‹ Les HymnesChapitre 4 sur 25 · LE .TOUR DE GLOIRE · texte numérisé non relu

LE .TOUR DE GLOIRE

Un jour d'extase frénétique Comme le premier jour où l'Innocent lyrique, l'Homme né, l'Homme nu s'est dressé Sur la terre embrasée encore, Un jour trempé d'aurore sur toi, Paris, s'est abattu, t'a couronné.

Le Pen.rettr de Rodin i Une sève de feu, l'âme De la patrie Gonfle l'écorce

Toutes les branches ) De tous les arbres Toutes les pierres i De tous les marbres

La AlarseillaUe de Rude ■ Les bras tordus, un vent de flamme Et de furie Gonfle mon torse

La ville i Et mes poumons

Les hommes ' Mon cœur et mes poumons

Les bêtes ( . Nos poumons

Tous j Partons Aux armes, cito\'ens Partons ,

Aux armes ! Le tocsin sur le Louvre, à bruits d'aile, accourt, dans mon sang soulevé.

Crins épars. La Victoire fidèle, la baïonnette au poing, appelle, éveille les vivants et les morts,

A l'ombre des remparts, sur la pente des forts, rassemble les troupeaux. Le jour des drapeaux

...EST ARRir^É.

Le peuple : Aux armes, citoyens ! L'aurore Brûle dans les yeux de Paris, Vers l'avenir qui la dévore La France court, pleine de cris.

Dépoitraillée, ivre, la Rue Sur son cœur presse les canons, La Haine, splendide, se rue Dans le remous des escadrons.

Un poêle : O peuple, verse-moi ta flamme.

Emporte-moi. Tout cœur qui bat.

Tout cerveau qui pense, toute âme Flambe déjà dans le combat.

Qui parlait de lâches ? Personne, Guerre, n'a blasphémé ton nom.

Tout revit, au tocsin qui sonne, Au chant sublime du canon.

Peuple el pcèle : Aux armes, créateurs ! La forge Sous les brumes a rougeoyé, Svir la Liberté qu'on égorge L'Esprit, le Glaive a flambloyé.

Le poêle : O mon amour, regarde... Viens, sous notre fenêtre regarde ce dieu, cet océan...

Rien n'est plus grand. Un peuple en armes! Apporte-moi mon livre... Viens. Cette face hagarde sur ce gouffre béant, ne la vois-tu pas,

c'est la France, la mère, la Patrie Dont les fils vont mourir, dont les fils ressuscitent... Ce pâle Archange, aux rouges larmes. Plus beau que toi, ma vie, ah! c'est la Guerre sur mon peuple, c'est l'Amour... Ma patrie ! Apporte-moi mon livre... Tous ses rythmes m'habitent, mais je veux, ivre, les relire Dans ce jour

Devant mes vers vivants qui ne m'écoutent plus, en délire, — devant cet océan Dont les drapeaux écument, vois, aux gueules de ce four où fume, où cuit un pain plus beau. Le pain noir des élus, le pain doré de fête, le pain saignant de vie, mon pain. Je fus prophète. Je puis mourir demain. Ah! quel tombeau! Depuis vingt ans, sans doute J'attendais ce printemps... ô mon Europe, ton printemps ! Ecoute...

...jadis mon peuple a labouré le monde. Il s'endort à présent à l'ombre des vieux murs. J'ai faim, j'ai soif pour lui, qu'il se lève et réponde, Qu'il se dresse, affamé : les temps nouveaux sont mûrs.

ALLONS, ENFANTS DE LA PATRIE... ...ENTENDEZ-FOUS DANS CES C A AI PAGNES

Victoire, tout mon corps nourri de ta puissance, J'irai, je conquerrai l'univers à mon tour : Astres, d'un siècle d'or annoncez la naissance...

Les horizons 3e la JHame au Rhin : Sur la terre et la mer la Joie est de retour.

La Seine Leurs chevaux avaient bu mon eau

Les quais ) Leurs sales bottes

Les rues ) O doux soirs de Paris, ils se disaient nos hôtes Les faubourgs 1 Par gerbes moissonnés, le poing hors du tombeau Nos fils

Les quais l Sur ma gorge Criaient Les rues \ Flambe, forge Les faubourgs f Criaient

L'Ile: Non. Non. Nous n'étions plus le regard de la Terre, le cœur ému des choses, le rire de l'Amour. Vaincus, Nous nous détournions du m3^stère. On doit se taire, effeuillant de funèbres roses, jusqu'au jour Où le monde mourrait, — lorsqu'on fut le rire de Dieu, l'arbre de feu dans la forêt, battus.

