EXCENTRICITÉ EN GÉNÉRAL
temps des pli rases sonores et des épithètes retentissaules. Les digressions y abondent, ainsi que les mots soulignés ou écrits en gros caractères.
Chaque excentrique a une dominante. Celle-ci est orgueilleuse; celle-là, jalouse; cette autre, hypochondriaque, mystique, fourbe ou essentiellement malhonnête et capable de bien des choses !
Pivsoinplueuse, ne voulant ressembler à personne, désireuse d'occuper l'attention, cherchant par tous les moyens possibles a faire parler d'elle, elle prémédite des choses étranges ou des paris grotesques, soulève des incidents ridicules et formule les propositions les plus déraisonnables, ne reculant devant rien, ni devant Vhypocrisie et le mensonge, ni devant le dérèglement et le cynisme. Elle invente des mystifications de l'ordre le plus inattendu et se prête à leur exécution, n'a de respect pour rien, est avide de l'extraordinaire, prend plaisir à être pour tout le monde un sujet d'étonnement, imagine pour elle-même le genre dévie le plus anormal, se met en révolte ouverte avec tous les usages reçus, impose avec audace ses caprices les plus malséants, combat toutes les traditions et tente de leur substituer ses idées et ses procédés. Plus on remarque ses singularités et plus elle se sent entraînée à accomplir les ctrangetés nouvelles. Pour elle, l'attention publique est une prime d'encouragement. Le récit dans les journaux de ses aventures lui crée une physionomie à part, une personnalité distincte, et la femme excentrique en arrive à se persuader qu'elle est « quelqu'un b. N'étant ni raisonnable ni folle, elle appartient d'or-
dinaire à une famille de névropathes, de eonvulsifs, d'apoplectiques, d'aliénés ou de suicidés, et, dans le langage de la science, on l'appelle une prédisposée, une héréditaire, et même une cérébrale. Surnuméraire permanente de l'aliénation, elle reste sur la Frontière de la raison et de la folie, suscite sur son propre compte les opinions les plus divergentes, mais peut difficilement se faire prendre au sérieux. Incorrect rejeton d'une famille a tares pathologiques, elle représente à sa façon un passé morbide en voie de transformation.
Mais je me fkâte de revenir aux hystériques proprement dites, et je répète une fois pour toutes que ces malades, par leurs audaces malsaines, conduisent les médecins cà de lourdes fautes de diagnostic et les magistrats à des appréciations fâcheuses ou à de très graves erreurs judiciaires. En face d'un événement tout à fait extraordinaire arrivé à une femme dans des circonstances peu communes, en face d'une aggression dont une femme a seule été le témoin ou la victime, il y a toujours lieu de songer un instant à l'hystérie et de chercher l'hystérique.
Récapitulons nos plus récents souvenirs, et les exemples ne feront pas défaut.
Une servante est trouvée derrière une porte, renversée, attachée, bâillonnée, le corps couvert d'ecchymoses et de contusions. Elle rapporte qu'elle a été, en plein jour, dans une maison habitée, l'objet d'une aggression brutale de la part de deux voleurs qui s'étaient noirci la figure. — C'était une hystérique.
Une jeune femme est trouvée évanouie et la face en-