G ACTES INSOLITES
les mieux accusés de l'hystérie confirmée, déviai querelleuse, fantasque, vaniteuse, trompa la confiance de tout le monde, inventa mille récits mensongers qui donnèrent lieu à des événements très désagréables pour la communauté, écrivit des lettres anonymes, dénonça un piètre comme l'ayant violée, simula en faveur du couvent nue donation entre-vifs et s'évada.
Réintégrée dans la maison paternelle, lisant des romans presque constamment, tenant îles propos déplacés et affectant dans la rue une attitude provocante, elle fit le tourment de sa famille, qui, pour s'affranchir d'une responsabilité devant laquelle elle commençait à reculer, prit la résolution de la marier.
Les deux premières années de cette union ne furent troublées par rien, et le bonheur semblait avoir répondu aux vœux des parents; mais après deux couches successives, la jeune femme se mit à boire de l'eau-de-vie, à battre son mari et ses domestiques, à voler dans les magasins et à fréquenter les filles de joie. Une séparation amiable intervint entre les époux, et l'on songeait sérieusement à un internement dans une maison de santé, lorsque tout à coup cette malheureuse femme disparut.
On apprit plus tard qu'un voyageur de commerce, séduit par son éclatante beauté, l'avait emmenée à l'étranger, qu'elle v avait mené l'existence la plus honteuse, qu'elle avait été condamnée à six mois de prison pour guet-apens et tentative de meurtre, non suivis d'effets, et qu'après avoir trouvé des ressources dans la prostitution, elle avait fini par mourir, infectée de syphilis, sur un lit d'hôpital, à l'âge de vingtsept ans. — Dans cette vie si tristement accidentée, cette femme avait conservé un reste de pudeur à l'endroit de sa famille : elle avait changé plusieurs fois de nom, et avait fait répandre le bruit que les regrets que lui causaient son inconduite passée l'avaient déterminée à recourir au suicide et qu'elle s'était noyée.