Notre-Dame ; Mais dans mes flancs profonds moi je sentais ta sève La fontaine des Innocents i ' Et moi ta grâce

Le Panthéon j Sous ma couronne, dans ton rêve

Le PenjeuiDE Rodin [ Et moi, peuple pensif, où le destin s'amasse Dans ton sang, dans ta race

Notre-Dame f En prières gronder, en foi s'épanouir Le Panthéon < Rien de ce qui fut grand ne doit jamais mourir Le Peiideur de Rodin ( De ma noire sueur je trempais l'avenir

11 est midi. La table est servie. Ils sont pâles. Avec plus de douceur Le père a caressé les cheveux des enfants. Un austère bonheur Angoisse tendrement les sources de sa vie. La mère le regarde.

Des drapeaux triomphants claquent dans le soleil. — « Chers êtres, Dieu vous garde. Je vais partir ce soir... Vous êtes tout pour moi. Tout, et pourtant, mes âmes... Qu'il est doux, mon devoir terrible! .. Ils voient des flammes.

« O mon rosier!... » Les deux ajnants s'éveillent de l'étreinte dont ils crurent Mourir. Le grand Ht luit, humain et pâle autel, parmi la chambre obscure. Agenouillés l'un devant l'autre, à pleins serments ils s'enlacent. Mais elle Vient, dans son cœur mortel, de sentir sur leurs fronts unis passer une aile...

— " Tu vas partir... — « Demain... — « Mieux que la mort dans un baiser je veux te boire. •

Et lui sent sous sa main palpiter le corps de la Gloire.

L épouje : Pars, mon cher cœur, pars, je t'adore... L'amante : Ne pars pas, ne pars pas... Je t'aime! Jamais je ne t'ai tant aimé... Ah! pars, je ne t'aimerais pas

Ce pâle blé qui me dévore. Si tu croyais â mon blasphème.

Qu'il me brûle ! tu l'as semé. Si tu m'adorais, le front bas.

II est midi. La pâle veuve attend. — « Que mon fils tarde... ■• La fenêtre

Entr'ouvre ses rideaux sur le vieux boulevard. — •• Ah! le voici... » Le prêtre

De loin l'a saluée. Il arrive. Elle entend son pas sur le palier.

Cet air qu'il prend... — « Il part!... • Elle devine... Il part ! — • Ma mère, vous voudriez...

— • Non, non, mon fils, ton père était soldat. La France a besoin de ses fils...

La patrie est la mère au pied du Crucifix... -

— Paris ! » Le tendre artiste une dernière fois contemple la cité. Et jamais il ne vit éclater sur la ville un plus splendidc été. Sous les cieux pavoises il se dit qu'il assiste à quelque sacrifice Dont l'autel serait l'Ile et Notre-Dame en feu le ruisselant calice.

Sur l'arche du vieux pont, près de lui, vient s'asseoir un génie invisible, Le fleuve sur son front met un dernier baiser paisible...

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L'Ile

La Seine

Notre-Dame

Le Panthéon

L'Ile

Notre-Dame Le Panthéon

Doux artistes, raisons ardentes, tendres lampes

Sens ma caresse.

) Ma couronne éclate à mes tempes

' O morts qui revivez et revivrez sans cesse

Vous aussi levez-vous, calmes soldats du rêve

Dans la lumière où je me dresse

( Vc De

<. i>ans mes poings flamboyants la prière est le glaive f Levez-vous, levez-vous, la Victoire se lève

LeJ' colonne^' du Louvre, les pierres de Sorboii :

Oui... Nous ne serions plus la chantante pensée, les clairs laboratoires, le rire ardent des Lois, demain Fuiraient pieds nus dans la rosée, de nos musées, le chœur antique des Victoires, nos vieux rois Arracheraient les lys, si nous n'assistions pas dans leurs combats nos fils, glaive en main.

Partez, voilà

Au cœur

La Seine / Partez, partez, la gloire est douce Les quais \

Les rues j Partez, notre rumeur vous accompagnera Les faubourgs ( Partez, il va fleurir le noir laurier qui pousse

Les quais l Qu'un dieu tressaille Dans nos pavés

Les rues | Dans la bataille Les faubourgs ' De nos pavés

Le peuple : Le Destin l'a voulu... Dieu ! que la guerre est belle ! Je maîtrise le monde avec des yeux nouveaux. Quel orage d'amour, quel Archange rebelle M'emportent, hors de moi, dans le vent des drapeaux ?

L^ FICTOIRE EN CHANTANT...

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