INTRODUCTION
Au cours de la période sévère que nous traversons, l'attention a déjà été souvent attirée sur un certain nombre de syndromes assez particuliers pour avoir fait l’objet de remarques et de discussions. Parmi ces multiples manifestations carentielles, certaines se caractérisent par un état glycopénique assez important, bien que ne donnant pas toujours des signes cliniques; passé un certain stade, cet état ne peut être enrayé par aucun traitement actuellement connu, et évolue inéluctablement vers un coma où dominent les symptômes de l’hypoglycémie; bientôt la mort vient mettre un terme à cet épisode ultime d’une insuffisance alimentaire prolongée.
C’est surtout dans les établissements d’Assistance Départementale que de tels cas se sont présentés et ont pu être observés sur une grande échelle. Dès le 21 juillet 1942, notre Maître, le Professeur agrégé Jean LHERMITTE, Médecin Chef de l’Hospice Paul-Brousse, présentait à l’Académie de Médecine, en collaboration avec le Docteur J. SiGwALD, une étude anatomo-clinique de trois cas de. coma hypoglycémique spontané à 0,10 - 0,23 - et 0,33, terminés respectivement par deux exitus et une guérison; l’examen anatomique ne montrait aucune lésion viscérale importante; seule l’étude histologique des glandes endocrines mettait en évidence à côté d’une intégrité parfaite du système langerhansien des lésions atrophiques particulières du lobe antérieur de l’hypophyse auxquelles il est permis d’attribuer un rôle important dans la pathogénie du syndrome décrit.
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Intéressé par ces cas, au nombre desquels figurait un de nos propres malades, nous suivimes de près toutes les hypoglycémies même dépourvues de manifestations cliniques, en même temps que nous consultions les travaux qui avaient déjà, été consacrés aux rapports existant entre l’hypoglycémie et l’hypophyse. Et c’est ainsi que sur les conseils de notre Maître, nous avons entrepris de grouper dans un travail d'ensemble les hypoglycémies spontanées hypophysaires, grandement aidé par l’important ouvrage que le Docteur SiGwarD a publié sur l’hypoglycémie et la bibliographie qu’il tient à jour sur cette question; qu’il nous soit permis ici de le remercier car il a toujours été pour nous un « patron » dans toute l’acception traditionnelle de ce terme.
Il nous a paru indispensable d’esquisser d’abord une récapitulation de la physiologie de l’antehypophyse dans ,ses rapports avec le métabolisme hydracarboné; les travaux sur ce sujet sont nombreux et rarement concordants;.sans entrer dans les détails, nous n’avons retenu que les grandes lignes de ce qui semble pour l'instant suffisamment établi pour la majorité des auteurs et peut nous aider à l'interprétation pathogénique du syndrome d’hypoglycémie spontanée.
Ensuite, après avoir rappelé aussi brièvement que possible les nombreux aspects cliniques du complexe glycopénique, dont la connaissance est indispensable à l’interprétation des observations recueillies, nous passerons en revue les différentes hypoglycémies spontanées d’origine extra-hypophysaire.
Une fois cette élimination faite, nous étudierons les hypoglycémies d’origine hypophysaire en y incluant les cas relatés plus haut, ainsi que de nouveaux cas personnels ou trouvés dans la littérature. Nous insisterons davantage sur les différentes causes de l’atrophie hypophysaire, en particulier sur celles qui: paraissent liées à certains états de dénutrition.
Nous terminerons en essayant de montrer que l’atro-
phie ou la destruction de l’hypophyse peut être la cause d’une hypoglycémie chronique inapparente ou d’un coma hypoglycémique spontané en envisageant d’adjoindre à la thérapeutique classique de l’hypoglycémie l’opothérapie hypophysaire antérieure.