C) ACTION SUR LE SYSTÈME HYPERGLYCÉMIANT
Frappés par ce fait que l’insuffisance hypophysaire comporte une tendance à l’hypoglycémie et une hypersensibilité à l’insuline, Houssay et BrasoTrI (1931) ont réalisé des expériences devenues classiques sur ‘un animal de choix, Bufo arenarum, crapaud américain dont la grande taille rend plus facile l’hypophysectomie. Cettë opération, ou plus exactement l’extirpation du lobe antérieur, provoque chez l’animal une hypoglycémie avec baisse du glycogène hépatique; de plus, l'injection d’adrénaline provoque à peine une hyperglycémie, tandis que l'injection d'insuline provoque une hypoglycémie beaucoup plus notable que chez l’animal normal. Mais ces
auteurs sont allés beaucoup plus loin; après avoir réalisé un diabète expérimental par pancréatectomie, ils réali-
sèrent une hypophysectomie totale ou une ablation isolée du lobe glandulaire; ils constatèrent alors, chez le
. crapaud comme chez le chien, une atténuation du diabète
pancréatique : survie plus longue (jusqu’à 6 mois), glyco-
* surie, hyperglycémie, azoturie, acétonémie, lipémie moins
marquées; ils observèrent même des crises hypoglycémiques mortelles, faute d’avoir administré du glucose en temps utile. Ces animaux sont très sensibles à l'insuline,
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ils peuvent retenir tout ou partie du sucre qu’on leur donne; leur glycogène reste à un niveau normal.
D'autre part, il ressort des recherches dd CHAIROFF et de FIScHER (1936) que si chez l’animal hypophysectomisé bien nourri les réserves glycogéniques sont normales, cet animal après l’intervention brûle plus de glucides que le normal. Le lobe antérieur de l’hypophyse inhiberait donc l’oxydation des hydrates de carbone.
Ainsi peut-on comprendre que l’hyperglycémie du diabète expérimental s’en trouve réduite, et que dans son ensemble le tableau de ce diabète expérimental sera plus accusé; d’ailleurs, l'administration de sucre chez le chien doublement opéré élève le Q. R., ce qui POURCE d'affirmer que ce sucre a été utilisé.
Les expériences de KEPINOV (1936) s'accordent parfaitement avec cette façon de voir et nous allons résumer les deux importants mémoires qu’il a consacrés à cette question. Pour lui, « les symptômes du diabète grave et en particulier l’hyperglycémie, résultent d’un déséquilibre hormonal entre le pancréas, les surrénales et l’hypophyse ». Il montre que « chez un chien dépancréaté's’installe une sécrétion exagérée de lhormone hypophysaire qui paraît être la cause déterminante de l’hyperglycémie ». Il conclut d’une première série de recherches que « Je système surrénale-hypophyse est indispensable pour augmenter la glycémie » en se basant sur le fait que chez le chien dépancréaté l’hypophysectomie supprime souvent l’hyperglycémie, bien que les surrénales soient plutôt en hyperactivité, et que l’injection d’extrait hypophysaire fait alors remonter la glycémie. De l’ensemble de ses expériences, KEPINOvV conclut encore que’ « l'insuline favorise l’utilisation des glucides et serait par excellence l'hormone de combustion, tandis que le rôle essentiel de ® l'hormone hypophysaire serait d'intervenir dans les processus de production du glucose ». Mais quel est alors le mécanisme de l’action hyperglycémiante de lhormone
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hypophysaire ? L'auteur pense à une synergie adrénalinohypophysaire excitant la production de glucose; en effet :
1° L’extrait rétro-hypophysaire, sans action sur la gly- * cémie de l’animal surrénalectomisé, détermine une hyperglycémie sur l’animal normal (LA BARRE, 1927).
2° L'action protectrice de l’extrait hypohysaire vis-àvis de l'insuline est faible chez le chien à une surrénale extirpée et l’autre énervée (efficacité due à la présence d’adrénaline (GEILING et BRITTON, 1927).
3° La glycogénolyse est fortement inhibée dans le foie d’une grenouille hypophysectomisée, perfusée au Ringer additionné ou non d’adrénaline (FLUCH, GREINER et Lœwr, 1934).
4° Chez le chien hypophysectomisé, en dépit d’un état d’hyperadrénalinémie, la glycémie reste généralement audessous de la normale et l’animal présente même une tendance aux convulsions d’hypoglycémie ‘(KEPINOV, 1936).
5° Chez le chien dépancréaté et hypophysectomisé, la glycémie se maintient au niveau normal (KepiNov, 1936), ce qui avait déjà été vu par Houssay.
