‹ Les hysteriquesChapitre 130 sur 265 · EXISTENCE ACCIDENTÉE. 33'J · texte numérisé non relu

EXISTENCE ACCIDENTÉE. 33'J

La duplicité et les instincts pervers de cette femme rendirent son maintien nécessaire dans une maison de santé l.

Je viens de citer des existences entières traversées par des excentricités et des fautes; voici maintenant un exemple de troubles transitoires causés par la perversion du goût et des sentiments affectifs chez une petite fille de sept ans, et qui semblent bien se rattacher à un état hystérique. Le Dr Prichard fait mention de ce fait qui lui a été communiqué par un employé de l'asile de Gloucesler. L'enfant comptait dans sa familleplusieurs membres atteints d'aliénation mentale; elle était très douce, très intelligente, et, bien que réputée très nerveuse, elle avait jusqu'alors fait la joie de ses parents. Tout à coup elle devint grossière, irritable et refusa toute nourriture. On la vit préférer le sol humide au lit dans lequel elle couchait d'habitude, recherchant les crudités, mangeant ses excréments, buvant son urine, frappant les personnes qui l'entouraient et se réjouissant du mal qu'elle avait fait. Cet état ne dura que deux mois -.

On a vu, dans un ordre d'idées différent, mais sous rinfluence de l'hystérie également, une aberration transitoire chez une fille d'une piété exaltée et maladive. Une jeune fille, très bien née, pour se punir du péché d'orgueil, et ne se laissant pas convaincre par les conseils du directeur éclairé, qui combattait ses scrupules exagérés, quitte un jour la maison pater-

1. Biierre de Boismunt, in Annales d'hygiène et de méd. /e'{/.,1853, 2e série, vol. XXXI, p. 114.

"2. Ami. médic.-psijch., i" série, vol. IX, p. 330.

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nelle, change ses habits pour des haillons de chiffonnière, se procure les attributs de son nouveau métier et l'exerce pendant toute une semaine dans les rues de Paris. (Tardieu.)

Écrita dos hystériques. — Rien n'explique mieux l'exaltation dans les actes qui caractérisent les hystériques, que le style de leurs lettres, et, si l'on a pu dire que la vie d'un écrivain est le meilleur commentaire de ses écrits, on peut avec non moins de justesse retourner la proposition en parlant des hystériques.

On relève dans leur correspondance les expressions les plus exagérées, soit qu'elles veuillent peindre leurs sentiments affectueux ou leurs mouvements de haine. Ce sont des protestations de sympathie interminables; souvent des aveux brûlants d'une culpabilité imaginaire; elles s'accusent d'actes qu'elles n'ont pas commis, et se dénoncent avec un luxe de détails parfois si précis que l'on pourrait être entraîné à les croire, si on n'était pas prévenu de ce dont elles sont capables. On relève aussi dans ces écrits un mysticisme extraordinaire; la divinité y est souvent invoquée. Il y règne d'autres fois un découragement, un dégoût de la vie qui s'épanche en menaces réitérées de suicide. Mais pour qui a lu un certain nombre de ces lettres d'hystériques, leur caractère d'étrangeté et d'exagération ne permet pas la méprise sur la sincérité des déclarations qu'elles contiennent.

Madame L., observée à l'asile de Maréville par M. Morel, était hystérique à seize ans et passait par toutes les phases névropathiques habituelles; des mé-

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decins, partageant de vulgaires et honteux préjugés, ne craignirent point de conseiller le mariage contre la névrose! L'état de la malade empira naturellement, et l'on eut à combattre a tour de rôle ou simultanément des accidents utérins, gastralgiques, entéralgiques et hypochondriaques. Madame L. éprouva un très vif chagrin de la mort de sa petite fille et son intelligence ne tarda pas à s'altérer. La lettre suivante, qu'elle écrivait à son mari, est un spécimen très curieux de la correspondance exagérée, exaltée, insensée d'une hystérique pour qui la mort s'est momentanément dépouillée de son aspect,

« Mon ami, aujourd'hui dimanche, je suis allée à l'église : c'est encore un sacrilège que j'ai commis; depuis mon retour des bains, je les ai comptés par mille, ainsi que les mensonges et les fausses promesses. Écoute, voici ma vie. Depuis vingt-cinq ans, j'ai cru que j'étais bonne fdle, bonne épouse, bonne sœur. Eh bien! je n'étais rien de tout cela; j'étais un monstre sorti de l'enfer, je n'étais qu'une hypocrite; je n'ai jamais aimé personne que moi-même, je n'ai jamais eu de courage, je n'ai jamais aimé le travail, et, pour combler la mesure, aujourd'hui je tue mon père, ma mère et toi, mon honorable époux, et mon frère est aussi malade. Si un assassin, un voleur, allait se mettre entre les mains de la justice en comptant ses crimes, en disant qu'il mérite la mort, on la lui donnerait. Eh bien! ta femme mérite la mort, lu peux être son juge; les lois humaines permettent de donner la mort à qui la donne. Prends le chemin de fer; à ton arrivée, j'aurai l'air guérie; nous achèterons chez le pharmacien quelque chose qui me fasse mourir dans mon lit; en sept ou huit jours, notre honneur sera sauvé. Tu peux me croire quand je te dis que je mérite la mort; je suis la

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créature la plus ignoble qui existe sur la terre. Que ue m'astu laissée mourir il y a une quinzaine de jours? vous séries lous bien débarrassés. Plus vous m'avez l'ait de bien, plus vous m'avez fait de mal. Cependant, j'ai une grâce à vous demander : si je mourais dans cette maison, je vous prie de me faire enterrer près de ma petite tille. Pauvre infant! je ne l'ai jamais aimée; son père, son grand-père et sa grand'mère l'ont aimée; la mère seule n'a pas eu de cœur pour sou enfant. Je n'ai pas recueilli son dernier soupir. Mon Dieu! quel malheur pour papa et pour maman de m'avoir donné la vie, et quel malheur pour toi de m'avoir demandée en mariage! <>li! le ciel m'est témoin, si j'avais connu la bassesse de mes sentiments, je n'aurais pas uni ma main exécrable à celle d'un homme de cœur. Ne montre cette lettre â personne, elle tuerait mon père et ma mère. Il tant bien vite accourir, il faut bien vite venir me chercher. Quand je serai morte, je te prie de consoler mon père et ma mère; mais ne te remarie pas. Si tu avais encore le malheur de rencontrer un Judas! pauvre et noble cœur. Je ne suis pas folle, seulement accours vite que je meure avant papa. Tiens, j'ai oublié de demander des nouvelles de ton œil, et je n'ai rien dit à Hortensc. Alexandre, je te dis que tu peux me donner la mort sans commettre de crime; tu sais que je connais encore le bien et le mal. Si l'on ne te donne rien chez le pharmacien, nous recommencerons ce que j'ai déjà fait une fois; seulement on n'ira point chercher le médecin, je serai morte dans une crise nerveuse. Tu ne veux pas que papa meure avant moi; accours, accours, il faut mettre un terme à mon ignoble vie. Mon père, ma mère et toi, soutirez le martyre; mon frère et ma sœur souffrent aussi. Je mettrai moi-même cette lettre à la boîte; j'irai à N..., je la porterai. Une grâce, une dernière grâce : si je meurs ici, que je sois enterrée à C..., si ce n'est pas une chose impossible. Je dis cela dans le cas où je mourrai ici de maladie, car les précautions sont bien prises; je suis gardée comme dans

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