HYMNE DES MUSES ET D'APOLLON
A CHARLES MAURILiS
Il voit comme lui néant tout l'univers ensemble. Racine.
Il porte dans sa main l'univers réuni. Victor Hugo.
Le jour s'endort.
Le vaste monde flotte.
Sur les mers par lambeaux d'écumeuses nuées, un Rire. Les étoiles. Les vents, les continents, blanches d'éclairs les voiles du Navire emporté sur les nuits remuées. Un dieu Et notre terre, [rêve à la proue.
Avec sa pâle joue, qu'argenté la douleur, sous ses cheveux noyés s'enfonce dans l'horreur nocturne. Les cieux Penchés sur elle, le mystère ouvre à demi les yeux... Qui sanglote?
Et les montagnes Le front des bois et des collines, dans la brume divine, les sources, les écorces. Ce qui respire et ce qui meurt, ce qu'accompagne, avant de se taire, Quelque chantante force, quelque espoir passager, tout s'éveille à ce noir murmure. Dans le néant le monde est un feu de berger dans la campagne. Le chaos sans figure.
Mais il existe.
Hommes, animaux tristes, c'est vous seuls qui mourez. La matière s'endort.
Vous, pour vaincre la mort Il faut chanter avec les Muses.
Dans l'air léger.
Le monde est un chant de berger.
De toute haleine un h3'mne sort, un grand cantique monte des peuples, des forêts,
Du tourbillon des astres. Les vents de la pensée, avec les Muses, vous emportent là où vous revivrez, Grands affamés d'espace. Ayez une âme cadencée.
Buée, haleine, jour, votre songe s'efface, Mais pour ressusciter l'âme de l'âme morte, il faut chanter avec les Muses.
Il faut chanter. Silence. Un immense murmure, désir évanoui. Un bonheur oppressé sort de la terre pâle.
De pâles voix enlacent la nature, De consolantes mains cherchent ses soupirs, les Muses montent de l'abîme Ebloui. Les Neuf Cieux. Je les vois. Par le feu de l'esprit. Terrassé, sous leur tendre rafale, je m'abats. Un râle.
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Une lueur. Je vois leurs formes saintes, je vois le cri muet de leurs désirs.
En elles, dans leur cœur, dans leur voix je m'abîme et je renais universel, je sens.
Par tous mes sens
j'assiste au prodige. Le monde est un encens. Nous brûlons sur l'autel des neuf Piérides, vous dis-je, nous sommes le vertige Humain qui tourbillonne, et prend un sens, au pied des sombres Lois de nos destins enceintes. Nous sommes le poème aux mots inachevés, dans cette vie, et moins vivants encore que rêvés Nous sommes des nuages, les images que promènent les vents sur la terre Et dont les dieux au ciel s'amusent, les grains ardents sur le brasier. Puis la fumée, et rien, à moins qu'en plein mystère Ressuscites extasiés
nous entendions chanter les Muses.
Un poeU : Morts vivantes, je vous adore. Mes âmes, que me voulez-vous?
Quelle est cette craintive aurore Dont je me sens le vague époux?
Pétri d'extase et de rosée
Quel monde intime sur mon cœur
Couche sa tète reposée ?
Le moment est trop beau... J'ai peur.
Dernière étreinte qu'on délie.
Bonheur qui viens dans un soupir...
11 est une mélancolie Dont les hommes peuvent mourir.
Les Muses . 11 est des dieux Les éléments ) Il est des Muses
L'espace et le temps i L'Homme vit
: TEMPS i
LLO\ ' Il
/iPOLLOX II meurt et ressuscite avec tout ce qu'il vit
iig
l'eau
La terre
l'air
Le feu
Trois Muses
Trois Muses
Trois Muses
L'espace
Le temps
Semons l'univers Q,ue germe au chaud des mers profondes Le pâle univers que tu rêves
Qu'il ruisselle de mes flancs verts Semons l'impalpable univers La vie est flamme
Gréons l'Homme et ses yeux vivants Créons L'Homme
Chantons L'Homme
Donnons-lui notre vie en flamme Donnons une âme
Semons l'univers
Buvons
Brûlons
Couronnons
Aux vents Semons
L'eau
La terre
L'air
Le feu
Le temps
Trois Muses
Trois Muses
Trois Muses
L'espace
Trois Muses
Trois Muses
Trois Muses
Le temps
Le chant des sèves
L'âme des sèves
L'encens des sèves
De flammes et d'encens l'autel flottant des mondes
L'univers
ni
En vous ouvrant, en vous fermant Paupières Vous unissez au firmament
Paupières Vous unissez au firmament
Les pierres
Et pierres
Les pierres On perd le monde en vous fermant Paupières
A chacun de vos mouvements
Paupières
S'anime S'anime
Le voile obscur des éléments
Paupières
Quel songe
Quel gouff"re L'abîme
Trois Muses
Trois Muses
Trois Muses
L'eau
La terre
L'air
;e) L'air j Le feu ( L'espace ^ Le temps }
Jusqu'à vous en montant du chaos Se prolonge En vous le chaos Et souffre
Au cœur des hommes et du chaos Ecume C'est l'Aphrodite en fleurs que roule mon écume Cérès s'entonce au rythme plein de mes genoux Tout ce qui me respire, ô dieux, est plein de vous Muses, sans vous Paupières, ouvrez-vous O Muses, vous bercez sur vos vastes genoux
Tout soufl're Tout souffre Le gouffre
sCafe