D’autre part, l’adrénaline, en l’absence d’hypophyse, est inapte à déclancher lhyperglycémie, même chez le chien dépancréaté, « l’effet hyperglycémiant de l’hormone hypophysaire n’est pas dû à cette hormone seule mais résulte plutôt d’une synergie des deux hormones : adrénaline et hormone hypophysaire ». Le mécanisme est peut-être analogue à la sensibilisation de la fibre lisse par l'extrait hypophysaire à l’action de l’adrénaline, provoquant par exemple une vaso-constriction avec une dose d’adrénaline égale au, 1/100° de la dose minima efficace; une broncho-dilatation dans l'association adrénaline-hypophyse, commercialisée sous le nom d’évatmine. L'hormone hypophysaire rendrait hyperglycémiques des doses d’adrénaline qui, normalement, ne le seraient pas, en sensibilisant les lieux d’action de l’adrénaline. Ainsi voit-on
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intervenir dans la régulation glycémique comme antagoniste du pancréas langerhansien le système hypophysosurrénale qui est responsable de l'hyperglycémie.
Cette sécrétion diabétogène hypophysaire a été étudiée par Houssay et extraite par lui du lobe antérieur (1983) ; elle existe aussi, bien qu’en plus faible quantité, dans le lobe postérieur; il s'agirait d’un produit soluble dans l’eau et partiellement dans l’alcoo!l à 50°, insoluble dans l'alcool, l’éther, l’acétone, le chloroforme, le benzène, détruit par la chaleur à 80°, ne dialysant pas, facilement absorbé et précipitant partiellement par le sulfate de soude à 30 %. ù
Devant les résultats concordants de toutes ces recherches, il est permis de penser qu’à l’état pathologique, l'insuffisance de Ha sécrétion d’hormone diabétogène hypophysaire peut entraîner une diminution de la glycémie par défaut de sensibilisation à l’adrénaline, le pancréas endocrinien étant parfaitement normal, ou plus simplement que l'insuffisance de la régulation hypophysaire permet un réglage à un régime plus élevé de l’activité pancréatique sans dépasser pour cela les limites de son rôle physiologique normal.
d) ACTION SUR LE SYSTÈME HYPERGLYCÉMIANT.
Mais le problème de l’action de l’hypophyse dans la glyco-régulation s’est compliqué depuis qu’on a pu montrer en serrant les faits de plus près que tout se passe comme s’il existait dans l’hypophyse deux hormones, l’une diabétogène dont les effets prédominent dans les extraits de lobe antérieur, l’autre hypoglycémiante qu’on ne peut mettre en évidence que dans les extraits de lobe antérieur. Nous tirerons d’un article récent de A. LicHrT- WITZ un résumé de cette question.
D’après les récents travaux d’ANSELMINO et Horr- MANN (1936), venant compléter ceux de Houssay et BrasOTTI, l’hypophyse sécrète en effet deux hormones : l’une
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diabétogène potentialisant l'effet de l’adrénaline, l’autre, antagonisie de celle-ci, hyposlycémiante par action directe, la pancréato-stimuline.
La pancréato-stimuline à été mise en évidence par ARON et surtout ANSELMINO et HOFFMANN : l'injection des extraits bruts de lobe antérieur à de jeunes cobayes (ARON) ou à des rats adultes (ANSELMINO et HOFFMANN) détermine une augmentation du nombre des îlots de Langerhans et leur hypertrophie avec prédominance des cellules acidophiles sur les basophiles, alors que chez les témoins elles sont en nombre égal. Cet aspect histologique est analogue à celui que l’on observe après la ligature du canal de Wirsung. Il y a donc bien là les efrets d’une pancréato-stimuline. Cependant, cette hyperplasie langerhansienne ne s’accompagne pas d’hypoglycémie; simplement” parce qu’en injectant la pancréato-stimuline on. injecte en même temps l'hormone diabétogène reconnue par Houssay et KEPINOv dont l'effet est hyperglycémiant. En réussissant à éliminer cette hormone diabétogène on
. devrait obtenir de l’hypoglycémie et des effets semblables à ceux qui suivent l'injection d’insuline. Or, la pancréäto-stimuline comme la cortico-stimuline, est constituée de petites molécules ultra-filtrables, à l’opposé des autres hormones hypophysaires et surtout de l'hormone diabétogène qui ne dialysent pas. La pancréato-stimuline peut donc être séparée facilement de l'hormone diabétogène par ultra-filtration, mais passe en même temps que la cortico-stimuline qui est antagoniste de l'insuline, donc légèrement hyperglycémiante. Et cependant, malgré la ” cortico-stimuline, l'injection au chien de lultra-filtrat d'extrait lobaire antérieur détermine de l’hypoglycémie à jeun et diminue nettement l’hyperglycémie alimentaire et adrénalinique. £
Reste à savoir si cette pancréato-stimuline joué un rôle en clinique; en provoquant un hyperfonctionnement du systèmé langerhansien elle est peut-être à l’origine de certaines hypoglycémies indépendantes de tout adé-