° Enfin et surtout que la sclérotique du chien est au moins aussi solide que celle de l’homme: et l’on assiste à ce paradoxe qui veut que la sclérotique du chien, moins épaisse, cédant facilement à une hypertonie pathologique, est plus résistante que celle de l'homme dont la coque oculaire ne se laisse pas distendre.

Examen du tissu élastique. — MH fallait donc chercher ailleurs la cause de cette fondamentale différence. Nous avons interrogé sur des coupes histologiques les caractéristiques du tissu élastique de la sclérotique.

Dirigé par notre maître, le professeur LOMBARD, qui nous a fait part, à cette occasion, de nombreuses réflexions personnelles, nous nous sommes efforcé d'étudier sur des coupes de sclérotique, exécutées en des points strictement homologues, la richesse des libres élastiques par coloration élective à l'orcéine.

1° Les fibres élastiques sont rares. «Tissu vivant imitant un kyste, la sclérotique possède un certain degré d’adaption au volume de son contenu » (RocHoN- DuviGNEAUD) mais l’extensibilité en est faible: la preuve en est, lors d'hydrophtalmie, la sensation perçue par la pulpe digitale exploratrice : une paroi à élasticité

PU ANRT

Lost

étendue ne deviendrait jamais aussi dure et incom-

pressible. | -

Cette quasi-inextensibilité de la sclérotique nous paraît en rapport avec l’indigence de la membrane en fibres élastiques: il faut assidûment chercher pour mettre en évidence une mince lanière sombre révélant la présence du tissu élastique scléral. Et l'adaptation au volume du contenu, dont parle RocHoN-DUvVIGNEAUD, nous paraît probablement pas due, si elle existe vraiment, à ces libres élastiques dont la rareté extrême s'accomode mal d'un rôle physiologique quelconque. Cette rareté expliquerait aussi, à notre avis, le caractère d'irréversibilité des lésions déterminées par la distension par étapes successives dans l'Hydrophtalmie ; mais peut-être pourrait-on attribuer à ce tissu élastique le faible retour sur elle-même de la sclérotique d'un œil hydrophtalme en voie de guérison.

Ce tissu élastique évanescent n’est sans doute que le vestige de l’origine conjonctive de la sclérotique : le tendon lui-même en possède, ce qui n’est pourtant guère en rapport avec son rôle.

Parodiant une expression imagée de Monsieur le Docteur FAURE, Cheî de Travaux d'Histologie de la Faculté de Médecine de Toulouse, que nous remercions ici du concours qu'il nous a prêté, nous dirons que la sclérotique tient à la fois du neri de bœul «tissu élastique histologiquement pur», et du tendon de Îla queue de rat «tissu fibreux histologiquement pur » mais avec une énorme prépondérance de ce dernier tissu; bien en rapport avec le rôle squelettique joué par cette membrane.

Du reste, bien qu'étant entièrement fibreuses, les

enveloppes des tumeurs sont susceptibles de distensions

considérables sous la poussée de leur inclusion, sans pour cela qu'il y ait rupture : sans doute y a-t-il concurremment néoiormations ? Et la facile distension scléroticale observée dans l’hydrophtalmie aiguë s’expliquerait par la rapidité du processus morbide qui ne laisserait pas le temps à la membrane de multiplier ses fibres pour une consolidation ; peut-être aussi y aurait-il dégénérescence de ces fibres sous l’influence de poisons organiques.

Mais l'interprétation et l'appréciation d’un phénomène dégénératif, déjà difficiles sur un tissu noble, le sont d'autant plus qu’il est moins différencié. Au hasard de nos expériences nous avions constaté que la sclérotique d’un Chien fortement ictérique avait cédé à la sollicitation d’un poids très inférieur à la-norme. Nous avions pensé que les poisons qui auto-intoxiquent l'organisme (sels-biliaires, urée, polypeptides, etc.) pouvaient déterminer une dégénérescence, avec d'autant plus de raison que les hydrophtalmes sont très souvent porteurs de lésions viscérales. Or, aucune différence ne s'est mise en évidence.

2° Les fibres élastiques som plus rares chez le Chien que chez l'Homme. Sur les préparations que nous avons examinées, 1l était net que la sclérotique de l'Homme comprenait beaucoup plus de tissu élastique que n’en renlfermait celle du Chien.

Pour obvier à toute critique, nous avons prélevé du üssu scléral dans des régions homologues : sur le pour-

tour de l'équateur, siège de la distension dans l'œil hydrophtalme. D'autre part, la correspondance des sexes et de l’âge était respectée : il s'agissait d’une part d’une Femme de 40 ans et d’une Chienne de 7 ans d'autre part.

