‹ Les HymnesChapitre 23 sur 25 · APOLLON · texte numérisé non relu

APOLLON

La souffrance de l'homme est dans sa volonté.

Dans sa joie est toute noblesse.

Je tends l'arc enflammé, je moissonne, mais laisse Se corrompre sans moi tout corps sans volupté. Qu'il est beau, cet humain, ce soleil sans faiblesse, Qu'au front des choses j'ai sculpté.

L'eau / / La mer La terre j l Ces tendres soirs où tout nous dit adieu

L'air t | Les doux oiseaux

Le feu ( / Les flambeaux de l'éther

Trois Muses ^ 1 Les eaux L'air, les roseaux

Trois Muses ( I L'arbre, les animaux L'étoile

APOLLON \ Tout est fumée, et rien n'existe que le feu

^IPOLLOX Tissez l'homme en chantant, l'univers n'est qu'un feu qui brûle sous un voile

Trois AIuses ( i Ah! que tout meure pour revivre Nous sommes Cette douleur qui, seule, enivre Les hommes Trois Muses } \ Nous sommes Les hommes

Trois Muses ( y Cette douleur qui, seule, enivre Les hommes Ah! qu'en nous ils la sentent vivre Nous sommes L'espace ( Doux hommes Nous sommes

Trois Muses

Trois Muses

Trois Muses

Le temps

Dans l'intarissable océan

L'abî

L'abî

Par nous la face du néant

O monde,

O mort.

S'anime

Trois Muses

Trois Muses

Trois Muses

L'eau

La terre

L'air

Le feu

L'espace

Le temps

Dors sur mon cœur où l'éternité Gronde

Où l'éternité S'endort

Viens dans mon cœur où l'éternité S'éveille

Dormez. La mer n'est plus qu'une blanche merveille O blés, quel pâle été se couche au fond de vous Etoiles, devant qui tombez-vous à genoux Al uses, en nous Tout dort

Paupières, fermez-vous Tout dort

( 1 O Muscs, vous bercez sur vos calmes genoux Le monde

Et sur les vastes mers où s'endorment partout les nuages mouillés

La lune pâle monte. On voit sur les sommets des dieux agenouillés. Dans ce splendide éther ce qu'on entend mourir, est-ce le chant des Muses? Mon âme, à l'amour prompte, à toutes ces lueurs, à ces rumeurs confuses Ajoute un vaste sens. Elle flotte, elle aussi, sur le monde endormi. La pâle lune monte au bord de l'infini.

J'ai sculpté sous les mots, comme Rodin, naguère, a figé dans le marbre Ces blanches assomptions, le sang, est-ce le mien? qui bat au cœur de l'Arbre Dont les brûlants rameaux secouent au vent du ciel les fruits gonflés d'étoiles. Un même vent, millions d'atomes et d'amours, gonfle toutes vos voiles, Une Idée, ô frissons. Sur cette inquiète flotte un Dieu perdu sanglote. Terribles assomptions, cherchez-vous un pilote ?

Ah ! j'ai beau me pencher sur les sombres remous de ces poupes funèbres. Je suis seul. C'est ma mort qui viendra respirer ce printemps des ténèbres. Il est doux de marcher sous la lune, d'aller vers Dieu, le cœur rompu, Et, quand l'amour s'endort, de pouvoir murmurer : « J'ai fait ce que j'ai pu. » Seigneur, pour me guérir, tout me parle en silence. Est-ce une autre existence? Seigneur, tendre Seigneur !... Est-ce vrai que la mort est une vie immense? O printemps du silence ! est-ce vrai que la vie est l'amour de mourir ?

Muses, sur votre cœur le monde s'est couché, le monde veut guérir.

Muses, sur votre cœur ma vie est un soupir.

Hymne de la Victoire 9

Le Chant du Départ 21

L'Hymne au Pain 33

Le Sacre des Yeux ^5

L'Ame aux Tranchées 5/

Le Sacre de l'Amour jy

L'Hymne au Vin 89

Le Chant du Retour 101

Hymne des Muses et d'Apollon. . . ii3

Ces Hyninc\r ont été conçus et composés, durant la Grande Guerre, par l'auteur des Chants j'écalaires et des Printemps, le poète Joachim Gasquet, et leurs premiers vers furent crayonnés sur sa cartouchière de fantassin dès le printemps de 1916.

Parti volontairement au front, le 9 septembre 1914» Joachim Gasquet y a gagné tous ses grades, mérité la croix de la Légion d'honneur et la Croix de guerre avec quatre citations. Caporal, sergent, sous-lieutenant, lieutenant, commandant un groupe de patrouilleurs volontaires, Joachim Gasquet a été porte-drapeau du 341° régiment d'infanterie, et a combattu, sous les ordres du colonel MOULINIER, devant les Paroches, à Chauvoncourt, au bois de Mort-Mare, puis, sous le lieutenant-colonel GiGNOUX, devant

Limey, devant Verdun, au Mort-Homme et en Argonne.

Le

présent ouvrage composé en caractères nicolas cochin

CRÉATION DES FRÈRES PeIGNOT

MORTS POUR LA FrANCE

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