Ce fait d'observation, qui demande du reste à être confirmé par d’autres expériencés, permettrait-il de voir dans la richesse différente en tissu élastique des sclérotiques de l'Homme et du Chien «le primum movens » de Ja séparation des signes cliniques de l’hydrophtalmie - canine et du glaucome humain? Nous ne le pensons pas. Tout au plus, le tissu élastique, relativement abondant dans la sclérotique humaine, permettrait une plus grande adaptation aux variations de pression intraoculaire et une contention plus efficace parce que plus souple ; au contraire, la sclérotique du Chien, presque entièrement fibreuse, subirait, du fait de la dilacération de ses trousseaux inextensibles, des lésions qui ne peuvent qu'aller en s’aggravant. Au reste, l'abondance des fibres élastiques sclérales intéresse peut-être moins que leur qualité : s'agit-il d’élastine ou d’élacine ? La question demeure en suspens. Elle est cependant d'importance, puisque le degré d’extensibilité de la coque varierait dans de notables proportions, eu égard à la composition des fibres.

Cornée. — L'hypertonus intraoculaire pourrait enfin faire céder la vitre cornéenne elle-même et d'autant plus facilement qu'elle est particulièrement développée chez le Chien, ce qui est en rapport avec la vision nocfurne de cet animal. Cependant, elle est presque tou-

jours à l'abri des pressions, tant internes qu’externes, de par sa structure stratifiée, rappelant la disposition des schistes minéraux, acquise à la suite des formidables compressions des premières ères géologiques.

Elle est, en outre, plus élastique que la sclérotique, et Je kératoglobe est souvent constaté en clinique.

Cependant, si elles ne cèdent pas, ces lames vont glisser les unes sur les autres et se décaler sous Peflet d'une pression interne anormalement élevée, en. rendant le milieu hétérogène (REDsLoB) ; on le montre surabondaniment par une expérience très simple : prenons un œil énucléé de fraîche date, et comprimons-le entre le pouce et l'index : la cornée devient immédiatement opaque, mais-reprend sa transparence dès que la pression cesse. Nous verrons que ce fait est à l’origine des troubles cornéens observés dans l’hydrophtalmie.

L'exagération de la tension oculaire va dissocier d'autre part le revêtement épithélial superficiel de la cornée : nous décrirons en clinique la «buée épithéliale en gouttes de rosée » caractéristique.

Enfin les pressions exercées sur la cornée vont détruire la membrane de Bowmanx, dénuée d’élasticité et ne se régénérant pas, alors qu’elles craquèleront la souple Descemet qui, elle, sera susceptible d’une reconstitution «ad integrum ». Mais il n'empêche qu’à la faveur d’une solution de continuité dans cette dernière membrane, seule responsable de l'imperméabilité de la cornée à l'humeur aqueuse, celle-ci va imbiber les lames cornéennes en y déterminant un gonîlement oœdémateux. Toutes ces particularités sont facilement observables à la lampe à fente, qui permet l'examen

oo

par tranches successives des différentes régions de

l'œil ue

Cavité orbitaire. — Peut-être pourrions-nous considérer comme un adjuvant à la facilité d'expansion de la sclérotique du Chien, la disposition anatomique spéciale de son orbite. En effet, contrairement à celle de l'Homme qui est close entièrement, la cavité orbitaire du Chien est largement ouverte sur la fosse temporale ; l’apophyse orbitaire du frontal étant très réduite, un simple ligament Hbreux réunit les deux saillies osseuses, ce qui prédispose évidemment à la luxation complète de l'œil et aussi à son accroissement de volume. Il ne faut pas oublier, en effet, que la région

rétrobulbaire, comprise entre l'hémisphère postérieur du

globe et la capsule de Ténon (qui possède peut-être aussi des fibres myoïdes intervenant dans léquilibre tensionnel du globe(1)} est occupée par une « paille d’emballage » celluloadipeuse, ne laissant aucun interstice entre les éléments anatomiques nobles de la région (muscles, vaisseaux, neris).

Pour conclure, la sclérotique a, dans tous les sens, une résistance qui dépasse de très loin les nécessités physiologiques, tout comme le tissu pulmonaire est bien trop abondant pour assumer la respiration normale d'un individu. Ne voyons là qu'une précaution de la Bonne Nature et nous aurions certes mauvaise grâce à la taxer de prévoyance exagérée, puisqu'elle est mise en défaut par les perturbations pathologiques dont elle

(4) La question est d’actualité puisque le Muséum de Paris opère présentement des recherches dans ce domaine.

avait tenté d’endiguer les répercussions par une large marge de sécurité.

Page 1